mercredi 23 octobre 2019

Anti-psychiatrie et critiques de la psychiatrie

Le psychiatre anglo-sud-africain David Cooper (1931-1986) a inventé le terme «anti-psychiatrie» en 1967 dans son livre "Psychiatry and Anti-psychiatry". Traduit en français. David Cooper propose des approches communautaires et non-médicamenteuses.

Par extension, on applique maintenant le terme antipsychiatrie aux auteurs critiques de la psychiatrie, dans ses fondements, ou dans ses pratiques. Il faut noter que beaucoup de ces auteurs récusent le mot "antipsychiatrie". Il existe de nombreux auteurs et ouvrages, mais on peut citer:

- Le psychiatre anglais Ronald Laing (1927-1989) publie en 1960: "The divided self". Traduit en français. Pour lui, la psychiatrie a été fondée sur une fausse épistémologie: une maladie diagnostiquée par le comportement, mais traitée biologiquement. Pour lui la schizophrénie est une théorie et non un fait. Il rejete le modèle médical de la maladie mentale, et les théories génétiques, et remet en cause les médicaments.

- Le psychiatre américain Thomas Szasz (1920-1912) publie en 1961: "The myth of mental illness". Traduit en français. Il dénonce les "maladies mentales" comme des mythes, des métaphores de maladie, des concepts non biologiques et non médicaux. Pour lui l'hospitalisation forcée est un crime contre l'humanité. Pour lui, le traitement psychiatrique des enfants est une stigmatisation et un empoisonnement.

- Le psychiatre italien Franco Basaglia (1924-1980) publie: "L’istituzione negata" en 1968. Il s'efforça de faire abolir les hopitaux psychiatriques en Italie. C'est la désinstitutionalisation.

- Le mouvement des usagers et survivants, comprenant de nombreux auteurs, comme l'activiste américaine Judi Chamberlin avec: "On our own" publié en 1978. Avec le périodique canadien Phoenix Rising, paru de 1980 à 1990. Le rejet de la psychiatrie forcée et institutionnelle s'est exprimé en 1982 dans la Déclaration de Toronto, traduite en français sur ce site.

"1. Nous nous opposons à toute intervention psychiatrique involontaire, y compris l'hospitalisation forcée et l'administration des procédés psychiatriques ( «traitements») par la force ou la contrainte ou sans le consentement éclairé."

- Le psychiatre italien Giorgio Antonucci (1933-2017) publie: "Il pregiudizio psichiatrico" en 1989. Pour lui, les fous n'existent pas et la psychiatrie doit être complètement éliminée. Il propose des approches non-psychiatriques à la souffrance psychologique. Pour lui l'hospitalisation involontaire ne peut être une approche scientifique et médicale de la souffrance, car elle est basée sur la violence contre la volonté du patient. L'éthique du dialogue doit se substituer à l'éthique de la contrainte. Le dialogue ne peut avoir lieu que si les individus se reconnaissent en tant que personnes dans une négociation entre égaux. Le diagnostic est rejeté comme un préjugé psychiatrique qui empêche de réaliser le véritable travail psychologique sur la souffrance des personnes, liée aux contradictions de la nature humaine et de la conscience et aux contradictions de la société et aux conflits de la vie communautaire. Les drogues psychoactives ont pour objectif de calmer, de droguer la personne afin d’améliorer les conditions de vie des personnes qui s’occupent du patient psychiatrique. Tous les autres instruments qui nuisent à la personne sont refusés, de la lobotomie à la castration (proposée par certaines personnes également en Italie en référence à des infractions sexuelles), et tous les types de choc. Pour critiquer les institutions, il faut également remettre en question la pensée qui les a créées. (article sur ce site).

- Le psychiatre américain Peter Breggin publie en 1991: "Toxic Psychiatry". Pour lui, les interventions psychosociales sont presque toujours meilleures que les médicaments et diagnostiquer et traiter les enfants est maltraitance. 

- En 1998, la psychiatrie a été jugée par le Tribunal Foucault, Berlin, 1998. L'acte d'accusation de Ron Leifer.

- En 2001 à Berlin, le Tribunal Russel a jugé les violations des droits de l'homme en psychiatrie, Le verdict majoritaire a dénoncé de sérieux abus, l'usage de la force et l'absence de transparence.

- Le journaliste américain Robert Whitaker publie en 2010: "Anatomy of an epidemic". Il dénonce les épidémies de maladies psychiatriques fabriquées par les laboratoires pharmaceutiques. Il fonde le webzine "Mad in America" en 2011.

- Le médecin interniste danois Peter Goetsche, publie en 2015: "Deadly Psychiatry and Organised Denial". Traduit en français. Il dénonce les manipulations des laboratoires pharmaceutiques et explique que les produits psychiatriques tuent et font plus de mal que de bien.

- La psychothérapeute canadienne Bonnie Burstow publie en 2015: "Psychiatry and the Business of Madness". Elle enseigne l'anti-psychiatrie à l'université de Toronto.

https://quotefancy.com/quote/1673011/Judi-Chamberlin-Nothing-about-us-without-us

Rien pour nous sans nous. Judi Chamberlin.


jeudi 10 octobre 2019

Violation du droit à s'associer en rapport avec les mesures dites de protection des majeurs en France

Virginie nous explique avec cet article que le droit français actuel restreint le droit humain fondamental d'association au nom de la protection des majeurs. Les tutelles et curatelles sont des systèmes de prise de décision substitutives qui doivent être remplacés par des sytèmes de prise décision assistée, selon l'article 12 de la Convention CDPH ONU. De telles approches sont mises en œuvre dans la loi au Pérou et au Costa-Rica.

Article original paru sur le blog "Comme des Fous":
https://commedesfous.com/pour-la-libre-association-des-personnes-sous-tutelle-ou-curatelle/

Pour la libre association des personnes sous tutelle ou curatelle. 


La libre association c’est thérapeutique ET politique.

Je crois qu’il faut se battre pour que le principe de libre association des majeurs sous tutelle ou curatelle soit reconnu dans la loi de 1901 elle-même. Il y a un article spécial pour les mineurs.

Il peut tout à fait y avoir un article pour les personnes sous tutelle et curatelle.

Cela permettrait aux patients psy, mais aussi aux personnes âgées ou aux autistes d’avoir à terme accès à la direction de toutes les associations (y compris d’usagers !) et plus seulement aux clubs thérapeutiques ou aux Groupes d’Entraide Mutuelle (un GEM c’est d’abord une personne morale sous tutelle ou curatelle d’une autre personne morale…).

Comme ça ne coûte pas 1 euro, l’argument budgétaire ne peut pas être opposé.

J’aimerais que le monde de la psychiatrie se mobilise enfin sur cette question.
Loi de 1901 sur les associations

Article 1

L’association est la convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun, d’une façon permanente, leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices. Elle est régie, quant à sa validité, par les principes généraux du droit applicables aux contrats et obligations.

L’article 1 exclut a priori les mineurs et les personnes sous curatelle ou tutelle (les principes généraux du droit applicables aux contrats et obligations = les incapacités).

(…)

Article 2 bis

Tout mineur peut librement devenir membre d’une association dans les conditions définies par la présente loi.

Tout mineur âgé de moins de seize ans, sous réserve d’un accord écrit préalable de son représentant légal, peut participer à la constitution d’une association et être chargé de son administration dans les conditions prévues à l’article 1990 du code civil (= on lui appliquera les règles de responsabilité des mineurs, pas celles des majeurs). Il peut également accomplir, sous réserve d’un accord écrit préalable de son représentant légal, tous les actes utiles à l’administration de l’association, à l’exception des actes de disposition.

Tout mineur âgé de seize ans révolus peut librement participer à la constitution d’une association et être chargé de son administration dans les conditions prévues à l’article 1990 du code civil. Les représentants légaux du mineur en sont informés sans délai par l’association, dans des conditions fixées par décret. Sauf opposition expresse du représentant légal, le mineur peut accomplir seul tous les actes utiles à l’administration de l’association, à l’exception des actes de disposition.

L’article 2 bis a été créé spécialement pour créer des droits pour les mineurs au nom de la citoyenneté.

Il suffit de créer un article 2 ter pour les majeurs sous curatelle ou tutelle.

Virginie,
Club trouble(s) Fête, branche dissidente

samedi 5 octobre 2019

Liste de questions posées à la France sur les Droits des Personnes Handicapées. Convention CDPH ONU, septembre 2019.

Suite à la présession de septembre, la Liste de Questions que le Comité ONU de la Convention CDPH pose à la France par rapport aux droits des personnes handicapées est en ligne.

https://tbinternet.ohchr.org/_layouts/15/treatybodyexternal/Download.aspx?symbolno=CRPD%2FC%2FFRA%2FQ%2F1&Lang=en

C'est en anglais pour le moment.

Les articles 1, 8, 12, 13, 14, 15, 17, 22, 23, 29, concernent spécifiquement les personnes avec handicap psychosocial.

