mercredi 2 août 2017

Sarah Knutson: Einstein, la justice sociale et la nouvelle relativité, campagne prohibition absolue

Einstein, la justice sociale et la nouvelle relativité

Par SARAH KNUTSON, 28 février 2016, second article pour la campagne prohibition absolue.

Article paru originellement en anglais sur le blog Mad in America.


Pour créer sa théorie de la relativité, Einstein a du voir les choses différemment. Il a du considérer l'univers non pas comme un objet proportionné à des mammifères, mais du point de vue d'une particule subatomique. Essentiellement, il a utilisé l'imagination et l'empathie pour connaître une nouvelle "réalité" de l'existence.

Cet essai est le deuxième de la série. Nous avons précédemment exposé une justification pour un système de santé mentale 100% volontaire (lire à ce sujet ici). Maintenant, nous examinons plus en profondeur la nature des expériences humaines qui suscitent l'intérêt public. Nous approfondissons la perspective de cette expérience et nous découvrons tout un nouveau domaine.

Trois façons de voir l'expérience humaine

Pour comprendre où nous allons, regardons d'abord où nous en sommes. Voici quelques modèles concurrents pour aborder les expériences humaines qui sont cause, socialement, de détresse ou d'anxiété.

1. Le modèle DSM des "troubles mentaux"

Le modèle DSM est basé sur le "Manuel Diagnostique et Statistique des troubles mentaux" publié par "The American Psychiatric Association". Pour une part qui n'est pas petite, le DSM a été le produit des petites guerres d'initiés, des compromis politiques, des besoins de l'industrie et des soucis de facturation. (1) Il est supposé non-théorique, mais sans aucun doute, le DSM considère certains aspects de l'expérience humaine comme des anomalies ou des troubles. Peut-être s'agit-il seulement d'un assentiment complice aux aspects pratiques du remboursement des soins de santé. Cependant, le processus consistant à distinguer le véritable anormal (que l'assurance doit rembourser) des effets courants d'une vie stressante (c'est vous qui payez) a laissé l'impression que quelque chose laissait à désirer.

Les grilles constituées des symptômes à remplir, cochées de façon mécanique, déterminent si votre anxiété, votre humeur, votre chagrin, votre traumatisme, votre habitude de consommation de substances sont "normaux" ou "pathologiques". Au minimum, c'est une bien crasseuse façon de connaître un autre être humain tel qu'il est au cours du pire jour de sa vie. Les expériences douloureuses, comme le licenciement, se retrouver sans-abri ou se faire violer dans des refuges de précarité, sont systématiquement ignorées ou négligées. C'est comme si l'enseignant vous déclarait "pathologiquement inapte à apprendre" sans vous demander si vous avez étudié.

La fiabilité et la validité se sont révélées tout aussi problématiques. Les diagnostics individuels ont tendance à varier, tout comme les prédictions de violence et du suicide. Étant donné qu'un seul jugement négatif peut changer le cours de toute une vie, des inquiétudes comme celles-ci ont amené la lanceuse d'alerte Paula Caplan, Ph.D., à écrire au Washington Post en 2012: "La Bible de la psychiatrie, la DSM, fait plus de mal que de bien". Un an plus tard, le "National Institute of Mental Health" américain, (pensez science, recherche et validation par des preuves), s'est distingué en recherchant une approche mieux validée (déclaration complète ici).

2. Le modèle médical de la "maladie mentale"

Contrairement au DSM, le modèle médical a une vision claire comme le cristal. La "maladie mentale" est une véritable maladie. Elle est causée par des anomalies génétiques, biochimiques ou physiologiques préexistantes. Les personnes touchées sont susceptibles de ne pas tenir compte de leur bien-être personnel ou de celui d'autrui. Un traitement agressif (médicaments, TCC pour thérapies cognitivo-comportementales) est nécessaire pour corriger ou atténuer ces imperfections.

Malgré toute sa consistance théorique, le modèle médical n'a pas réalisé une performance tellement meilleure que le DSM. Le traitement de la "maladie mentale" soustrait, au point d'en hurler, 15-25 années (en moyenne!) à l'espérance de vie. Les "déséquilibres chimiques du cerveau" et les bio-marqueurs dont on nous a promis l'existence ne se sont pas encore concrétisés dans la recherche. Les taux d'invalidité ont grimpé en pente raide. Les résultats à long terme et les taux de rechute ont empiré dans l'ensemble.(2) Beaucoup soupçonnent que les médicaments prescrits augmentent la violence et le suicide.

3. Le modèle de justice sociale et des besoins humains fondamentaux

Ce modèle vient en partie des leçons de la Seconde Guerre mondiale, de l'Holocauste, d'Hiroshima et Nagasaki. Au lendemain de ces atrocités, les nations du monde étaient disposées à faire l'effort de comprendre certaines choses. Elles avaient besoin d'un modèle pour ceux qui, de tous les côtés, souhaitaient aller de l'avant. Elles voulaient mettre en place les conditions afin que "plus jamais" cela ne se reproduise. Leur solution était la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 (DUDH).

La DUDH repose sur une idée simple. Malgré toutes nos différences, les êtres humains ont beaucoup en commun. Nous avons tous besoin de certaines choses pour vivre et pour nous sentir bien:

Une nourriture suffisante, un abri habitable
La sécurité de la personne et des biens
La dignité, le respect, être traité équitablement
Une participation significative et que sa voix compte
Le soutien aux familles pour rester ensemble et gagner leur vie
Des occasions de se développer dans les principaux domaines de la vie
La liberté de donner un sens à nos expériences à notre façon

Selon la DUDH, l'avancement des droits de l'homme est une obligation universelle, qu'on ne peut pas déléguer. Chacun, et en tout lieu, est responsable d'en assumer sa part. Les peuples du monde ont compris que les exigences fondamentales de la dignité humaine doivent être accessibles à tous. Sans un tel accès, ni les individus ni la famille humaine dans son ensemble n'iront bien.

La théorie du conflit humain en découle. Dans le cadre de la DUDH, les conflits surviennent lorsque les besoins humains sont en concurrence. Ils s'intensifient avec le temps si seulement certains d'entre nous ont accès à ce dont nous avons tous besoin.

Le fait d'enfermer préventivement quelqu'un ou de droguer des personnes contre leur volonté est un conflit humain considérable. Pour aborder de manière significative ces questions, le modèle de justice sociale nous conseille de prendre du recul. Ceux que nous craignons (les malades, ceux qui ne s'inscrivent pas dans l'ordre social, ceux qui sont jugés peu fiables) peuvent être des messagers, et non pas des fous. Au lieu de privilégier notre perspective, que se passe-t-il si nous essayons de voir le monde au travers des yeux de l'autre:

Est-il possible que leur expérience ne soit pas aussi insensée qu'il le parait?
Est-il possible qu'ils expriment un passé de souffrances sociales, et devons-nous pencher arbitrairement vers des choix qui infligeront de nouvelles souffrances?
Avant de balayer immédiatement cette perspective, considérez ce qui suit:

Si les nations du monde ont pu adopter ces attitudes après les désastres d'Hitler, des camps de concentration, des pilotes kamikazes suicidaires et des bombes atomiques que l'on a fait exploser, alors pourquoi ne le feraient-elles pas pour des préoccupations modernes en matière de sécurité publique?

