mercredi 23 octobre 2019

Anti-psychiatrie et critiques de la psychiatrie

Le psychiatre anglo-sud-africain David Cooper (1931-1986) a inventé le terme «anti-psychiatrie» en 1967 dans son livre "Psychiatry and Anti-psychiatry". Traduit en français. David Cooper propose des approches communautaires et non-médicamenteuses.

Par extension, on applique maintenant le terme antipsychiatrie aux auteurs critiques de la psychiatrie, dans ses fondements, ou dans ses pratiques. Il faut noter que beaucoup de ces auteurs récusent le mot "anti-psychiatrie". Je pense que le mot est utilisé ainsi parce que la psychiatrie n'accepte pas la critique, elle est une sorte de dogme, ainsi sa critique devient une bête bizarre. Il existe de nombreux auteurs et ouvrages, mais on peut citer:

- Le psychiatre anglais Ronald Laing (1927-1989) publie en 1960: "The divided self". Traduit en français. Pour lui, la psychiatrie a été fondée sur une fausse épistémologie: une maladie diagnostiquée par le comportement, mais traitée biologiquement. Pour lui la schizophrénie est une théorie et non un fait. Il rejete le modèle médical de la maladie mentale, et les théories génétiques, et remet en cause les médicaments.

- Le psychiatre américain Thomas Szasz (1920-1912) publie en 1961: "The myth of mental illness". Traduit en français. Il dénonce les "maladies mentales" comme des mythes, des métaphores de maladie, des concepts non biologiques et non médicaux. Pour lui l'hospitalisation forcée est un crime contre l'humanité. Pour lui, le traitement psychiatrique des enfants est une stigmatisation et un empoisonnement.

- Le psychiatre italien Franco Basaglia (1924-1980) publie: "L’istituzione negata" en 1968. Il s'efforça de faire abolir les hopitaux psychiatriques en Italie. C'est la désinstitutionalisation.

- Le mouvement des usagers et survivants, comprenant de nombreux auteurs, comme l'activiste américaine Judi Chamberlin avec: "On our own" publié en 1978. Avec le périodique canadien Phoenix Rising, paru de 1980 à 1990. Le rejet de la psychiatrie forcée et institutionnelle s'est exprimé en 1982 dans la Déclaration de Toronto, traduite en français sur ce site.

"1. Nous nous opposons à toute intervention psychiatrique involontaire, y compris l'hospitalisation forcée et l'administration des procédés psychiatriques ( «traitements») par la force ou la contrainte ou sans le consentement éclairé."

- Le psychiatre italien Giorgio Antonucci (1933-2017) publie: "Il pregiudizio psichiatrico" en 1989. Pour lui, les fous n'existent pas et la psychiatrie doit être complètement éliminée. Il propose des approches non-psychiatriques à la souffrance psychologique. Pour lui l'hospitalisation involontaire ne peut être une approche scientifique et médicale de la souffrance, car elle est basée sur la violence contre la volonté du patient. L'éthique du dialogue doit se substituer à l'éthique de la contrainte. Le dialogue ne peut avoir lieu que si les individus se reconnaissent en tant que personnes dans une négociation entre égaux. Le diagnostic est rejeté comme un préjugé psychiatrique qui empêche de réaliser le véritable travail psychologique sur la souffrance des personnes, liée aux contradictions de la nature humaine et de la conscience et aux contradictions de la société et aux conflits de la vie communautaire. Il considère que les médicaments psychoactifs ont pour objectif de calmer, de droguer la personne afin d’améliorer les conditions de vie des personnes qui s’occupent du patient psychiatrique. Il refuse aussi les autres instruments qui nuisent à la personne, de la lobotomie à la castration (proposée par certaines personnes également en Italie en référence à des infractions sexuelles), et tous les types de choc. Il explique que pour critiquer les institutions, il faut également remettre en question la pensée qui les a créées. (article sur ce site).

- Le psychiatre américain Peter Breggin publie en 1991: "Toxic Psychiatry". Pour lui, les interventions psychosociales sont presque toujours meilleures que les médicaments et diagnostiquer et traiter les enfants est maltraitance. 

- En 1998, la psychiatrie a été jugée par le Tribunal Foucault, Berlin, 1998. L'acte d'accusation de Ron Leifer.

- En 2001 à Berlin, le Tribunal Russel a jugé les violations des droits de l'homme en psychiatrie, Le verdict majoritaire a dénoncé de sérieux abus, l'usage de la force et l'absence de transparence.

- Le journaliste américain Robert Whitaker publie en 2010: "Anatomy of an epidemic". Il dénonce les épidémies de maladies psychiatriques fabriquées par les laboratoires pharmaceutiques. Il fonde le webzine "Mad in America" en 2011.

- Le médecin interniste danois Peter Goetsche, publie en 2015: "Deadly Psychiatry and Organised Denial". Traduit en français. Il dénonce les manipulations des laboratoires pharmaceutiques et explique que les produits psychiatriques tuent et font plus de mal que de bien.

- La psychothérapeute canadienne Bonnie Burstow publie en 2015: "Psychiatry and the Business of Madness". Elle enseigne l'anti-psychiatrie à l'université de Toronto.

https://quotefancy.com/quote/1673011/Judi-Chamberlin-Nothing-about-us-without-us

Rien pour nous sans nous. Judi Chamberlin.


4 commentaires:

  1. Excellente synthèse de la littérature critique de la psychiatrie.
    Je rajouterais La dėrive idėologique de la psychiatrie de Olivier Labouret, psychiatre français ; et Dépressions anti-dėpresseurs des Pr Even et Debrė, mėdecins français.
    J'ajouterais la littėrature critique envers la classification des troubles mentaux faite dans le DSM, la "bible" des psychiatres: Comment l'industrie pharmaceutique a mėdicalisė nos ėmotions, Christopher Lane.

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  2. Regard épistémologique

    La psychiatrie. En tant qu'approche, est une vue d'ensemble qui pathologise le fonctionnement cognitif et les dimensions de l’intelligence.
    En tant que démarche, elle procède par effraction dans la mise en accusation de ce fonctionnement dans une entreprise réductionniste couverte de scientifique. Dans la réalité, elle n'est qu'une composante du scientisme, idéologie du néoréalisme.

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