En particulier, le Comité demande à la France ce qu'elle a fait pour éliminer les hospitalisations forcées (art.14), pour faire que tout traitement soit librement consenti, pour interdire les contentions et isolements (art. 15) et pour remplacer les mises sous tutelle (prises de décision substitutives) par des prises de décision assistées (art.12).

Cela se passe à l'ONU, c'est un processus diplomatique sur plusieurs années. La France a signé la Convention CDPH en 2007, ratifiée en 2010. Chaque pays signataire doit soumettre un rapport sur la mise en œuvre de la Convention. La France a soumis son rapport en 2016. En Septembre 2019, le Comité a examiné ce rapport et entendu les représentants de la société civile, c'est à dire les associations. Suite à cela, le Comité a publié une liste de questions, et la France devra répondre à chacune de ces questions dans les prochains mois. Puis dans un an, le Comité examinera les réponses, et publiera des conclusions.

Les personnes avec handicap doivent être incluses dans toutes décisions et orientation politique les concernant, ainsi que dans le monitoring des hopitaux psychiatriques (art. 16 et 33). C'est à nous de nous impliquer politiquement, afin de défendre nos droits, par le biais des associations d'usagers, survivants, personnes avec handicap psychosocial, associations qui doivent être financées pour faire ce travail (art. 33).

samedi 31 août 2019

La schizophrénie n'est pas traitée mais créée et maintenue: c'est une erreur d'analyse.

Par Luc Thibaud.

Perspective: la schizophrénie n'est pas traitée mais créée et maintenue: c'est une erreur d'analyse.
Je propose ici de refaire cette analyse, dans un langage qui soit accessible à tous.

Comment décrire la demande qui arrive devant le médecin?

Je propose les mots suivants:

"Demande liée à la relation entre la personne et son environnement."


- Demande, parce que la demande est spécifique, qu'elle émane d'une personne ou de son environnement, et qu'elle prend des formes variées. Si l'on veut aider la ou les personnes, on doit répondre à cette demande spécifique. Il s'agit d'une demande, sa nature n'est pas spécifiée. Il ne s'agit pas d'un diagnostic, ni d'une maladie. L'aide apportée n'est pas le monopole du médecin.

- Personne, car la demande se manifeste souvent par un acte d'accusation, et c'est la personne qui est accusée et que l'on désigne comme coupable. La personne est le sujet d'expériences mentales et émotionnelles et de leurs interprétations. Elle est l'acteur des comportements qui font l'objet de demandes et d'accusations. La personne est l'accusée dans les jugements que portent les médecins au nom de l'idéologie psychiatrique. Le jargon médical des crimes jugés comprend les mots hallucinations pour les expériences mentales et délires pour les croyances associées ou non à ces expériences. Pour les médecins qui jugent une schizophrénie, c'est la personne jugée négativement qui a des hallucinations et qui élabore et adhère à des délires.

- Relation, parce que la demande peut impliquer tout l'environnement de la personne: famille, amis, collègues, services sociaux, médecin, directeur d'hopital, préfet. La demande peut émaner de l'entourage, car la souffrance morale est aussi vécue par l'entourage. C'est le relationnel et la souffrance morale de l'entourage que l'on doit adresser alors, et pas seulement la souffrance morale de la personne que l'on accuse.  La crise psychotique correspond à cette accusation ou auto-accusation d'une personne qu'on ne comprend pas, d'avoir perdu la raison. On accuse abusivement la personne d'être seule responsable des souffrances morales de tous, à la manière d'un bouc émissaire. Et l'erreur courante consiste à demander au médecin d'être le juge de cette accusation. Une large part de l'idéologie psychiatrique a été élaborée afin d'étayer un tel jugement.

Quelques exemples de demandes et de réponses possibles.

Demande: "Je suis à la rue, je n'ai pas d'argent."
Aide possible: Housing first. Aide sociale.

Demande: "Je n'y arrive pas."
Aide possible: Assistance.

Demande: "Je suis en conflit."
Aide possible: Advocacy.

Demande: "Mon entourage ne dialogue pas."
Aide possible: Approche de dialogue ouvert.

Demande: "J'entends des voix."
Aide possible: En parler avec les Groupes d'Entendeurs de voix (Comme le REV France). Partager des techniques afin de mieux gérer les expériences.

Demande: "J'ai une croyance ou un comportement dont je voudrais me débarrasser."
Aide possible: Thérapie brève, thérapie stratégique.

Demande: "J'ai des croyances qui ne sont pas acceptées généralement."
Aide possible: En parler avec les Groupes de croyances inhabituelles.

Demande: "J'ai des colères inappropriées pour des motifs mineurs."
Aide possible: Gestion des émotions, écologie intérieure, respiration. Recherche de traumatismes.

Demande: "Je pense que j'ai une maladie."
Aide possible: Consultation, anamnèse, examen clinique, examens complémentaires, revoir un traitement, etc. (Par exemple vérifier: toxicité médicamenteuse, surdosage, polymédication, alcool, cannabis, métaux lourds, neuroborréliose, lupus, traumatisme crânien, etc..)

Demande: "J'ai mal à cette hanche, mais les médecins n'ont rien trouvé."
Aide possible: Approches psycho-corporelles, eutonie.

Demande: "Je me sens comme un bébé et j'ai besoin de me recroqueviller."
Aide possible: Recherche de traumatisme de la petite enfance.

Demande: "J'ai des difficultés avec la sexualité."
Aide possible: Recherche de traumatisme sexuel.

Demande: "J'ai un traumatisme ancien qui déclenche des émotions inappropriées."
Aide possible: EMDR, somatic experiencing, approches psychocorporelles et respiratoires.

Demande: "J'ai peut-être été traumatisé(e) mais je ne m'en souviens pas."
Aide possible: Techniques de lecture du corps, heurts à l'expiration spontanée, zones douloureuses du corps, qui déclenchent des émotions au massage et au grattage de la peau avec un grattoir, qui tremblent en extension.

Demande: "Je souhaite me reconnecter à mon passé."
Aide possible: Régression sous hypnose.

Demande: "Je manque de confiance en moi."
Aide possible: Approches de renforcement de la personnalité: renforcement positif, amour de soi.

Demande: "Je me sens vide à l'intérieur."
Aide possible: Développement personnel.

Demande: "Je n'habite pas bien mon corps. Je suis trop dans le mental."
Aide possible: Approches psychocorporelles: acceptation de son corps, conscience du corps, massages, danses (biodanza), arts martiaux, posture, respiration.

Demande: "J'ai du mal à socialiser."
Aide possible: GEMs.

Demande: "Je suis excessivement introverti(e)".
Aide possible: Chant, théatre.

Demande: "Je tourne en rond."
Aide possible: Tenir un journal.

Demande: "Je manque d'énergie."
Aide possible: Techniques de mobilisation de son système nerveux autonome.

Demande: "Je ne suis pas ancré dans le réel."
Aide possible: Techniques de grounding.

Demande: "J'ai peur de mes idées quand je regarde le vide."
Aide possible: Présence, écoute. Disponibilité.

Demande: "Je voudrais un ami qui m'offre une communication non verbale."
Aide possible: Animal-thérapie.

Demande: "Je ne connais pas le sens de ma vie."
Aide possible: Hypnose spirituelle.

Demande: "J'ai des questions de nature spirituelle."
Aide possible: Consulter un spirituel compétent.

...
.
Comment crée-t-on la schizophrénie ?

Cela se fait par une réponse inappropriée aux expériences dites crises psychotiques.

Considérons l'aspect relationnel de la demande, en particulier quand la demande vient de l'entourage et pas de la personne elle-même. L'expérience de la personne de ne plus être comprise par un entourage qui pense qu'elle a perdu la raison est extraordinairement stressante. Ce stress à lui seul constitue une condition qui met en jeu les hormones de stress, adrénaline et cortisol, et qui suscite des réactions de combat, de fuite ou de passivité. Si le stress se prolonge, avec l'insomnie, la personne perd complètement ses moyens. L'ouverture du dialogue avec l'entourage permet de désamorcer la crise. Si on ne fait pas cela, si l'on hospitalise et qu'on médique la personne de façon lourde, on fige une situation de médicalisation d'un non-dialogue, sous la forme d'un contrat de maladie mentale.

C'est créer la schizophrénie.

La demande peut résulter d'une incompréhension de soi-même. Le médecin qui valide l'auto-accusation par des moyens lourds et sans dialogue crée aussi la schizophrénie.


Comment maintient-on la schizophrénie ?

On va faire accepter le contrat social de maladie mentale à la personne. Et utiliser tous les moyens de pressions, y compris les plus odieux, afin de briser la personne qui résiste dans l'acceptation de ce contrat.

Ces moyens sont:

- Enlèvement, quelquefois public, parfois violent, parfois avec effraction, et sans prendre en compte les conséquences de l'enlèvement.

- Privation de liberté, sous la forme d'une hospitalisation forcée dite sans consentement, dans des établissements fermés.