Soutien au modèle de justice sociale

Il y a près de 70 ans, les Nations Unies ont prédit ce qui suit (extrait du Préambule à la DUDH):

« Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme.

Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression.

... »

Maintenant, considérez ceci:

1. Recherche sur les impacts de la santé publique et comportementale

On estime que quatre-vingt-dix (90 p. 100) de ceux qui sont dans le système public de santé mentale sont des "survivants de traumatismes". Nous avons grandi sans un accès fiable aux mêmes besoins fondamentaux que les Nations Unies ont reconnu comme essentiels il y a plus de six décennies.

Il en va de même pour les autres groupes dits "à problémes" dans notre société. Oui, quatre-vingt-dix (90!) pour cent ou plus d'entre nous qui sommes dans la consommation de drogues, dans la justice pénale ou des sans-abris sont également des "survivants de traumatismes".

Il ne s'agit pas seulement des besoins individuels, mais aussi des besoins familiaux et des besoins de communautés entières. Ces questions nous touchent tous sur l'étendue de la démographie.

Vous ne le croyez pas? Consultez ce qui suit:
  • La NASMHPD américaine, Association nationale des directeurs des programmes de santé mentale de l'État, publie: les conséquences dommageables de la violence et des traumatismes: faits, points de discussion et recommandations pour le système de santé comportementale (2004). Rapport complet ici.
  • Conseil national pour la santé comportementale (Breaking the Silence: Trauma-informed Behavioral Healthcare (2011). Publication complète  ici .
  • Nadine Harris, MD, Comment le traumatisme de l'enfance affecte la santé tout au long de la vie (TED Talk  ici .)
  • Administration de la toxicomanie et de la santé mentale, Concept de traumatisme de la SAMHSA et Guide pour une approche informelle du traumatisme, SAMHSA (2014). Proposition complète  ici .
  • L'école de la vie, la sagesse de la folie (18/01/2016). Vidéo complète ici.
Pourtant, malgré toute la fanfare clamant la nécessité de davantage de "soins attentifs aux traumatismes", il y a eu peu de réponse du système qui soit orientée vers les besoins humains fondamentaux. Tout aussi dérangeant, l'implication du système de santé comportementale est devenue une source de dommage indépendante, pour beaucoup, et qui exacerbe les souffrances.

Les résultats parlent d'eux-mêmes.

2. Un formidable pouvoir explicatif

En plus des données sur la santé publique, le modèle de justice sociale possède un formidable pouvoir explicatif. Il offre un moyen direct de donner un sens à l'expérience (cet essai), ainsi que des méthodes de principe pour répondre (essai futur) qui pourraient facilement être confirmées - ou infirmées - par la recherche (essai futur).

Le paradigme de base est le suivant:
  • Les ressources sont apparemment peu nombreuses
  • Les personnes ont des besoins fondamentaux
  • Ils voient une menace ou une opportunité
  • Cela déclenche une réponse dite d'enjeux élévés (dite aussi réponse de survie)
  • Des effets physiques, mentaux et sociaux prévisibles se produisent.
La théorie ci-dessus s'appuie sur un travail qui a déjà été fait. Dans le domaine du traumatisme, la réponse à la survie humaine (combat, fuite, inhibition) et ses effets sont largement connus. Lire, par exemple, "The Body Keeps Score" de Bessel van der Kolk. comme il s'avère, vous pouvez modifier la même théorie pour donner un sens à une grande variété d'expériences humaines qui concernent l'intérêt public.

3. Expliquer la réponse "normale" lorsque les enjeux sont élevés

Pour nos besoins, il existe deux modes d'influence du système nerveux dit autonome:

(1) Le mode "Tout-va-bien" pour les routines quotidiennes. Cela couvre des choses comme manger, dormir, se détendre, sortir, avoir des relations sexuelles, des conversations, des loisirs, bricoler ... (cela correspond à l'influence dite parasympathique).

et

(2) Le mode "Enjeux-élevés" pour répondre lorsque les enjeux sont élevés. C'est la réaction "bouge tes fesses" qui prend le relais lorsque quelque chose semble d'importance majeure. (cela correspond à l'influence dite sympathique / c'est la "réponse de survie" / ou le système combat-fuite-inhibition)

Les réponse d'enjeux élevés peuvent être impliquées dans toutes sortes de choses. Cela inclut les menaces et les opportunités. Le facteur critique est que, du point de vue de la personne, les enjeux soient élevés. Par exemple, voici quelques situations qui peuvent déclencher la réponse à enjeux élevés pour moi:
  • Découvrir de nouvelles possibilités, de nouveaux potins, vingt dollars ou mon chat sur la route
  • Passer des tests, des examens, le meilleur beignet sucré ou l'avantage que possède quelqu'un d'autre
  • Marquer un point, signer un contrat, réussir une négociation, emporter une victoire ou atteindre un sommet
  • Se faire payer, faire l'amour, se faire engueuler, se trouver déchiré, se faire exclure, se faire agresser ou se faire arrêter par la police
  • Aller aux premiers rendez-vous, vivre des aventures, passer des entretiens d'embauche ou s'éclater personnellement
  • Réussir au travail, dans les sports, au collège, lors d'audiences publiques ou d'examens psychiatriques
  • Résister à la tentation, à la pression collective, une arrestation, une détention ou bien l'avis du médecin
C'est pour dire que la définition des "enjeux élevés" est une question personnelle. Cela dépend de ce que vous avez vécu ou connu. Ainsi, les "enjeux élevés" d'une personne pourraient même ne pas s'inscrire sur le radar d'une autre.

4. Expliquer des réponses intenses ou extrêmes

Afin de découvrir la relativité, Einstein devait prendre la perspective des atomes. Afin de réaliser la valeur des réponses d'enjeux élevés, nous devons faire l'expérience de ce qui se passe du point de vue des enjeux élevés.

