Le contexte
La psychiatrie forcée est une pratique médicale qui viole les droits de l'homme aujourd'hui dans de
nombreux pays.
C'est un problème global dénoncé par l'ONU et par l'OMS.
Le guide "Santé mentale, droits humains et législation : orientations et pratiques." Réf. HR/PUB/23/3 [14] l'explique. Le paragraphe 4 de l'introduction, "Pourquoi c'est important", spécifie (traduction Google):
"Le cadre international des droits humains exige une transformation de la manière dont les services de santé mentale sont fournis.
Toute personne devrait pouvoir exercer son droit de donner un consentement libre et éclairé pour accepter ou refuser un traitement dans les systèmes de santé mentale. Le déni de capacité juridique, les pratiques coercitives et l’institutionnalisation doivent cesser. À ce jour, 187 pays et l’Union européenne ont ratifié la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH) et sont donc juridiquement tenus de remplacer les pratiques néfastes par des services et des structures de soutien communautaires qui permettent le plein exercice des droits humains."
C'est quoi Oviedo ?
L'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a émis le 28/1/2026 une opinion négative [1] sur le projet de protocole additionnel à la Convention d'Oviedo [2], qui prévoit d'autoriser la psychiatrie forcée.
L'enjeu est de demander au Conseil de l'Europe de mettre la Convention d'Oviedo [11] en phase avec la Convention ONU relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), qui, elle, interpréte la coercition psychiatrique comme une discrimination liée au handicap et la violation de plusieurs articles de ce traité (Articles 5, 12, 14, 15, 16, 17, 19, 25 voir CRPD/C/5, II.6 et II.7) [6].
C'est un long travail qui a impliqué les Organisations Non Gouvernementales comme FEPH, MHE/SME, ENUSP, Validity, dans des déclarations communes. [3]
Notre perspective
On remarque quand même que l'Opinion de cette Assemblée est ambigüe, puisqu'elle affirme en même temps "reconnaitre la nécessité d’encadrer les mesures exceptionnelles de derniers recours" et qu'elle soutient une recommandation [4] qui permet le déni de la "capacité à consentir" et des mesures "d'exception".
Or, on sait très bien que l'exception devient très vite la règle quand il s'agit de psychiatrie forcée. Et ces formulations ne sont pas correctes, à notre avis, au regard des textes de l'ONU (référencés A/72/55 Annex [5] et CRPD/C/5 [6] pour la psychiatrie forcée et CRPD/C/GC/1 [7] pour la capacité juridique).
Plus utile serait d'éliminer l'Article 5.1(e) de la Convention Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) [8] comme l'APCE a recommandé en 2024 (Recommandation 2275) [9]. La présente opinion semble une régression par rapport à ceci.
En France aussi
En France, c'est une violence de répression médicalisée d'un groupe social pratiquée à grande échelle, avec hospitalisations forcées, contentions mécaniques, neuroleptiques forcés, électrochocs forcés, traitements forcés pendant des années, maquillage de légalité mais sans contradictoire ni indépendance, déni, ignorance des recommandations de l'ONU, et les enfants sont victimes aussi [12]. C'est banalisé, avec par exemple les gens attachés sur des brancards pendant des jours avec des couches aux urgences [13]. Ce ne sont pas des cas isolés, nous pensons que c'est toute la société qui doit changer.
On ajoute qu'il faut mettre fin aux artifices sémantiques qui dénient le
droit de consentir aux personnes avec handicap psychosocial. Par
exemple, la loi française se base sur une formule faite de logique
circulaire: Article L3212-1 du CSP "1° Ses troubles mentaux rendent impossible son consentement ;" [15]
Un consentement ne peut pas être "impossible". Si le consentement est
refusé, alors il est impossible de l'obtenir, CQFD.
Vraiment, on doit sortir d'une société qui, hypocritement, torture médicalement des personnes en appelant cela des "soins". Il n'y a pas d'exception légale à la torture. Voir les Observations finales du Comité contre la torture de l'ONU concernant la France. Ref. CAT/C/FRA/CO/8, paragraphes 26 et 27. [16]
Pourquoi le consentement libre et éclairé ?
Pour nous, le consentement en psychiatrie est un choix de conscience et d'opinion, de seconde opinion, d'information authentique et critique, y compris vis à vis de l'absence de preuve biologique, de la non-fiabilité des étiquettes, des théories bidon (par exemple le "déséquilibre chimique"), et des construits psychosociaux stigmatisants présentés abusivement comme des diagnostics médicaux, alors qu'ils n'ont pas de valeur causale, qu'ils sont réducteurs et déshumanisants, et qu'il y a souvent confusion avec les conséquences iatrogènes des pratiques psychiatriques et des autres stress et intoxications.