- Perte des droits, en particulier: droit de refuser un soin, une médication, une hospitalisation. Droit de communiquer au dehors. Droit de visite. Droit à la justice. Droit à gérer ses biens. Droit à procréer et à élever ses enfants.

- Torture, en particulier au début de la psychiatrisation, et lors de toute espèce de récidive du crime jugé appelé maladie. Humiliations, contentions, mise à l'isolement, médications de sédation, de docilité et d'incapacitation, torture aux neuroleptiques, combinaison de ceci, mise en danger de la vie et de la santé, menaces graves sur l'intégrité mentale et physique de la personne, dommages cérébraux, maladies iatrogènes. Ceci est réalisé par l'autorité, dans l'impunité, et sans recours possible, avec menace de répétitions.

- Endoctrinement et pressions, par répétition des jugements portés: "Tu dois consentir aux soins." "Tu es malade." "Ce sont des soins." "C'est un traitement." "C'est pour ton bien." "Tu dois prendre tes médicaments." "C'est une maladie constitutionnelle, à vie".

Ces pratiques odieuses ne sont pas présentées pour ce qu'elles sont, c'est à dire des tortures et des violations graves des droits humains élémentaires de la personne pratiquées en discrimination par rapport à un handicap réel ou perçu, mais plutôt comme des soins médicaux salvateurs et justifiés. Une vaste idéologie a été élaborée depuis les débuts de la psychiatrie, afin de réaliser cette redéfinition, en s'appuyant sur des prétentions scientifiques non valides.


Quels sont les termes du contrat de maladie mentale?

- Confession: La personne doit avouer et confesser qu'elle est malade mentale et qu'elle a besoin de soins, et que les soins l'ont aidée. Elle confesse que les expériences mentales ou émotionnelles qui l'ont conduite au jugement de malade mental sont mauvaises, mais on dit pathologiques, et que l'entreprise médicale de répression de telles expériences est saine et juste.

- Soumission: La personne renonce à toute espèce de poursuite vis à vis des maltraitances subies appelées soins. Implicitement, la personne renonce à toute espèce de recours vis à vis des maltraitances ultérieures qui seront appelées soins. La personne se soumet aux prescriptions, et promet compliance parfaite vis à vis des prescriptions. La personne accepte toute intrusion dans sa vie privée, y compris dans sa psyché, par les professionnels. Elle promet de coopérer à cette intrusion. Elle accepte la communication d'informations privées la concernant à son entourage et aux services de l'état. La personne accepte la sous-citoyenneté liée à sa condition de malade mentale, et renonce à gérer ses biens, ainsi qu'à sa personnalité juridique. Il peut y avoir une clause de non-procréation. La personne promet de consulter immédiatement en cas d'expérience mentale ou émotionnelle interdite, qualifiée de crise ou de rechute.

- Protection: La personne recevra protection sociale en échange de ceci. Elle est déchargée de toute responsabilité.

- Sanction: La personne accepte à l'avance toute espèce de maltraitance ou de torture en réponse à un non-respect des clauses de confession et de soumission, violation qui sera jugée sans procès par quelque médecin, directeur d'hôpital ou préfet, et ce jugement avalisé sans contradictoire par un juge des privations de liberté.


Comment la médication maintient-elle la schizophrénie?

- Les médicaments supposés soigner la folie créent et pérennisent les demandes.

Par exemple, les antipsychotiques fabriquent l'akathisie, les signes négatifs, et quelquefois la catatonie, ou des hallucinations. Sur le moyen terme, les antipsychotiques fabriquent l'hypersensibilité adaptative à la dopamine, qui crée des états mentaux et émotionnels extrêmes sur une certaine durée. Les syndromes de sevrage des antipsychotiques sont sévères et provoquent toutes sortes de conditions d'insomnie, anxiété, etc. Sur le long terme, les antipsychotiques peuvent provoquer des rétrécissements de la matière grise et des insuffisances cérébrales chroniques, qui se traduisent par toutes sortes de troubles.

Les médecins ont un biais psychologique qui les incite à ne pas reconnaître les maladies iatrogènes liées aux médicaments qu'ils ont eux-même prescrits. Cela concerne les effets directs et les effets secondaires des médicaments psychiatriques, ainsi que les maladies provoquées par les traitements, et les syndromes de sevrage des médicaments. Ou encore les conditions neurologiques révélées par la baisse d'un traitement qui les masquait.

Les psychiatres sont spécialisés dans les systèmes d'accusation et leur diagnostic sera un diagnostic d'accusation. Un syndrome de sevrage devient une rechute. Une hypersensibilité à la dopamine devient une résistance au traitement. Toute condition et toute demande devient une expression de la maladie mentale jugée.


- Le traumatisme de la psychiatrisation forcée aggrave la souffrance.

Les tortures psychiatriques subies par la personne sont des traumatismes sévères, qui altèrent la personnalité. Les personnes peuvent développer ce qu'on appelle un syndrome de Stockholm, qui consiste à prendre le parti des bourreaux et à les aimer.

La personne traumatisée vit dans l'anxiété, elle a peur du changement.

Les suicides sont 44 fois plus fréquents après une hospitalisation.


- Les moyens de la personne sont altérés par la médication.

La personne sous médication psychiatrique par exemple antipsychotique, anxiolytique, souvent perd la faculté de se concentrer et/ou de mémoriser correctement. Souvent, elle perd son empathie, ses émotions, sa sensibilité, ses talents. Souvent elle n'a plus les moyens de prendre conscience du contrat aberrant auquel on a pu la contraindre. Quelquefois la personne oublie comment elle était avant de rencontrer la psychiatrie.


- La protection sociale est soumise à la compliance aux prescriptions.

La reconnaissance d'un handicap par les services sociaux est conditionnée à la soumission aux prescriptions médicales. C'est en violation des recommandations de la Convention CDPH de l'ONU, qui enjoint aux états de passer du modèle médical du handicap au modèle basé sur les droits de l'homme. En particulier les aides sociales en rapport avec le handicap, constituent un droit qui est indépendant des négociations qui sont menées entre la personne et son médecin.


Quelle serait l'approche appropriée pour répondre à ces demandes?

C'est généralement le médecin qui se voit assigner ce rôle de triage des demandes de nature psychosociale. On peut s'interroger sur le biais qu'il manifeste, sur les intérêts qu'il défend, et sur la formation qu'il a reçue par rapport à ce rôle.

Si on est dans une demande de psychiatrisation forcée par l'entourage, on peut proposer l'approche de Dialogue Ouvert. C'est l'intervention précoce au domicile d'une équipe de psychothérapeutes qui s'efforcent de mettre en place une certaine qualité de dialogue entre la personne et son entourage. Cela est destiné à désamorcer la crise de la relation, et à éviter de transformer cette situation en contrat de schizophrénie, établi entre la personne et son entourage. Surtout éviter de faire valider ce contrat par le médecin qui en devient alors le garant, et le scelle au moyen du diagnostic psychiatrique formel..

Le médecin doit être du coté de la personne. Avec elle, et pas contre elle. Le médecin ne doit pas prendre le parti de l'accusation. Il doit conserver le secret sur tout ce que la personne lui confiera et ne doit pas alimenter une mécanique d'accusation à partir de ces confidences. Il ne doit pas juger les croyances de la personne ni pathologiser des expériences mentales au nom d'une norme réductrice établie par des personnes qui n'ont pas ces expériences.

Le médecin doit savoir dire non aux demandes qui violent l'éthique médicale, ou les droits de la personne. Il existe des juges et des lois, pour punir les crimes et les délits: ce n'est pas le travail du médecin.

Le médecin doit connaître les limites de sa compétence, et oser dire les phrases: "On ne sait pas ce que vous avez." et: "Votre demande n'est pas de nature médicale."

Puisqu'il assume le rôle de triage, le médecin doit être très bien informé des alternatives non-médicales possibles, et doit fournir une information aussi complète que possible sur celles-ci.

Le médecin doit respecter la règle du consentement éclairé dans tous les cas, et fournir une information complète sur les médications, en particulier sur les séquelles possibles et comment se passe le sevrage des médicaments.


Références:

Approches alternatives non médicales.


Gooding P, McSherry B, Roper C, Grey F, (2018).Alternatives to Coercion in Mental Health Settings A Literature Review.
Melbourne University.
https://socialequity.unimelb.edu.au/news/latest/alternatives-to-coercion

Site INTAR, the International Network Toward Alternatives and Recovery.
http://intar.org/

Stastny P, Lehmann P, (2007).
Alternatives beyond psychiatry.
Peter Lehmann publishing.
http://www.peter-lehmann-publishing.com/books/without.htm

Seikkula J, Alakare B, Aaltonen J, (2011).
The Comprehensive Open-Dialogue Approach in Western Lapland: II. Long-term stability of acute psychosis outcomes in advanced community care.
Psychosis, 3:3, 192-204, DOI: 10.1080/17522439.2011.595819
http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/17522439.2011.595819?src=recsys

Seikkula J, Arnkil T E, (2014).
Open Dialogues and Anticipations. (Respecting otherness in the present moment).
http://opendialogueapproach.co.uk/product/open-dialogues-and-anticipations-respecting-otherness-in-the-present-moment-jaakko-seikkula-tom-erik-arnkil-paperback/

Site international:
http://open-dialogue.net/

Le groupe facebook 'Open Dialogue Francophone'
https://www.facebook.com/groups/1479367138755140/

Les 7 principes de l'approche Open Dialogue par Jaakko Seikkula, (2014).
https://www.youtube.com/watch?feature=share&v=wHo1rinStM8


Les personnes sont traumatisées par l'hospitalisation.