Lorsque les enjeux semblent élevés, les êtres humains sont câblés pour répondre de trois façons: le combat, la fuite ou l'inhibition.
  • Le mode "combat ou lutte" répond aux menaces et aux opportunités. Il les gère ou bien les vainc.
  • Le mode "fuite" évite les menaces et les opportunités. Il s'enfuit et court, se cache aussi vite que possible.
  • Le mode "inhibition" permet de se cacher en plein jour. Cela revient à ne montrer aucune réaction apparente (et ainsi de disparaître quasiment), en ne donnant à autrui rien de spécial à remarquer ou à chasser.
Malgré leurs noms clairs, le combat, la fuite et l'inhibition ne sont pas des formes figées d'expression. Ce sont des orientations de choix qui peuvent se produire dans de nombreuses dimensions de la vie. Cela permet aux points-forts de la personne, aux expériences acquises et aux comportements habituels (qu'on a expérimentés et validés), d'être optimisés au service de la survie. Voici différentes façons par lequels j'ai exprimé le système combat/fuite/inhibition lorsque les enjeux m'ont semblé élevés:

Dimensions du système combat/fuite/inhibition

Dimension physique
  • Combat: frapper, hurler, jurer, dire à quelqu'un de "sortir", briser des objets
  • Fuite: sortir de la pièce, ne pas se montrer, s'enfuir, couper, essayer de me tuer
  • inhibition: ne rien faire, se cacher dans son lit
Dimension émotionnelle
  • Combat: rage, haine, envie, besoin intense
  • Fuite: éviter, plier, redouter, se sédater en mangeant, consommer des substances, le sexe, les dépenses, les ordinateurs, les jeux
  • inhibition: visage impénétrable (poker face), s'engourdir
Dimension sociale
  • Combat: attaquer verbalement, ridiculiser, blâmer les autres, se plaindre, sauver autrui
  • Fuite: obéir, mendier, flatter, s'excuser, revenir en arrière, s'accuser soi-même, nourrir un intérêt romantique compensatoire
  • Inhibition: ne rien dire, faire semblant en playback, suivre le mouvement, se retirer
Dimension intellectuelle
  • Combat: discuter, planifier, comploter, nourrir une obsession, être plus malin
  • Fuite: distraire, imaginer
  • Inhibition: oublier, ne pas penser, faire le vide
Dimension spirituelle / existentielle
  • Surtout combat: prier, chercher des visions, rechercher des signes, explorer l'énergie, devenir une divinité
  • Surtout fuite: négocier avec Dieu, essayer d'être une bonne personne, souhaiter être mort
  • Inhibition: perdre son temps / fermer ses perceptions / perdre conscience
(Remarque: selon le contexte et l'intention sous-jacente, la même réponse peut correspondre à plusieurs catégories).

La grande variabilité des réponses à enjeux élevés est un atout formidable pour notre espèce. Il garantit que les gens répondront de nombreuses façons, riches et créatives. Quand une communauté entière fait face à une menace, cela favorise la résistance et la survie de l'ensemble. Si nous avions tous répondu de la même manière au danger ou à l'opportunité, une menace unique (prédateur, maladie, sinistre) pourrait nous oblitérer. Nous avons besoin des extrêmes auxquels les personnes se livrent afin de préserver la survie du groupe.

D'autre part, lorsque les enjeux sont apparemment individuels, l'avantage de la diversité peut se trouver obscurci. Étant donné qu'une seule personne réagit, cela peut sembler assez étrange pour tous les autres. Imaginez la Beatlemania, mais seulement vous pouvez voir les Beatles. En visual ici si vous en avez besoin (avec un peu d'aide de mon ami, JH).

Il convient également de noter qu'il existe un effet dose-réponse. En d'autres termes, plus les enjeux sont élevés et plus longtemps j'ai été dans cet état d'esprit, et plus intenses ou extrêmes les réponses tendent à devenir. Au fil du temps, cela est devenu un bon moyen pour moi ou pour d'autres pour évaluer l'importance que j'accorde aux besoins impliqués. Par exemple, si les choses semblent relativement gérables, alors mes réponses ont tendance à être gérables, à la fois par moi et par d'autres. Par contre, si je ne peux pas imaginer vivre ou être heureux si ces besoins ne sont pas satisfaits, alors mes réponses tendent à devenir intenses de façon corrélée.

6. « Sarah, appellez-vous inapproprié le nouveau normal ? »

Si vous faites un signe de tête avec moi à ce stade, merci de cette réaction ! D'autre part, si vous vous sentez confus ou dégoûté, vous n'êtes pas seul. De toute évidence, mes expériences violent les normes conventionnelles. Elles sont habituellement considérées comme inacceptables, désordonnées ou malades.

D'autre part, comme la grande majorité du monde, vous pouvez voir ma vie d'un point de vue "tout-va-bien". Et, pour ceux qui vivent en mode "tout-va-bien", mes réponses ne sont certainement pas la norme.

Mais c'est précisément ce que j'essaie de montrer. Dans les populations de santé comportementale, tout-va-bien n'est pas la norme. La norme dans les populations de santé comportementale est la violence, la privation, la pauvreté, l'injustice et la marginalisation. En d'autres termes, les enjeux sont élevés tout le temps. Les problèmes s'accumulent, puis se combinent ensemble de façon exponentielle. Nous avons rarement, si jamais, une pause. Nous estimons que nous devons constamment défendre notre droit à exister. En termes de dose-réponse, la dose est énorme. Donc, prévoir une réponse assez importante.

Dans mon expérience, malgré toute une vie à essayer d'apprendre à le faire différemment, c'est ce qui se passe. Mais ne prenez pas seulement mon témoignage pour cela. Voici Sabrina Benaim, âgée de 18 ans, "Expliquant ma dépression à ma mère".

Avant de dire, « arrêtez de faire des excuses pour vous-même et prenez un peu de responsabilité », considérez ce qui suit (en dehors des 20 années de thérapie, des milliers de dollars sortis de ma poche, de 20+ médicaments essayés, d'étudier ce matériau au niveau du doctorat, et de dévouer ma vie à essayer de le comprendre):

Il y a une vraiment bonne raison pour laquelle les réponses à enjeux élevés sont difficiles à désactiver: tout être conscient et ancré dans la réalité devrait être importuné par des conditions d'enjeux élevés. En pratique, la réponse à enjeux élevés est un message. C'est comme si votre main brûlait sur un réchaud allumé. Le sentiment intense (la douleur) vous dit de bouger votre main. Cela évite d'autres dommages. Si vous rationalisez ou dissimulez cette sensation, vous ne saurez pas comment cela va finir. (Nous avons les cicatrices pour le prouver).

Tout aussi important, ce n'est pas un hasard si les réponses à enjeux élevés sont considérées comme "inappropriées" et alarmantes. C'est par la conception de la nature, et cela poursuit un double objectif:
  • Les prédateurs / concurrents ne peuvent anticiper ou planifier ce que nous allons faire.
  • Les gens bien intentionnés sauront que quelque chose ne va pas.
Par conséquent, bien que les réponses à enjeux élevés alarment et déconcertent les autres certainement, c'est la raison pourquoi elles ont une valeur de survie réelle.