Le consentement, c'est un choix d'approche parmi des approches multiples, qui peuvent être faites de respect des droits humains, communautaires, par les pairs, de processus de guérison des traumatismes, connus ou inconnus, des approches qui peuvent être de nature sociale, dialogique, psychologique, psychocorporelle, de mode de vie, de régime ou toute autre chose ou rien. Cela peut être un choix de médicalisation ou de non-médicalisation, un choix de liberté et de responsabilité, un choix de respect de soi, de son corps, de ses droits et de son potentiel humain, un choix personnel, social, philosophique et spirituel.
Pour nous, le non-consentement en psychiatrie, au contraire, c'est de la soumission chimique, un viol interminable, une torture sans fin pratiquée par la société entière, au nom d'une spécialité contestée qui s'inscrit, depuis ses origines, dans l'abus et les pratiques nuisibles (Déclaration de Toronto, 1982, Tribunal Foucault, 1998, Tribunal Russel, Berlin, 2001).
On a eu les chaînes, les douches glacées, les camisoles de force, les convulsivants, les comas, les lobotomies chirurgicales, l'eugénisme (Kraepelin), les castrations et les stérilisations (Bleuler), les euthanasies, l'extermination (programme T4 et Vichy). Ce n'est pas parce que c'est médicalisé, et pratiqué par des médecins, que c'est forcément bien. Maintenant on doit arrêter la psychiatrie forcée.
Perspectives
Pour Oviedo, la prochaine étape est avec le Comité des Ministres.
Cependant le Forum Européen des Personnes Handicapées est pessimiste. [10]
Mais déjà, pour nous, on est loin du compte.
A vous de juger.
#withdrawoviedo
Références
- Opinion de l'APCE
https://pace.coe.int/fr/news/10181 - Projet de Protocole additionnel à la Convention sur les droits de l'homme et la biomédecine relatif à la protection des droits de l’homme et de la dignité des personnes à l’égard du placement et du traitement involontaires au sein des services de soins de santé mentale
https://www.coe.int/fr/web/human-rights-and-biomedicine/protection-with-regard-to-involuntary-measures - ONG Validity, information sur Oviedo, en anglais
https://validity.ngo/joint-statement-on-suspension-of-the-draft-additional-protocol-to-the-oviedo-convention/ - Recommandation CDBIO sur le respect de l’autonomie dans les soins de santé mentale
https://rm.coe.int/cdbio-2024-7rev-mh-draft-rec-autonomy-f/1680b41b64 - Directives relatives au droit à la liberté et à la sécurité des personnes handicapées, Réf A/72/55, Annex
https://tbinternet.ohchr.org/_layouts/15/treatybodyexternal/Download.aspx?symbolno=A/72/55&Lang=en - Lignes directrices pour la désinstitutionnalisation, y compris dans les situations d’urgence, Réf. CRPD/C/5
https://tbinternet.ohchr.org/_layouts/15/treatybodyexternal/Download.aspx?symbolno=CRPD/C/5 - Observation générale no 1 sur Article 12 Reconnaissance de la personnalité juridique
https://tbinternet.ohchr.org/_layouts/15/TreatyBodyExternal/Download.aspx?symbolno=CRPD/C/GC/1&Lang=en - Convention Européenne des Droits de l'Homme
https://www.echr.coe.int/fr/european-convention-on-human-rights - APCE Recommandation 2275
https://pace.coe.int/fr/files/33574/html - Forum Européen des Personnes Handicapées, article en anglais, "Negative opinion on draft Additional Protocol to the Oviedo Convention a win for disability rights".
https://www.edf-feph.org/negative-opinion-on-draft-additional-protocol-to-the-oviedo-convention-a-win-for-disability-rights/ - Convention d'Oviedo et ses protocoles
https://www.coe.int/fr/web/human-rights-and-biomedicine/oviedo-convention - Avis de la CGLPL
https://www.cglpl.fr/publications/avis-relatif-aux-enfants-prives-de-liberte-dans-les-etablissements-de-sante-mentale - CGLPL recommandations en urgence
https://www.cglpl.fr/publications/recommandations-en-urgence-relatives-a-la-prise-en-charge-des-patients-en-soins-sans-consentement-dans-le-departement-de-guadeloupe - HR/PUB/23/3 "Mental health, human rights and legislation: guidance and practice. Geneva: World Health Organization and the United Nations (represented by the Office of the United Nations High Commissioner for Human Rights)" 2023.
https://www.ohchr.org/en/publications/policy-and-methodological-publications/mental-health-human-rights-and-legislation - Article L3212-1 du CSP
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000041721196 - Comité contre la torture de l'ONU, Observations finales concernant le huitième rapport périodique de la France, 2025. Ref CAT/C/FRA/CO/8.
https://tbinternet.ohchr.org/_layouts/15/treatybodyexternal/Download.aspx?symbolno=CAT%2FC%2FFRA%2FCO%2F8&Lang=en