Les hospitalisations et soins sans consentements provoquent des syndromes de stress post-traumatiques et des conduites d'évitement. Dans cette étude la moitié des patients sont traumatisés.

Priebe, Stefan & Bröker, Matthias & Gunkel, Stefan. (1998).
Involuntary admission and posttraumatic stress disorder in schizophrenia patients.
Comprehensive psychiatry. 39. 220-4. 10.1016/S0010-440X(98)90064-5.
http://www.researchgate.net/publication/13608566_Involuntary_admission_and_posttraumatic_stress_disorder_symptoms_in_schizophrenia_patients

44 fois plus de suicides chez les hospitalisés psychiatriques.

Hjorthøj CR, Madsen T, Agerbo E, et al. (2014).
Risk of suicide according to level of psychiatric treatment: a nationwide nested case-control study. Soc Psychiatry Psychiatr Epidemiol 2014;49:1357–65.

Large MM, Ryan CJ (2014).
Disturbing findings about the risk of suicide and psychiatric hospitals.
Soc Psychiatry Psychiatr Epidemiol 2014;49:1353–5.

 

Les médicaments dit antipsychotiques (ou neuroleptiques) fabriquent la psychose.

Chouinard G, Samaha A, -N, Chouinard V, -A, Peretti C, -S, Kanahara N, Takase M, Iyo M (2017). Antipsychotic-Induced Dopamine Supersensitivity Psychosis: Pharmacology, Criteria, and Therapy. Psychother Psychosom 2017;86:189-219. doi: 10.1159/000477313
https://www.karger.com/Article/FullText/477313

Mary V. Seemana and Philip Seemanb (2014).
Is schizophrenia a dopamine supersensitivity psychotic reaction?
Progress in Neuro-Psychopharmacology and Biological PsychiatryVolume 48, 3 January 2014, Pages 155-160
http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278584613002194

Etudes de long-terme avec le sevrage des médicaments.

M. Harrow. 2007. “Factors involved in outcome and recovery in schizophrenia patients not on antipsychotics medications.” J Nerv Ment Dis (2007) 195: 407-414.
http://journals.lww.com/jonmd/Abstract/2007/05000/Factors_Involved_in_Outcome_and_Recovery_in.7.aspx

Les neuroleptiques de longue durée sont un facteur de chronicisation et de non-guérison des épisodes dits psychose. Autrement dit les neuroleptiques fabriquent des maladies chroniques. Etude sur 7 ans.

Wunderink L., 2013. Recovery in Remitted First-Episode Psychosis at 7 Years of Follow-up of an Early Dose Reduction/Discontinuation or Maintenance Treatment StrategyLong-term Follow-up of a 2-Year Randomized Clinical Trial. JAMA Psychiatry.
http://archpsyc.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1707650

Moncrieff J., 2015. Antipsychotic Maintenance Treatment: Time to Rethink?
https://journals.plos.org/plosmedicine/article?id=10.1371/journal.pmed.1001861

Mathew Lander et collègues, 2018: Review of withdrawal catatonia: what does this reveal about clozapine?
https://www.nature.com/articles/s41398-018-0192-9

Lucire Y (2016) Pharmacological Iatrogenesis: Substance/Medication-Induced Disorders That Masquerade as Mental Illness. Epidemiology (sunnyvale) 6:217. doi:10.4172/2161-1165.1000217.
http://www.omicsonline.org/open-access/pharmacological-iatrogenesis-substancemedicationinduced-disordersthat-masquerade-as-mental-illness-2161-1165-1000217.php

L'appelation 'antipsychotique' est un coup de marketing et une tromperie sur la marchandise. Toutes les études négatives sur les neuroleptiques sont escamotées.

Un guide bien documenté sur les neuroleptiques
http://www.madinamerica.com/wp-content/uploads/2015/08/Guide-to-Minimal-Use-of-Neuroleptics-.pdf

Effets secondaires des neuroleptiques:
Dr. David Healy "Side Effects of Antipsychotics", 2016
http://rxisk.org/side-effects-of-antipsychotics/

Comment et pourquoi faire le sevrage des médicaments.
Peter Breggin, "Psychiatric Drug Withdrawal", 2013

Les recherches d'un parent concerné par les produits prescrits à son enfant.
http://www.psychiatric-drug-effects.com/?Health_and_Social_Care_Practitioners_Mental_Health_Information___Antipsychotics_Side_Effects

Le rétrécissement cérébral des patients étiquetés schizophrénie est du aux drogues administrées.
Beng-Choon Ho et al., 2011: "Long-term Antipsychotic Treatment and Brain VolumesA Longitudinal Study of First-Episode Schizophrenia"
http://archpsyc.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=211084

Goetsche P, 2015: "Does long term use of psychiatric drugs cause more harm than good?"
http://www.bmj.com/content/350/bmj.h2435

Les "symptomes négatifs" sont liés à la toxicité des produits administrés, au traumatisme et au désespoir que la psychiatrisation provoque.

Luther L. et collègues, 2015: "Expectancies of success as a predictor of negative symptoms reduction over 18 months in individuals with schizophrenia."
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26162662/

Akathisie aux neuroleptiques.
RxISK Medical Team, 2016, "What is akathisia?"
http://rxisk.org/akathisia/

La cécité des médecins aux consequences néfastes de leurs prescriptions.
Venomagnosia by David Healy
https://davidhealy.org/venomagnosia/

La corruption par les laboratoires pharmaceutiques
Gøtzsche, Peter C (2015). Deadly Psychiatry and Organised Denial.


Sur le concept de shizophrenie

Dernières recherches sur le concept de schizophrénie:"Le concept est mourrant" par Simon McCarthy-Jones, 2017.
http://theweek.com/articles/731238/concept-schizophrenia-dying

Szasz, Thomas (1961). The myth of mental illness.
Szasz, Thomas (1987). Insanity: The idea and its consequences.
Szsaz, Thomas (1988) Schizophrenia - The Sacred Symbol of Psychiatry.

Le concept de "schizophrenie" est vide:

Van Os Jim, 2016,  "Schizophrenia does not exist."
http://www.bmj.com/content/352/bmj.i37

Etude du collectif néerlandais "Schizophrenia does not exist", 2015
https://www.schizofreniebestaatniet.nl/schizophrenia-does-it-exist-or-not/

Le concept est nuisible au patient:

Collectif BPS, 2014: "Understanding Psychosis and Schizophrenia: A report by the Division of Clinical Psychology, Why people sometimes hear voices, believe things that others find strange, or appear out of touch with reality, and what can help."
https://www.bps.org.uk/system/files/user-files/Division%20of%20Clinical%20Psychology/public/understanding_psychosis_-_final_19th_nov_2014.pdf

Gosden Richard, 2001, "Punishing the patient: How Psychiatrists Misunderstand and Mistreat Schizophrenia.
https://sites.google.com/site/punishingthepatient/

The harmful concept of Schizophrenia: A cause related alternative for the harmful concept of
schizophrenia.
Prof. Dr. Marius Romme.   
Annual Conference of M.H.N.A., Bournemouth 9 Nov. 2005
http://hearingvoicescymru.org/wp-content/uploads/2014/01/The_harmful_concept_of_schizophrenia.pdf

L'opinion d'un survivant:

Hickey Philip, juin 2014, "La psychiatrie n'a jamais établi la preuve de ses présupposés".
http://www.behaviorismandmentalhealth.com/2014/06/26/lingering-doubts-about-psychiatrys-scientific-status/

DSM V:
"La schizophrénie est un syndrome clinique hétérogène." "Schizophrenia is a heterogeneous clinical syndrome"

Le beau jargon que voilà...

Le Conseil Supérieur de la Santé Belge met en garde contre les classifications des "problèmes de santé mentale": DSM et CIM. Juin 2019.
https://www.health.belgium.be/sites/default/files/uploads/fields/fpshealth_theme_file/css_9360_dsm5.pdf

Les diagnostics psychiatriques n'ont pas de validité scientifique.