Cela souligne la futilité qu'il y aurait à essayer de classer les soi-disant "troubles mentaux" dans une population à enjeux élevés. Le but même de nos réponses est de défier l'explication. Les étrangers ne sont pas supposés savoir ce qui se passe. C'est un plus, pas un inconvénient lorsque les prédateurs potentiels ne peuvent pas se mettre d'accord.

La même fonction de survie explique aussi pourquoi les observateurs trouvent ces réponses si gênantes. Les réponses à enjeux élevés sont supposées provoquer une alarme. Cela effraie les étrangers et avertit ceux qui sont proches de nous que tout n'est pas OK. Si la société fonctionnait comme l'a voulu la nature, le résultat serait brillant. Les opposants seraient dissuadés. Les alliés se précipiteraient à votre aide. Les vrais amis resteraient dans les parages et tenteraient de trouver un moyen d'aider.

C'est aussi un message pour les personnes qui voudraient aider. L'outil d'évaluation est intégré directement dans le système à enjeux élevés. Les règles sont assez claires si vous savez ce qu'il faut rechercher:
  • Règle des enjeux élevés N° 1:  Lorsque quelque chose aggrave la situation, les enjeux augmentent et les réponses deviennent de plus en plus extrêmes.
  • Règle des enjeux élevés N° 2:  Lorsque quelque chose améliore la situation, les enjeux diminuent et le mode tout-va-bien revient avec le temps.
En d'autres termes, les soi-disant "propos incohérents des lunatiques" sont réellement "rationnels" dans une perspective à enjeux élevés. Ils effrayent les opportunistes, attirent les alliés disponibles et découragent les éventuels aidants qui ne les aident pas. Si aucune aide n'est trouvée, ils nous conservent en vie et libres de continuer à en chercher une.

De ce point de vue, peut-être que vous pouvez maintenant apprécier la violence - la réelle torture de l'âme - qui consiste à forcer les survivants à se présenter comme si "tout allait bien". Non seulement cela oblitère ce que nous avons vécu, mais cela nous enlève ce qui est souvent le seul moyen que nous avons de communiquer notre douleur à la culture en général.

Il suffit de dire, compte tenu de l'état du monde aujourd'hui, vous devriez nous trouver douloureux à fréquenter. Vous devriez trouver cela difficile si vous il vous est demandé de témoigner. C'est ce qui mettrait votre main sur le poêle qui brûle avec la nôtre. C'est ce qui vous motiverait - et tout le monde avec vous - à rechercher la source de la brûlure. C'est ce qui permettrait aux êtres humains, dans l'esprit d'Einstein, de s'enquérir du petit gars, de se demander ce que c'est que de se sentir si petit et de découvrir une nouvelle réalité tout à fait différente de la vision ordinaire.

Avec le bénéfice du recul, qu'en dites vous, nous rechercherions également une meilleure source d'énergie pour alimenter les relations humaines? Au lieu de diviser les dissidents ou de niveler la résistance, qu'en serait-il si cette fois, nous nous attachions à l'imagination et à l'empathie et nous apprenions à créer une fusion viable et honnête?

Les références:

(1) Caplan, PJ (1995) They Say You’re Crazy: How The World’s Most Powerful Psychiatrists Decide Who’s Normal  (Perseus Books: http://www.aw.com/gb).

(2) Whitaker, RH (2010). Anatomy of an Epidemic. New York: Random House.

mardi 1 août 2017

Repenser la sécurité publique - Plaidoyer pour le 100% volontaire en santé mentale, par Sarah Knutson, campagne Prohibition Absolue

Repenser la sécurité publique - Plaidoyer pour le 100% volontaire, 

par SARAH KNUTSON, 15 février 2016.

Originellement publié sur le blog Mad in America.

Campagne Prohibition Absolue, blog absoluteProhibition.org.

Traduit aussi en italien sur le blog Il Capellaio Matto.



Principe 28: Nous exigeons la fin de toute intervention psychiatrique involontaire. 

Peu de temps après avoir publié ce principe de la 10ème Conférence annuelle sur les droits de l'homme et l'oppression psychiatrique (Toronto, 1982, traduit en français sur ce blog), les commentaires suivants sont apparus sur ma page Facebook:

« Il faudrait que cela soit remplacé par quelque chose d'autre, nous devons avoir de solides soutiens nous devons prendre soin les uns des autres. »

« Eh, vous, les radicaux, la maladie mentale est une maladie physique qui nécessite l'attention d'un médecin spécialement formé. Si vous n'aimez pas le traitement partez pour un île déserte [sic] où vous pourrez souffrir sans déranger les autres. »

On comprend que ces questions soient difficiles. Historiquement, il y a eu beaucoup de différence d'opinions et de débat authentique. En 2006, les Nations Unies sont intervenues avec force. Elles ont approuvé la Convention Relative aux Droits des Personnes Handicapées (CDPH). La CDPH interdit la détention involontaire et les interventions forcées fondées sur le handicap psychosocial. Ceux-ci sont considérés comme des actes de discrimination qui violent le droit à une protection égale devant la loi. Dans le cadre de la CDPH, les personnes ayant un handicap psychosocial ont les mêmes droits à la liberté, à l'autonomie, à la dignité, au consentement éclairé, à l'autodétermination et à la sécurité de l'individu et des biens que chacun.

Peu de temps après, le "traitement" forcé a également été jugé contraire à la Convention Contre la Torture (CCT):

« Les États devraient imposer une interdiction absolue de toutes les interventions médicales forcées et non consensuelles contre les personnes handicapées, y compris l'administration non consensuelle de la psychochirurgie, de l'électrochoc et des médicaments psychoactifs, tant pour les administrations à long ou à court terme. L'obligation de mettre fin aux interventions psychiatriques forcées basées sur des motifs de handicap est d'application immédiate et des ressources financières limitées ne peuvent justifier le report de sa mise en œuvre.

Le traitement et l'hospitalisation forcés devraient être remplacés par des services dans la communauté qui répondent aux besoins exprimés par les personnes handicapées et qui respectent l'autonomie, les choix, la dignité et la vie privée de la personne concernée. Les États doivent réviser les dispositions légales qui permettent la détention pour des raisons de santé mentale ou dans des établissements de santé mentale et des interventions ou traitements coercitifs dans le cadre de la santé mentale sans le consentement libre et éclairé de la personne concernée. »

Beaucoup d'entre nous espéraient que ce serait un point final : aucun traitement forcé, clair et simple. Néanmoins, le débat se poursuit. En apparence, il s'est accéléré - plutôt que de se tarir - au cours des dernières années. De toute évidence, beaucoup d'entre nous luttent sincèrement avec ces questions. Il y a des personnes de conscience de tous les côtés.