Kate Allsopp,John Read,Rhiannon Corcoran,Peter Kinderman
"Heterogeneity in psychiatric diagnostic classification"   
Psychiatry Research,September 2019
https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0165178119309114?via%3Dihub

Expérience de Rosenhan:
Rosenham David, 1973, "On being sane in insane places".
http://www.bonkersinstitute.org/rosenhan.html

Génétiques prétendues du concept de schizophrénie:
Benthall Richard, Pilgrim David, 2016 "There are no schizophrenia genes"
http://theconversation.com/there-are-no-schizophrenia-genes-heres-why-57294

Joseph Jay, 2016, "Schizophrenia and genetics, a closer look at the evidence"
http://www.madinamerica.com/2016/01/schizophrenia-and-genetics-a-closer-look-at-the-evidence/

Confusion avec la maltraitance infantile:
Bebbington Paul E. et collègues, 2004: "Psychosis, victimisation and childhood disadvantage: Evidence from the second British National Survey of Psychiatric Morbidity"
http://bjp.rcpsych.org/content/185/3/220.long

Facteurs culturels, intolérance de la diversité.
De Leede-Smith Sakia, Barkus Emma, 2013, "A comprehensive review of auditory verbal hallucinations: lifetime prevalence, correlates and mechanisms in healthy and clinical individuals."
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3712258/

Selon les études, entre 5% et 28% de la population générale entend des voix.
Johns L.C,... 2014, Auditory Verbal Hallucinations in Persons With and Without a Need for Care
chizophrenia Bulletin, Volume 40, Issue Suppl_4, July 2014, Pages S255–S264,
https://doi.org/10.1093/schbul/sbu005

Voir aussi les sites des entendeurs de voix comme celui-ci:
http://www.hearing-voices.org/voices-visions/

Les entendeurs de voix veulent sortir de la psychiatrie.
Article de la Voix du Nord: "Ils ne sont pas schizophrènes, ils sont entendeurs de voix."
http://www.lavoixdunord.fr/archive/recup/region/metropole-lilloise-ils-ne-sont-pas-schizophrenes-ils-ia19b0n2054649

Le témoignage de Will Hall: J'ai du me remettre du diagnostic de "schizophrénie".
https://www.youtube.com/watch?v=0JmvGuGc17E


Sur le concept de psychose:

Szasz, Thomas (1961). The myth of mental illness.

Szasz, Thomas (1987). Insanity: The idea and its consequences.


Collectif BPS, 2014: "Understanding Psychosis and Schizophrenia: A report by the Division of Clinical Psychology, Why people sometimes hear voices, believe things that others find strange, or appear out of touch with reality, and what can help."
https://www.bps.org.uk/system/files/user-files/Division%20of%20Clinical%20Psychology/public/understanding_psychosis_-_final_19th_nov_2014.pdf


Le modèle médical:

La Convention Droits des Personnes Handicapées de l'ONU prescrit aux états membres d'abandonner le modèle médical pour le remplacer par le modèle psycho-social.

Je cite le document ONU (http://www.un.org/french/disabilities/default.asp?id=801):

"Le traité considère le handicap comme le résultat de l’interaction entre un environnement inaccessible et une personne, plutôt qu’un attribut intrinsèque d’une personne. Il remplace l’ancien « modèle médical » du handicap par un modèle social, basé sur les droits de l’homme, postulant que c’est la société qui « handicape » les personnes handicapées, les empêchant d’exercer leurs droits en tant que citoyens."


Big Pharma finance l'idéologie.





Articles plus anciens sur ce blog:

Perspective: la soit-disant 'psychose' est une relation dysfonctionnelle.
https://depsychiatriser.blogspot.com/2018/12/perspective-la-soit-disant-psychose-est.html

Dissonance cognitive médicale: l'usager sait mieux.
https://depsychiatriser.blogspot.com/2017/01/dissonance-cognitive-medicale-lusager.html

L'akathisie, un des aspects de la torture aux neuroleptiques, ou comment le produit psychiatrique fabrique les symptômes de la folie.
https://depsychiatriser.blogspot.com/2016/11/lakathisie-un-des-aspects-de-la-torture.html

L'auto-destruction psychiatrique: un piège complexe à mâchoires mutiples qui lie la personne, son entourage et le médecin lui-même.
https://depsychiatriser.blogspot.com/2016/10/lauto-destruction-psychiatrique-un.html



mercredi 24 juillet 2019

Rapport Parallèle pour l'examen de la France en pré-session par le Comité de le Convention CDPH de l'ONU

Par Luc Thibaud.

Le rapport en français est à télécharger ici.

English Version here.  Le rapport en anglais ici.

Ou bien sur le site de l'ONU.

L'ensemble des soumissions de la société civile pour la pré-session.

Rapport parallèle pour la France

Soumission à la douzième réunion du Groupe de travail de pré-session du Comité des droits des personnes handicapées, ONU, 23-27 septembre 2019.


1) Auto-introduction
Je suis un usager français de psychothérapie. J’écris ce document avec l’aide de mes amis usagers et survivants de la psychiatrie en France. Je suis membre d’ENUSP[1].
2) Résumé
A partir de 2011, la coercition psychiatrique a été rendue légale en France. Cela m’a incité à publier le blog « depsychiatriser » [2] à partir de 2014. Mon but est de dénoncer le viol des droits des personnes. Je dénonce aussi la fabrication d’addictions médicamenteuses et la médicalisation exclusive des demandes psychosociales. En même temps je m’efforce de recueillir la parole des personnes concernées en utilisant surtout les réseaux sociaux.

En 2015, j’ai lancé la pétition « Abolir l’Hospitalisation et le Traitement Forcé » [3] avec des amis du mouvement des usagers et survivants de la psychiatrie sur les médias sociaux en France. Ces groupes Facebook s’appellent « Anti-Psychiatrie-Hopital -prison », « Les Indignés de la psychiatrie française », « Untermenschen », et la pétition possède une page Facebook: « Petition stop abus psychiatrie ».

En 2016, le blog « depsychiatriser » a rejoint la Campagne Prohibition Absolue[4] lancée par le CHRUSP[5].

En 2017, j’ai soumis un document au Comité de la Convention en préparation de la visite en France de la Rapporteure Spéciale Madame Catalina Devandas.
3) Articles spécifiques de la Convention traités dans le document soumis
Cette soumission fait référence aux Articles 3, 5, 7, 8, 12, 14, 15, 17, 25 de la Convention en ce qui concerne la circonscription des personnes avec handicap psychosocial.
4) Recommandations proposées
Article 3 :
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de changer de paradigme vis à vis du handicap psychosocial. De renoncer au modèle médical du handicap et d’implémenter dans les lois et dans les pratiques le modèle du handicap fait de protection sociale, de respect des droits de l’homme et de non-discrimination.
Article 5 :
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français d’abroger les décrets permettant de pratiquer le fichage informatique des personnes avec handicap psychosocial. Décret No. 2018-383 et Décret No. 2019-412.

  2. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de s’excuser publiquement pour la confusion pratiquée entre les personnes avec handicap psychosocial et le terrorisme et de condamner toute espèce de confusion entre les personnes avec handicap psychosocial et le terrorisme.
Article 7 :
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de renoncer au modèle médical du handicap psychosocial de l’enfant, et de faire en sorte que l’enfant ne soit victime ni de stigmatisation, ni de ségrégation, ni soumis de façon contrainte à des médications qui altèrent la psyché et le système nerveux, ni soumis à l’étiquetage médical d’un handicap, d’une crise ou d’une détresse psychosociale.
Article 8 :
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de revoir l’article L114 du Code de l’action sociale et des familles pour que la définition du handicap soit axée sur l’interaction de la personne avec l’environnement et les obstacles existants et pas sur la pathologie.

  2. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de revoir le formulaire Cerfa n° 15695*01 d’ouverture des droits aux aides sociales du handicap pour que la définition du handicap soit axée sur l’interaction de la personne avec l’environnement et les obstacles existants et pas sur la pathologie.
Article 12 :
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de réformer la loi n° 2007-308 du 5 mars 2007 afin de remplacer les systèmes de prise de décision substitutive par des systèmes de prise de décision assistée.
Article 14 :
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français d’abolir les hospitalisations psychiatriques forcées dans la loi et dans les pratiques. Abrogation des articles L3211, L3212 et L3213 du code de la santé publique. Retrait du Projet de Protocole additionnel à la Convention d’Oviedo.

  2. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de libérer tout patient demandant à quitter un établissement psychiatrique et de fournir les aides sociales nécessaires pour réaliser cette sortie dans de bonnes conditions.
Article 15 :
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français d’abolir les pratiques de contention mécanique et de mise à l’isolement dans tous les lieux de santé mentale.

  2. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français d’abolir toute espèce de traitement psychiatrique forcé.