Plaidoyer pour le 100% volontaire

Au cours des dix dernières années, la communauté internationale s'est progressivement éloignée des interventions involontaires. Cet essai est le premier d'une série. Il souligne des raisons importantes pour lesquelles le reste d'entre nous devrait suivre. Ce sont les suivantes:

1. Ces problèmes sont universels, pas médicaux

La vie, par nature, est difficile et risquée. Nos principales certitudes sont la mort, la perte et la vulnérabilité. La douleur, la souffrance, la maladie et le besoin sont à peu près égaux.

L'idée est de minimiser le risque autant que possible, tout en conservant la spontanéité essentielle de se sentir en vie. C'est une entreprise très personnelle. On ne sait jamais exactement ce que cela signifie pour quelqu'un d'autre.

Cela étant dit, les communautés peuvent et devraient offrir un soutien à tous ceux qui le souhaitent. À certains moments, chacun d'entre nous pourrait vouloir aider à équilibrer: (1) les facteurs qui concernent d'autres, (2) les alternatives possibles (médicales, naturelles et communautaires); (3) risques et bénéfices; Et (4) les valeurs personnelles et les considérations de style de vie. La responsabilité, cependant, est sur les instances de soutien potentielles de gagner et de conserver notre confiance. C'est l'approche adoptée par les Nations Unies dans le CRPD. (Article 12).

2. Les cliniciens sont de mauvais prédicteurs

Il est difficile de savoir à l'avance qui est un "danger". Les cliniciens sont notoirement médiocres dans la prédiction du suicide ou de la violence. Dans les cas individuels, ils font à peine mieux que le lancer d'une pièce à pile ou face.

Tout aussi dérangeant, les personnes qu'ils vont enfermer n'ont pas été accusées d'un crime, et encore moins condamnées. Pourtant, sur des probabilités fragiles, les personnes innocentes perdent emploi, entreprise, carrière, logement, la garde des enfants et bien plus encore.

Et ce n'est pas fini. En règle générale, pour perdre la liberté dans la société, douze jurés qui ont fait l'objet d'un examen attentif de leur partialité doivent convenir à l'unanimité que quelqu'un est coupable au-delà de tout doute raisonnable. Dans le système de santé mentale, un seul clinicien avec peu à perdre et beaucoup à gagner prend la décision. De loin, le choix le plus sûr est d'errer du côté de l'enfermement. Se tromper dans ses prédictions implique des dommages sérieux, des familles désemparées, des audits internes, de la mauvaise presse, des procès, des pertes d'emplois potentielles ou des pertes de revenus. Les nuits sans sommeil et les appels à la maison ne doivent pas être négligés.

3. Les médicaments sont, au mieux, problématiques

Contrairement à la croyance populaire, le choix de refuser les médicaments est rationnel. Même si vous remplissez des critères de diagnostic, il existe de nombreuses bonnes raisons de "simplement dire non". Ce n'est pas seulement pour les particuliers et les familles, mais aussi pour les assureurs et les gouvernements.

Au cours des dernières décennies, l'utilisation des médicaments a augmenté, et les taux d'incapacité ont grimpé au plafond. Les résultats à long terme et les taux de rechute ont empiré dans l'ensemble. Particulièrement gênant, on constate que les pays du tiers monde (où les gens sont trop pauvres pour se payer les médicaments) obtiennent des résultats bien meilleurs, et de façon frappante.

Même en tant que première ligne de défense dans les situations d'urgence, il y a de sérieuses inquiétudes. En fait, les médicaments ne sont pas neutres vis à vis des dommages infligés. Les effets connus incluent la mort, la psychose, la colère, le désespoir, l'agitation, les tremblements, les vomissements, l'impulsivité, les tics, les mouvements incontrôlables, la perte de mémoire, les démangeaisons qui rampent sous la peau, la faim insatiable, le gain de poids rapide, un état de conscience sombre et vide, l'impuissance, l'insomnie, l'hypersomnie, la fatigue, les sautes d'humeur, et la liste continue. Beaucoup d'entre nous ont fait l'expérience de médicaments qui créent des impulsions à la violence ou au suicide que nous n'avons jamais eu auparavant. Certains d'entre nous sont passés à l'acte.

Les considérations à long terme sont tout aussi alarmantes. La susceptibilité à la rechute, la perte de matière cérébrale, l'obésité, le diabète, l'insuffisance cardiaque congestive et l'incapacité permanente augmentent en fonction de l'exposition. Au moins en partie à cause des effets sur les médicaments, les "malades mentaux" perdent 15-25 ans (en moyenne!) sur leur espérance de vie naturelle.

Pour de nombreuses personnes, les risques pour la santé liés aux médicaments ne représentent pas la moitié de la question. Beaucoup de ce que vous aimez dépend de vos valeurs. Les préférences et le sentiment d'être bien, diffèrent d'une personne à l'autre. Par exemple, choisir de se reposer sur les médicaments ou bien choisir de faire l'apprentissage de la maîtrise de soi. Choisir de suivre les règles ou bien choisir de poser des questions. Choisir de respecter des experts ou bien se fier à la sagesse que l'on ressent à l'intérieur de soi. Choisir la gestion de ses sentiments ou bien en faire sa propre expérience. Choisir les approches médicales ou bien les approches naturelles. Et choisir de voir dans la science la source de la guérison ou bien considérer  plutôt la connexion humaine ou spirituelle.

En ce qui concerne les médicaments, on peut dire (avec un jeu de mot en anglais): "one nutter’s meds are anutter’s poison."  Les médicaments d'une personne dite folle sont le poison d'une autre.

4. Les alternatives prometteuses ne sont pas prises en considération

Beaucoup vont mieux avec des approches non médicales (ou pourraient, si celles-ci étaient offertes). Heureusement, les options sont légion. (Voir les notes de fin.) Malheureusement, les cliniciens, les politiciens ou le grand public ne connaissent pas bien les alternatives. Celles-ci ne sont donc pas largement offertes ni disponibles et ne sont pas considérées comme dignes d'essais cliniques.

Ce n'est pas "le problème de l'autre". Un grand nombre d'entre nous sont potentiellement affectés. Une personne sur quatre croise le chemin du système de santé mentale. (3) Une sur trois prend actuellement un médicament psychoactif. (4) Et cela effleure seulement la pointe de l'iceberg de tous ceux qui luttent.

Qu'est-ce qui différencie le "malade imaginaire", de la "menace sociale" ? J'aimerais penser que c'était plus que mon affinité naturelle pour la seule approche que le médecin de garde avait appris à offrir.

5. La diversité naturelle n'est pas une pathologie

L'expérience humaine pénètre profondément et se répartit largement dans la diversité. Statistiquement parlant, il existe de nombreux traits, valeurs et approches de la vie qui sont partagées. Mais les exceptions isolées sont également un fait.

Notre variabilité est à anticiper. La diversité, non la conformité, est la vraie "normalité". Celle-ci contribue à la robustesse, à l'ingéniosité et à la créativité de notre espèce. Bien que votre diversité puisse ne pas vous procurer de rencontres ou d'emplois dans une économie auto-promotionnelle, axée sur l'efficacité et une économie dominée par les corporations, il ne s'agit pas d'une maladie.