  3. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de présenter des réparations aux victimes de ces pratiques:
a) La restitution : rétablir la situation de la victime telle qu’elle était avant que la violation ne soit commise. Cela devrait comprendre le rétablissement de la liberté, l’absence de traitement forcé, la jouissance de la vie familiale et de la citoyenneté, le retour à son lieu de résidence et le rétablissement de l’emploi.

b) La compensation : indemnisation pour tout dommage économiquement évaluable, tel qu'un préjudice physique ou mental; pour les opportunités perdues, y compris l'emploi et l'éducation; pour les dommages matériels et le manque à gagner; pour le dommage moral; et pour les coûts liés à l'assistance juridique, aux services médicaux et sociaux.

c) La réhabilitation des victimes en les incluant, par leur pleine participation à la vie de la société. Restaurer leur indépendance physique, mentale, sociale et professionnelle.

d) Satisfaction: des mesures efficaces visant à faire cesser les violations persistantes; la vérification des faits et la divulgation publique de la vérité; une déclaration officielle ou une décision judiciaire rétablissant les droits de la victime; des sanctions prises à l'encontre des personnes responsables des violations; une enquête et des poursuites pénales, des excuses publiques, y compris la reconnaissance des faits et l'acceptation de la responsabilité.

e) Garantie de non-répétition: prendre des mesures pour lutter contre l'impunité, prévenir les actes futurs, ainsi que réviser et réformer les lois qui contribuent ou permettent de commettre ces violations.

Article 25 :
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de condamner, conformément à la loi L1111-4 du Code de la Santé Publique, le refus, fait par un médecin, des demandes de sevrage émanant de l’usager et le refus d’accompagner le sevrage des médicaments psychiatriques.

  2. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de favoriser l’épanouissement d’une offre d’alternatives diversifiée pour les demandes psychosociales.
Références
1. ENUSP est le « European Network for (ex)-Users and Survivors of Psychiatry ».

2. Blog « Depsychiatriser ».

3. La Pétition “Abolir l’Hospitalisation et le Traitement Forcé”.

4. La Campagne Prohibition Absolue

5. CHRUSP est le « Center for the Human Rights of Users and Survivors of Psychiatry ».


I Article 3 Principes généraux

d) Le respect de la différence et l'acceptation des personnes handicapées comme faisant partie de la diversité humaine et de l'humanité ;
Les personnes avec handicap psychosocial m’ont fait part de la non-acceptation de leur différence et du non-respect de la diversité humaine à laquelle elles revendiquent d’appartenir.
L’intolérance peut se manifester par des demandes de l’entourage pour une prise en charge psychiatrique qui n’est pas sollicitée et qui est faite sous la contrainte, avec hospitalisation forcée et médication incapacitante forcée.

L’intolérance vient aussi du corps médical qui prend le parti de l’intolérance manifestée par l’entourage contre la personne elle-même et qui utilise les instruments de la médecine pour violer les droits de la personne. Ces instruments de la médecine sont en particulier les diagnostics psychiatriques, qui sont alors perçus comme des jugements portés sur la personne.

La personnalité et les comportements qui sortent de la norme deviennent ainsi des maladies à traiter, et il n’est pas fait de différence de traitement en France selon que la personne soit consentante ou bien qu’elle refuse les soins proposés. La logique de ceci serait qu’on ne respecte pas une maladie, mais on la combat, et, de la même façon, la personnalité de la personne que l’on a accusée ainsi d’être malade n’est pas respectée, mais elle est combattue avec les instruments de la médecine.

Ainsi le modèle médical du handicap psychosocial fait-il de la médecine un instrument au service de l'intolérance de la diversité humaine.
Recommandations proposées
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de changer de paradigme vis à vis du handicap psychosocial. De renoncer au modèle médical du handicap et d’implémenter dans les lois et dans les pratiques le modèle du handicap fait de protection sociale, de respect des droits de l’homme et de non-discrimination.

II Article 5: Égalité et non-discrimination


Il m’a été rapporté que les diagnostics psychiatriques, une fois portés, semblent quasiment indélébiles. :« on n’est jamais guéri d’une maladie mentale. » En France, il semble que l’anamnèse psychiatrique de la personne constitue une sorte de casier psychiatrique qui permettra la discrimination future de la personne, de la même manière qu’un casier judiciaire des condamnations pénales autorise les discriminations.

Mes amis m’ont confirmé ceci en portant à mon attention que le Gouvernement français pratique la discrimination envers les personnes avec handicap psychosocial au moyen du maintien de fichiers informatiques spécifiques. Ces procédés sont de plus en plus employés, avec de nouvelles lois récentes.

Le fichier informatique « HOPSYWEB » autorise en France le fichage informatique des données confidentielles des personnes en soins psychiatriques forcés. Décret No. 2018-383 du 23 Mai 2018 [1].

Le fichier HOPSYWEB est interrelié en France au fichier des personnes en relation avec le terrorisme. Décret No. 2019-412 du 6 Mai 2019, amendement du Décret No. 2018-383 du 23 Mai 2018 [2].

Le gouvernement français confond publiquement les personnes souffrant d'un handicap psychosocial avec le terrorisme [3]. Ceci encourage les stéréotypes et les attitudes de stigmatisation envers les personnes. C’est le contraire de l’article 8.1.b de la Convention qui spécifie de lutter contre les stéréotypes.
Recommandations proposées
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français d’abroger les décrets permettant de pratiquer le fichage informatique des personnes avec handicap psychosocial. Décret No. 2018-383 et Décret No. 2019-412.

  2. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de s’excuser publiquement pour la confusion pratiquée entre les personnes avec handicap psychosocial et le terrorisme et de condamner toute espèce de confusion entre les personnes avec handicap psychosocial et le terrorisme.
Références
1. Le fichier HOPSYWEB: Décret No. 2018-383 du 23 Mai 2018.

2. Lien entre HOPSYWEB & le fichier du terrorisme FSPRT: Décret No. 2019-412 du 6 Mai 2019.

3. Dans cet article du Figaro du 10 mai 2019, les syndicats de psychiatres et de médecins SPEP et INPH dénoncent la confusion faite par le gouvernement entre maladie mentale et terrorisme.


III Article 7 Enfants handicapés


Le projet de réforme de l'école en France, dit « Loi Blanquer », instaure une visite médicale obligatoire de « dépistage » à 3 ans et renforce la visite qui existe déjà à 6 ans. (Article 2 ter de la nouvelle loi, articles L. 541-1 du code de l'éducation et L. 2325-1 du code de la santé publique).
Le texte a été revu par le Sénat français le 24 juin 2019 [1].

Selon mes correspondants, les difficultés psychosociales de l’enfant ne doivent pas être considérées exclusivement sous l’angle médical, mais d’abord par rapport à ses droits. Par exemple le divorce des parents peut s’accompagner de difficultés, mais cela ne signifie pas que l’enfant soit atteint d’une maladie. Par rapport à ceci, la spécificité du modèle médical du système français fait que les difficultés psychosociales en général font rentrer les enfants dans une logique de médicalisation, par exemple en les triant vers un centre médico-éducatif. L’impact négatif sur l’enfant doit être considéré [2].

Les enfants ainsi médicalement « dépistés », en France, pour des difficultés psychosociales, et par rapport à une norme, risquent la ségrégation dans des établissements médicalisés. Ils pourront recevoir des médications inappropriées et nuisibles à leur santé, qui fabriqueront des maladies et des addictions futures. Ils risquent d’être stigmatisés par des diagnostics psychiatriques qui ignorent et escamotent l’origine psychosociale des difficultés qu’ils rencontrent.

L'intérêt supérieur de l'enfant est de ne pas être soumis à un étiquetage basé sur un modèle médical du handicap ou de la crise ou de la détresse psychosociale, et de ne pas soumettre la personnalité et le cerveau en cours de développement à des médicaments qui modifient la structure et le fonctionnement du système nerveux et qui ont de nombreux autres effets néfastes.

Les psychiatres ou autres praticiens ne peuvent pas être les arbitres de l'intérêt supérieur des enfants handicapés, que ce soit sur des questions de politique générale ou en relation avec les décisions concernant des enfants individuels. Mais on doit considérer avant tout le respect des droits de l’enfant. Le modèle du handicap de l’enfant doit être un modèle de protection sociale, de respect des droits de l’homme et de non-discrimination.
Recommandations proposées
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de renoncer au modèle médical du handicap psychosocial de l’enfant, et de faire en sorte que l’enfant ne soit victime ni de stigmatisation, ni de ségrégation, ni soumis de façon contrainte à des médications qui altèrent la psyché et le système nerveux, ni soumis à l’étiquetage médical d’un handicap, d’une crise ou d’une détresse psychosociale.
Références
1. Le projet de loi revu par le Sénat.

2. Sur l’inclusion, un article de M'hamed El Yagoubi, 2019.


IV Article 8 Sensibilisation

1. b) Combattre les stéréotypes, les préjugés et les pratiques dangereuses concernant les personnes handicapées, y compris ceux liés au sexe et à l'âge, dans tous les domaines;
Pour les personnes avec handicap psychosocial avec lesquelles je communique, les stéréotypes sont associés à la « folie ». Ce sont des stéréotypes de dangerosité et d’irresponsabilité. Ces stéréotypes nourrissent les attitudes d’ostracisme, de non-dialogue, de paternalisme, de prise de décision substitutive, de privation des droits et de déni de justice.

Il semble que, pour beaucoup, les stéréotypes soient associés aux diagnostics psychiatriques et aux effets secondaires visibles des médications.