Au contraire, c'est beaucoup plus comme une sous-culture qu'une "maladie". En réalité, des dizaines d'entre nous valorisent notre expérience interne, nous sommes fidèles à nous-mêmes et nous traitons généreusement les autres. Si nous parlons la vérité au pouvoir et qu'on est perd son emploi, ce n'est pas seulement l'impulsivité, la manie ou le désordre. C'est le courage de nos convictions. Nous voulons un monde qui soit plus que l'auto-promotion, la loi du plus fort et se conformer à l'ordre pour être accepté et en sécurité. C'est une belle vision. Beaucoup d'entre nous sont en train de mourir (y compris par suicide) pour avoir voulu cela. Loin d'être une menace sociale, dans les années 1960, le Dr King a soutenu que cette "inadaptation créative" est essentielle dans notre quête d'un monde socialement juste et équitable.

6. Il s'agit de traumatismes, non de cerveaux malades

Le traumatisme est omniprésent et potentiellement causal. Quatre-vingt-dix (90!) de la clientèle du système public de santé mentale est constitué de survivants de "traumatismes". En effet, un grand nombre de citoyens vulnérables grandissent sans pouvoir satisfaire leurs besoins humains fondamentaux. Ce sont des choses comme:
  • Un accès fiable à la nourriture et à un logement habitable
  • La sécurité de la personne et des biens
  • La dignité, le respect et un traitement équitable
  • Une participation significative et que leur voix compte
  • Les moyens de gagner leur vie et d'obtenir des nécessités de vie basiques
  • Des opportunités relationnelles, éducatives, professionnelles et culturelles pour se développer
  • Un soutien pour pouvoir partager et donner du sens à nos expériences à notre façon
Si l'objectif est de créer un monde plus sûr, alors le traumatisme est un problème beaucoup plus pressant à résoudre que des supposés "déséquilibres chimiques du cerveau". Il y a de nombreuses raisons à cela. Nous n'avons même pas commencé à gratter la surface des implications d'un système de soins qui serait véritablement informé des traumatismes. Le prochain essai de cette série abordera cet aspect.

7. Faites les comptes - La somme de tout cela c'est: "volontaire".

Les mécanismes primaires pour un monde plus sûr sont déjà en place. Nous disposons déjà d'un système de justice pénale qui a pouvoir de détention, de probation, de surveillance à domicile, de restrictions géographiques, de traitement de santé comportementale, de dépistage de drogue, d'ordonnances de non-communication, de justice réparatrice, etc. Nous avons déjà des ordonnances de restrictions, des procès, et la médiation. La tâche essentielle consiste à mettre à jour ces protections - et à les rendre disponibles et pleines de sens - afin de répondre aux besoins modernes.

L'argent que nous économisons en rendant volontaires les démarches de soins (frais de police, hôpitaux, tribunaux, avocats, procès, évitement des blessures du personnel / du patient, frais de sécurité, assurance, réduction des besoins en personnel, médicaments), cela aidera sur un long chemin à rendre ces réformes possibles. Nous pourrions financer de nombreuses solutions de rechange réfléchies, ayant du répondant, qui soient en faveur de la justice sociale, et bien informées.

Nous pourrions investir dans un système de justice pénale qui soit réellement conscient des traumatismes, plutôt que de déverser ce fardeau sur les hôpitaux et leurs personnels. Le changement de moral en lui-même vaut bien le prix qu'il y a à reconnaître l'inadéquation du système actuel. Imaginez qu'il n'y ait plus de portes verrouillées et que toute personne qui s'y trouve veuille s'y trouver. Si une violence se produit, vous appelez la police. Tout comme partout ailleurs.

8. Les préjugés persistants contre les personnes avec des handicaps psychosociaux ne sont pas dignes d'une société libre.

Il y a un dicton dans les douze étapes: chaque fois que vous pointez le doigt vers quelqu'un, trois doigts vous désignent en retour.  Il suffit de dire que la majorité a peur et que les préjugés doivent cesser de faire la loi de la journée. C'est une discrimination - et cela engendre une discrimination.

En réalité, les personnes de tous les chemins de l'existence ont présenté un risque grave de blessure à autrui ou à d'autres personnes à un moment ou à un autre dans leur vie: les courtiers de Wall Street, les fabricants d'armes, les nouveaux parents, les buveurs, les enfants, les adolescents, les corpos étudiantes, les utilisateurs du Nyquil (hypnotique sans ordonnance), Les fumeurs d'herbe, les toxicomanes au crack, les sauteurs à l'élastique, les artistes martiaux, les pilotes de courses, les motards de motocross, les patineurs en ligne, les montreurs de serpents, les constructeurs de feux, les gymnastes, les boxeurs, les haltérophiles, les fêtards, les "ex-cons", les insomniaques, les cavaliers, les skieurs, les diabétiques qui mangent sucré, les patients cardiaques qui conduisent ... Il n'y a pas de fin à la liste. Certaines personnes (les trapézistes, les forces de l'ordre, les pompiers, les magiciens, les militaires, les gardes de sécurité, les parachutistes, les opérateurs de machinerie lourde) gagnent même leur vie à se mettre en danger.

Il n'existe aucun moyen rigoureux permettant de distinguer la prédisposition à de tels risques de tout autre type de diversité psychosociale. Si vous aviez besoin d'une meilleure preuve, les critères diagnostiques pour les soi-disant "troubles mentaux" (DSM) sont tellement inutiles que le CMS (US Centers for Medicare & Medicaid Services) les a rejetés en 2013 et a déclaré à l'APA (American Psychiatric Association) de recommencer depuis le début.

En tout lieu, excepté la salle d'examen psychiatrique, ceux qui sont considérés comme une cause d'alarme auraient les droits suivants: une procédure régulière, une égalité de protection, la liberté, la vie privée, la sécurité de la personne et de la propriété, la liberté d'expression, la liberté d'association, la liberté de voyager, le droit à signer des contrats, des accusations écrites, un procès devant des jurés, Miranda (avertissement: vous avez le droit de rester silencieux, etc...), et une indemnisation pour les prélèvements injustes. Vous avez besoin de ces protections davantage, pas moins, lorsque vous n'avez commis aucun crime et que vous avez simplement le pire jour de votre vie.

Dans une société qui serait digne de se déclarer "libre", la sécurité publique signifierait chacun d'entre nous. Il serait évident que les destinataires du service  seraient "le public" autant que n'importe qui d'autre. Nous considérerions la peur et les préjugés comme la véritable menace sociale.  Les personnes qui utiliseraient des services de santé mentale n'auraient pas besoin de protection contre des personnes comme vous. 