Ces diagnostics peuvent être vécus par mes amis comme des boulets dont il est impossible de se libérer. Ces concepts de « maladies psychiques » ne font pas l’unanimité parmi les personnes. Beaucoup de mes amis critiquent l’absence de validation biologique des diagnostics qu’ils ont reçu. Ils soulignent que la cause de la plupart de ces troubles n’est pas connue. Ils expliquent que cela empêche d’adresser les difficultés que les personnes rencontrent de façon appropriée. Ils disent que les diagnostics sont subjectifs et changeants, et qu’ils servent de prétexte administratif à la reconnaissance du handicap et à l’ouverture des droits aux aides sociales qui s’y rapportent.
Les lois
Comme l’a rapporté la Rapporteure Spéciale dans le document A/HRC/40/54/Add.1 C.18 p.6 [1], «  la définition du handicap figurant à l’article 2 de la Loi no 2005-102 du 11 février 2005 (qui porte modification de l’article L114 du Code de l’action sociale et des familles [2]) est axée sur la déficience et non sur l’interaction de la personne avec l’environnement et sur les obstacles existants, et elle devrait donc être revue. »

En France, pour ouvrir et maintenir les droits aux aides sociales du handicap, la personne doit adresser le formulaire Cerfa n° 15695*01 [3] à la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). Ce document est un certificat médical centré sur la pathologie de la personne. Sans ce document et sans l’agrément de l’organisme MDPH , il n’existe pas d’aide par rapport au handicap.
Recommandations proposées
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de revoir l’article L114 du Code de l’action sociale et des familles pour que la définition du handicap soit axée sur l’interaction de la personne avec l’environnement et les obstacles existants et pas sur la pathologie.

  2. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de revoir le formulaire Cerfa n° 15695*01 d’ouverture des droits aux aides sociales du handicap pour que la définition du handicap soit axée sur l’interaction de la personne avec l’environnement et les obstacles existants et pas sur la pathologie.
Références
1. Rapport de la Rapporteure Spéciale sur les droits des personnes avec handicap. A/HRC/40/54/Add.1

2. Article L114 du Code d’action sociale.

3. Formulaire Cerfa n° 15695*01.


V Article 12 Reconnaissance de la personnalité juridique dans des conditions d'égalité


Les personnes avec handicap psychosocial avec lesquelles je suis en contact témoignent qu’elles ont été placées sous tutelle ou sous curatelle à la suite d’une hospitalisation sans qu’elles l’aient demandé, et qu’il leur est impossible de faire lever ces mesures par elles-mêmes. Elles rapportent des conflits avec les personnes chargés de la tutelle, des abus, l’absence de dialogue et l’inefficacité de tout espèce de recours par rapport à ces conflits.
Les lois
La dernière réforme en vigueur est la loi n° 2007-308 du 5 mars 2007 portant réforme de la protection juridique des majeurs [1].
Recommandations proposées
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de réformer la loi n° 2007-308 du 5 mars 2007 afin de remplacer les systèmes de prise de décision substitutive par des systèmes de prise de décision assistée.
Références
1. Loi n° 2007-308 du 5 mars 2007


VI Article 14 Liberté et sécurité de la personne


Les personnes avec handicap psychosocial avec lesquelles je suis en contact décrivent avoir subi des arrestations brutales, avec des violences physiques, incluant la contention, pour les faire hospitaliser de force en hôpital psychiatrique. Une fois hospitalisées, la médication est obligatoire, assortie de menaces de contention et de mise à l’isolement. Les personnes décrivent les réactions de peur qu’elles éprouvent à l’idée de revivre de tels traumatismes. Certaines personnes cherchent refuge chez des amis pour échapper aux menaces des hospitalisations forcées. Il m’a été rapporté plusieurs cas de personnes qui ont été contraintes à émigrer hors de France et à vivre dans une grande précarité afin d’échapper à ces menaces sur leur liberté. Il m’a été décrit comment certains personnels psychiatriques pratiquent l’intimidation de membres de la famille pour faire signer des formulaires de psychiatrie forcée.
Les statistiques disponibles
En 2017, en France, 81 000 personnes ont été hospitalisées de force en psychiatrie. Il y a eu 132 553 séjours d'hospitalisation forcée sur un total de 680 405 séjours [1].

Le recours à la contrainte en psychiatrie est à la hausse tant pour l'hospitalisation forcée que pour le traitement ambulatoire forcé [2][3].

Il y a 650 lits dits «UMD (Unités pour Malades Difficiles) » en France [4].
Les lois
La France dispose d'un cadre juridique pour l'hospitalisation psychiatrique forcée et même pour le traitement ambulatoire forcé. Il s'agit des articles L3211, L3212 et L3213 du code de la santé publique [5]. La procédure est basée sur des certificats médicaux [6]. Les traitements ambulatoires forcés dits « programmes de soins » ne font toutefois pas l'objet d'un contrôle juridictionnel, et la contrainte repose sur la menace de ré-hospitalisation forcée [7].
Recommandations proposées
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français d’abolir les hospitalisations psychiatriques forcées dans la loi et dans les pratiques. Abrogation des articles L3211, L3212 et L3213 du code de la santé publique. Retrait du Projet de Protocole additionnel à la Convention d’Oviedo.

  2. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de libérer tout patient demandant à quitter un établissement psychiatrique et de fournir les aides sociales nécessaires pour réaliser cette sortie dans de bonnes conditions.
Références
1. Statistiques sur les hospitalisations psychiatriques forcées en France, 2017:

2. Les soins sans consentement en psychiatrie : bilan après quatre années de mise en oeuvre de la loi du 5 juillet 2011. Coldefy M. (Irdes), Fernandes S. (ORU-Paca, Université Aix-Marseille), avec la collaboration de Lapalus D. (ARS Paca)

3. Rapport Parlementaire Robiliard / Jacquat 2017 sur les lois de « non-consentement »

4. Thèse d’Antoine Deguillaume. Les Unités de Soins Intensifs Psychiatriques en France : étude descriptive sur leurs missions, leurs modalités de prise en charge et leur intégration dans le réseau de soin. Médecine humaine et pathologie. 2017. dumas-01676733

5. Senon JL, Jonas C, Botbol M. « The new French mental health law regarding psychiatric involuntary treatment ». BJPsych Int. 2016;13(1):13–15. Published 2016 Feb 1.

6. Modèles de certificats médicaux pour hospitalisation forcée par le Conseil de l’Ordre des Médecins.

7. Soins psychiatriques ambulatoires sans consentement: un dispositif ambigu d’une grande insécurité juridique par Jean-Marc Panfili. VST n° 118 – 2013


VII Article 15 Droit de ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants


Les personnes avec handicap psychosocial avec lesquelles je communique m’ont décrit les épreuves qu’elles ont endurées lors de leur hospitalisation psychiatrique forcée.

Les personnes m’ont signalé de nombreux abus et même des menaces de mort:
  • L’utilisation de contraintes physiques et / ou chimiques.
  • La violation de l'intégrité physique et mentale de la personne au moyen de médications forcées.
  • La torture par akathisie[1] induite par les médicaments.
  • Des humiliations, comme le port forcé de pyjamas, le port forcé de couches, des abus sexuels pendant l'attachement, même des coups et blessures.
  • Les menaces d'aggravation des abus, comme le séjour en unité de « traitement intensif » c’est à dire les « Unités pour Malades Difficiles » qui sont en réalité des facilités dédiées à la détention et à la torture psychiatrique.
  • La non-communication du personnel, les mises à l’isolement, des pratiques d’escalade punitive.
  • Des pratiques de surdosage intentionnel, punitif, par exemple 5 doses de médicament neuroleptique pour « assommer » une personne qui se rebelle.
  • Les complications d'un traitement qui a été stoppé brutalement lors de l’hospitalisation.
  • Le déni des plaintes somatiques.
  • Le déni des plaintes par rapport aux abus pratiqués, l’incapacité à se défendre de la violence d’autres patients, le refus du personnel de cesser les empoisonnements par les médicaments qui ne sont pas supportés.
  • Des pratiques de contention et médication qui constituent des menaces sur la vie car elles sont susceptibles de provoquer: la déshydratation, la rétention d'urine, la constipation, l’altération de la conscience, l’obstruction des bronches, des vomissements, des conditions thrombo-emboliques, rénales et cardiaques.
  • Des menaces d'électrocutions cérébrales qui endommagent le cerveau, appelées électroconvulsivothérapie.
  • Des pratiques d’endoctrinement forcé avec des projections vidéo conçues par l’industrie pharmaceutique.
  • Le déni de justice et de réparations par rapport à ces abus.
Quelques mots des personnes concernées
Une personne dénonce: « J'ai connu un psychiatre qui prescrivait 14 ampoules de neuroleptiques sur un mois. »
Un autre: « Je ne peux plus être complice de ce système inhumain. »
Une mère: « Mon fils est attaché, c'est le moyen-âge. »
Un autre : « J’ai failli mourir de surdose de médicaments psychotropes à l’hôpital. »
Un autre: « Le psychiatre m’a dit ‘Je t’abats’, il m’a mis en obstruction intestinale, il m’aurait tué. »
Un autre: « On est obligés de jouer la comédie pour sortir de l’enfer. »
Ces pratiques sont des tortures
Les personnes m’ont décrit ces hospitalisations psychiatriques forcées comme une machine avec des engrenages. Le but de cette machine est de briser la personne. Une fois dans le circuit, il n’y a qu’un moyen d’en sortir : il faut jouer la comédie du malade qui se sent mieux grâce aux soins et qui remercie les soignants. Une personne qui est passée par une telle expérience est changée pour toujours.