Donc s'il vous plait. Arrêtez-vous de nous enfermer "pour notre propre bien" et d'appeler cela une faveur. Cela ne fait que distraire de la vraie question: si les services de crise sont si excellents, alors pourquoi toutes les personnes ne les  utilisent-elles pas ? 

Voici un test décisif. Pensez à votre dernière crise de la vie. Avez-vous utilisé ces services? Ont-ils été une option utile et viable pour vous?

Avant de dire: « Non, mais je ne suis pas [fou, pauvre, sans assurance ...] », arrêtez-vous. Essayez plutôt de dire ceci: « Non, mais je ne suis pas un être humain. »

Voilà qui produit une qualité de son différent, n'est-ce pas?


(traduit de l'anglais)


Sarah Knutson  est une ex-avocate, ex-thérapeute, survivante-activiste. Elle est organisatrice à la campagne Wellness & Recovery Human Rights. Vous pouvez la joindre à la Virtual Drop-In Respite, une communauté en ligne entièrement bénévole, gérée par les pairs, qui aspire à se sentir comme une famille humaine et à promouvoir les droits de l'homme.


L'appel à la mobilisation du CHRUSP et son importance, par Bonnie Burstow, campagne Prohibition Absolue

L'appel à la mobilisation du CHRUSP(*) et son importance, par Bonnie Burstow, paru le 5 février 2016, campagne Prohibition Absolue.

Article posté originellement sur le blog BizOMadness, écrit par Bonnie Burstow, universitaire, activiste.


Divers textes des Nations Unies ont commenté le traitement forcé, l'enfermement sous contrainte, ou les deux (pour plus de détails, voir Burstow, 2015a), et un certain nombre de compléments vraiment importants à la loi internationale se sont matérialisés. Le plus important est sans doute la Convention Relative aux Droits des Personnes Handicapées. Qu'est-ce qui la rend si importante? Pour une part, le fait que cette convention historique prévoit rien de moins qu'une interdiction totale du traitement non consenti et de l'enfermement non consenti des personnes qui n'ont enfreint aucune loi.

Pour souligner quelques passages pertinents, l'article 12 de la CDPH stipule que : « les États parties reconnaissent que les personnes handicapées jouissent de la capacité juridique sur un pied d'égalité avec les autres dans tous les aspects de la vie ». De même, l'article 14 stipule :

Les États parties veillent à ce que les personnes handicapées, sur un pied d'égalité avec les autres:

  1. Profite du droit à la liberté et à la sécurité de la personne
 2. Ne soient pas privées de leur liberté illégalement ou arbitrairement ... et que l'existence d'un handicap ne justifie en aucune façon une privation de liberté.

Également significatives, les directives fournies clarifient que l'interdiction du traitement forcé et de l'internement non consenti doivent être considérées comme absolue (Guidelines on article 14).

En d'autres termes ce que nous avons ici n'est rien de moins qu'une percée colossale.

Conformément à la percée de la CRPD, le CHRUSP (Centre pour les droits humains des usager·e·s et des survivant·e·s de la psychiatrie) a lancé un appel à l'action en faveur de l'interdiction (absoluteprohibition.org). Je soutiens fermement cette campagne à la fois en tant qu'être humain·e·en général et en tant qu'abolitionniste de la psychiatrie – d'où cet article.

Tout d'abord, permettez-moi de dire que peu importe que l'on soit ou non abolitionniste de la psychiatrie, que l'on considère que les principes et les approches de la psychiatrie soient valables, ou qu'on les considère à la fois sans fondement et intrinsèquement dommageables, nous avons la responsabilité simplement en tant qu'êtres humain·e·s de trouver un moyen de soutenir ce genre de campagnes. Lorsque des droits fondamentaux tels que le droit de décider ce qui entre ou non dans son propre corps et le droit de ne pas être interné·e·s dans une institution psychiatrique sont en jeu, nous avons tou·te·s l'obligation morale de faire quelque chose pour corriger la situation. Comment peut-on accepter de passer outre le droit des gens de prendre des décisions pour elleux-mêmes? D'empêcher les gens d'aller et venir librement, surtout quand iels n'ont pas enfreint la loi? La privation de ces droits ne peut pas non plus être justifiée par des revendications (ce qui suit en constitue quelques exemples standards) comme le fait que la personne n'ait pas la capacité de prendre des décisions pour elle-même ou qu'elle soit dangereuse pour elle-même ou pour autrui. Comme noté dans Burstow (2015b), tandis que les gens peuvent sans doute avoir besoin d'aide pour prendre des décisions, l'incapacité en soi est une construction institutionnelle circulaire; et outre qu'il soit indéfendable de priver les gens de liberté sur la base de prédictions, les élites impliquées dans de telles décisions (lire: les professionnel·le·s psychiatriques) n'ont pratiquement aucune capacité dans la prédiction de la dangerosité. Ni personne d'autre d'ailleurs.

Tout dans cette cause est juste, une libération de l'oppression est en jeu, et indépendamment de toutes les différences dans nos compréhensions respectives de la psychiatrie, il y a une raison suffisante pour nous tou·te·s de faire de la campagne actuelle une priorité. Je m'associe donc avec enthousiasme à des responsables comme Tina Minkowitz (voir) en incitant les gens à s'impliquer.

Cela dit, alors que la campagne en question est une grande responsabilité pour nous tou·te·s, et que mon but principal dans cet article est de défendre cela, je voulais de plus faire ce qu'aucun·e autre écrivain·e à ce jour n'a fait – démêler la signification spéciale que la CDPH et les campagnes de ce type détiennent particulièrement pour celleux d'entre nous qui sont abolitionnistes, que cela soit accidentel ou non. Ce qui est particulièrement pertinent ici est le modèle d'attrition de l'abolition de la psychiatrie. Qu'est-ce donc que le modèle d'attrition de l'abolition de la psychiatrie? Et en tant qu'abolitionniste me référant au modèle d'attrition, comment comprendre la campagne actuelle?

Prédit sur le fait que l'abolition de la psychiatrie est un processus et une direction par opposition à un objectif qui peut être rapidement atteint, le modèle d'attrition de l'abolition de la psychiatrie, tel qu'articulé dans Burstow (2014) et adopté par la Coalition Against Psychiatric Assault [Coalition contre l'agression psychiatrique] (voir) est un modèle permettant de déterminer les actions et les campagnes à soutenir et les priorités. Un des principes opérant est que le soutien actif repose sur la capacité ou la tendance de l'action ou de la campagne à faire avancer la société vers l'abolition. Les questions suivantes sont déterminantes pour le modèle:

1) En cas de succès, l'action ou les campagnes que nous envisageons nous rapprocheront-elles de l'objectif à long terme de l'abolition de la psychiatrie?
2) Sont-elles susceptibles d'éviter d'améliorer ou d'ajouter une légitimité au système actuel?
3) Evitent-elles d'élargir le filet de la psychiatrie? (Burstow, 2014, p. 39).