Ces actes de torture sont perpétrés par l'autorité morale, à peu près légalement, la plupart du temps sans recours ni réparation[2] effectifs, et avec la menace de répétition des abus, ce qui empêche le processus de guérison des traumatismes subis.
Les statistiques disponibles
Les personnes subissent la contention mécanique et les mises à l’isolement et les deux pratiques en même temps [3], avec la médication forcée, même quand elles sont hospitalisées « en soins libres », c’est à dire volontairement. Les statistiques ne sont pas disponibles, mais 13% des personnes font l’expérience de la mise à l’isolement « en soins libres » dans une étude sur le Centre Hospitalier Alpes Isère en 2016 [4].
Les lois
La loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé [5] autorise les pratiques de contention physique et de mise à l’isolement. Elle prévoit la tenue d’un registre pour ces pratiques. Ce registre n’a pas pu être consulté par l’association d’usagers Neptune [6]. La Contrôleure des Lieux de privation de liberté a constaté des mises sous contention systématiques lors du triage vers le psychiatrique dans les services d’urgence de l’Hôpital de Saint-Etienne [7].
Recommandations proposées
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français d’abolir les pratiques de contention mécanique et de mise à l’isolement dans tous les lieux de santé mentale.

  2. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français d’abolir toute espèce de traitement psychiatrique forcé.

  3. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de présenter des réparations aux victimes de ces pratiques:
a) La restitution : rétablir la situation de la victime telle qu’elle était avant que la violation ne soit commise. Cela devrait comprendre le rétablissement de la liberté, l’absence de traitement forcé, la jouissance de la vie familiale et de la citoyenneté, le retour à son lieu de résidence et le rétablissement de l’emploi.

b) La compensation : indemnisation pour tout dommage économiquement évaluable, tel qu'un préjudice physique ou mental; pour les opportunités perdues, y compris l'emploi et l'éducation; pour les dommages matériels et le manque à gagner; pour le dommage moral; et pour les coûts liés à l'assistance juridique, aux services médicaux et sociaux.

c) La réhabilitation des victimes en les incluant, par leur pleine participation à la vie de la société. Restaurer leur indépendance physique, mentale, sociale et professionnelle.

d) Satisfaction: des mesures efficaces visant à faire cesser les violations persistantes; la vérification des faits et la divulgation publique de la vérité; une déclaration officielle ou une décision judiciaire rétablissant les droits de la victime; des sanctions prises à l'encontre des personnes responsables des violations; une enquête et des poursuites pénales, des excuses publiques, y compris la reconnaissance des faits et l'acceptation de la responsabilité.

e) Garantie de non-répétition: prendre des mesures pour lutter contre l'impunité, prévenir les actes futurs, ainsi que réviser et réformer les lois qui contribuent ou permettent de commettre ces violations.
Références
1. « What is akathisia? » David Healy, 2018.

2. Hege Orefellen, « Torture and other ill-treatment in psychiatry – urgent need for effective remedies, redress and guarantees of non-repetition », Side-event to the CRPD Committee, 30 March 2015.

3. Le Rapport 2016 de la Contrôleure Générale des lieux de privation de liberté sur la contention et l’isolement en institutions de santé mentale.

4. Charlène Bekhdadi, Thèse. Les pratiques de la mise en isolement et sous contention en psychiatrie : étude descriptive au regard de la nouvelle réglementation. Médecine humaine et pathologie. 2017. dumas-01958187

5. La loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé, article 72.

6. Le dossier de l’association Neptune sur les contentions et isolements

7. L’alerte de la Contrôleure Générale des lieux de privation de liberté sur l’hôpital de Saint-Etienne :


VIII Article 17 Protection de l'intégrité de la personne


D’après les témoignages des personnes, la médication psychiatrique forcée réalise une altération grave de l’intégrité physique et mentale de la personne. Même lorsque la personne parvient à se sevrer des médicaments administrés, mes correspondants m’ont décrit des séquelles comme la perte des talents artistiques et du sens de leur vie, des angoisses sévères, un manque de goût à vivre, ainsi qu’une gamme de séquelles neurologiques, dont certaines sont documentées dans la littérature comme des dommages cérébraux [1], et sous le nom générique de dyskinésies [2] et hypersensibilités à la dopamine [3].
Recommandations proposées
Les recommandations proposées sont les mêmes que pour l’article 15.
Références
1. Beng-Choon Ho et al., 2011: « Long-term Antipsychotic Treatment and Brain Volumes : A Longitudinal Study of First-Episode Schizophrenia ».

2. Peter R. Breggin « Antipsychotic Drugs and Tardive Dyskinesia », 1996-2019.
http://breggin.com/antipsychotic-drugs-and-tardive-dyskinesia-resources-center/

3. Chouinard G1, Samaha AN, Chouinard VA, Peretti CS, Kanahara N, Takase M, Iyo M. « Antipsychotic-Induced Dopamine Supersensitivity Psychosis: Pharmacology, Criteria, and Therapy ». Psychother Psychosom. 2017;86(4):189-219. doi: 10.1159/000477313. Epub 2017 Jun 24.


IX Article 25 Santé


Les plaintes que mes correspondants ont exprimé se rapportent aux médications psychiatriques et à leurs effets sur la santé. Ils ont décrit l'incapacitation mentale, la perte de concentration et la mémoire défaillante résultant d'une chimiothérapie forcée par injection mensuelle. Ils ont déploré le manque d'informations fournies sur ces traitements, sur leurs effets, sur leur sevrage, sur les risques de séquelles après traitement, et sur les alternatives à la chimiothérapie. Ils ont témoigné de la façon dont les médecins ont nié les effets indésirables dont ils se plaignaient.

En France, la médecine psychiatrique est organisée en structures séparées des autres spécialités médicales, dites « médecine somatique ». Les personnes se sont plaintes du déni de leurs demandes somatiques dans les services psychiatriques.

Les usagers expliquent que le sevrage des médicaments psychiatriques peut être très long et peut représenter une épreuve difficile à traverser pour la personne.

Il m’a été décrit aussi que les syndrome de sevrage des médicaments psychiatriques ne sont quelquefois pas diagnostiqués correctement mais interprétés faussement comme des « rechutes » des troubles qui ont suscité leur prescription.

Les personnes expliquent que même en dehors d’un « programme de soins » de médication forcée, il leur est difficile de négocier une adaptation des dosages, et encore plus difficile de recevoir une assistance au sevrage des médicaments. En particulier, il semble très difficile de trouver en France un praticien qui accepte d’accompagner un sevrage de médicaments antipsychotiques. Ainsi les personnes s’efforcent-elles de compiler et de partager des listes de médecins qui accepteraient d’aider les sevrages, car il semble que ces professionnels n’en fassent pas publicité. Les menaces de traitement et d’hospitalisations forcées font aussi que certaines personnes sont obligées de réaliser leur sevrage par elles-mêmes dans des conditions difficiles, en risquant l’échec.

La loi L1111-4 du Code de la Santé Publique [1] spécifie qu’ « Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. »

Ce principe n’est pas respecté en France pour les personnes avec handicap psychosocial. Il s’agit d’une discrimination et d’une violation du droit de l’usager.

Les personnes ont manifesté leur demande pour des alternatives psychologiques et sociales [2][3][4] à la chimiothérapie par rapport aux besoins qu’elles expriment.
Recommandations proposées
  1. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de condamner, conformément à la loi L1111-4 du Code de la Santé Publique, le refus, fait par un médecin, des demandes de sevrage émanant de l’usager et le refus d’accompagner le sevrage des médicaments psychiatriques.

  2. Demandez s’il vous plait au Gouvernement français de favoriser l’épanouissement d’une offre d’alternatives diversifiée pour les demandes psychosociales.
Références
1. Loi 1111-4 du Code de la Santé Publique.

2. « Alternatives to Coercion in Mental Health Settings: A Literature Review » Piers Gooding, Bernadette McSherry, Cath Roper, Flick Grey, Melbourne University, 2018.

3. Site INTAR « The International Network Toward Alternatives and Recovery ».

4. Von Peter Sebastian, Aderhold Volkmar, Cubellis Lauren, Bergström Tomi, Stastny Peter, Seikkula Jaakko, Puras Dainius, 2019, « Open Dialogue as a Human Rights-Aligned Approach » Frontiers in Psychiatry, DOI=10.3389/fpsyt.2019.00387 ISSN=1664-0640.


28 Juin 2019.