Encore une fois, tout en insistant sur le fait que l'appel du CRSHP à la mobilisation est urgent et nécessaire pour les raisons déjà indiquées, le degré de priorisation d'un modèle d'attrition abolitionniste dépendra des réponses à ces questions. Y a-t-il des «réponses oui» aux questions ci-dessus? Permettez-moi de suggérer, que bien qu'à des degrés divers, pour les trois questions, c'est le cas.

Pour les aborder une à une, en commençant par la première question, toute mesure qui abolit sans équivoque tout aspect intégral de la psychiatrie amène la société manifestement vers l'abolition. D'où l'établissement de priorités par la Coalition Against Psychiatric Assault [Coalition contre l'agression psychiatrique], par exemple, la suppression de certains «traitements» (par ex., les électrochocs). Et cette campagne vise-t-elle l'abolition de quelque chose qui fait partie intégrante de la psychiatrie? Évidemment oui - tout recours à la force et à la coercition. En tant que tel, le premier critère est satisfait.

Ce qui nous amène à la deuxième question: la campagne est-elle susceptible d'éviter d'améliorer ou d'ajouter de la légitimité au système actuel? C'est la plus délicate des questions, car on pourrait faire valoir que le système psychiatrique serait amélioré en devenant moins coercitif. Cela dit, je crois que l'élimination de la coercition ne constitue en aucun cas un endossement de la psychiatrie et pourrait en fait fonctionner de façon exactement opposée, c'est-à-dire qu'elle pourrait amener les gens à se demander: comment pourrait-on faire autrement? Il se pourrait même, avec le temps, que cela culmine dans un questionnement plus général de la psychiatrie - surtout une fois qu'il est démontré que l'élimination de la coercition peut être accomplie sans que pléthore de conséquences horribles ne s'ensuivent.

Enfin, troisième question: la campagne en question évite-t-elle d'élargir le réseau de la psychiatrie? (traduction : si la campagne était couronnée de succès, éviterait-elle de ne pas permettre à la psychiatrie de conquérir de plus en plus de gens?)? Ici, la réponse est un oui retentissant. Le fait est que si cette campagne réussissait, non seulement elle n'élargirait pas le réseau de la psychiatrie, mais elle le réduirait de façon manifeste, permettant à tous celleux qui sont contre d'échapper complètement à la psychiatrie.

Ce qui découle de cette analyse est que cette campagne est en accord avec les principes abolitionnistes. Et en tant que tel, la priorisation de cette campagne est un acte naturel à envisager pour les groupes abolitionnistes.
Remarques résumées, invitations, suggestions et avertissements

Un pas très important a été fait par les Nations Unies lors de l'adoption de la CDPH. Pour la première fois dans l'histoire, il y a une clarification juridique internationale selon laquelle les survivant·e·s de la psychiatrie doivent jouir des mêmes droits que tout le monde, c'est-à-dire que la coercition est absolument interdite. Ce n'est pas simplement «n'importe qu'elle» organisation prenant cette position, qui plus est il s'agit d'une gigantesque organisation dominante qui exerce un poids moral et juridique. En conséquence, une campagne importante est en cours pour soutenir l'interdiction absolue, un point crucial pour la CDPH. Ce qui a été montré dans cet article est que la priorité de cette campagne a un sens à la fois sur un niveau fondamental des droits de l'humain·e·s et, en outre, au niveau de l'abolition de la psychiatrie. Étant donné le prestige des Nations Unies et étant donné que de nombreux pays ont déjà signé et même ratifié la Convention, unir explicitement cette campagne à la Convention elle-même est en soi pragmatique.

J'espère, par conséquent, que beaucoup adhéreront à cette campagne et se joindront à nous pour la promouvoir activement. S'il vous plaît, envisagez de contribuer par des articles et des illustrations sur le site Web CHRUSP. S'il vous plaît, parlez-en à d'autres. Peut-être créez des événements éducatifs. Si votre pays n'a pas signé la Convention, si elle n'a pas ratifié la Convention, si elle a ajouté une restriction ou si elle est simplement en situation de non-respect, vous ou votre groupe pourriez peut-être prendre les devants pour dénoncer le problème. Nous avons ici une occasion de changement – et j'espère que suffisamment de gens affronteront toutes les peurs qui les retiennent et tenterons de saisir cette chance. Non pas que gagner ce combat sera facile, car les pays ont l'habitude d'ignorer/éluder le droit international, y compris les obligations contractuelles qui se rapportent au fait d'être signataires d'une convention. Autant de raisons de redoubler nos efforts.

Le plus grand obstacle que nous sommes susceptibles de rencontrer est la peur qu'ont les gens de la dangerosité. Soyez prêt·e·s à y répondre. Sans doute, le deuxième plus grand obstacle est le sentiment que les personnes vulnérables vont être laissées à l'abandon. En en parlant à d'autres, il faut souligner que la CDPH est claire sur le fait que des soutiens doivent être offerts. En fait, si nous procédons correctement, l'ère de la CDPH pourrait bien devenir l'ère où un nombre sans précédent d'options de soutiens nouvelles et passionnantes se concrétiseront pour les gens – et, bien entendu, pour les gens volontaires. A cet égard, contrairement à ce qui est courant et je dirais à la fourbe équation de la psychiatrie et des services, d'autant que le «service» et la «coercition» sont des catégories plus ou moins exclusives, la mainmise exercée par la psychiatrie n'est-elle pas en elle-même l'un des principaux facteurs responsable de la pénurie de services?

Pour terminer, je commenterais brièvement un hic. Si cette campagne réussissait - et oui, il s'agira certainement une lutte acharnée – la réponse probable de la psychiatrie sera d'intensifier la désinformation concernant ses «traitements». Le fait est qu'ici l'avenir de la psychiatrie serait alors plus dépendant de la crédulité individuelle; et comme nous le savons, la psychiatrie institutionnelle, hélas, n'a pratiquement aucun scrupule à propos de la désinformation.

Maintenant, certain·e·s peuvent penser que ce dernier point est un faux problème ou un point mineur car la CRPD spécifie explicitement que le consentement «éclairé» est nécessaire. Pour être claire, elle le fait effectivement, mais il en est de même pour presque toutes les lois sur la «santé mentale» dans le monde et cela n'a eu aucun impact sur la production en cours et toujours croissante et sur la diffusion de la désinformation psychiatrique. Aussi ironique que cela puisse paraître, il en résulte qu'en cas de succès, une surveillance plus forte et des brides plus fortes sur la psychiatrie seraient absolument nécessaires.

Une question épineuse pour sûr, mais rien que nous n'ayons déjà connu.


* CHRUSP est l'acronyme de « Center for the Human Rights of Users and Survivors of Psychiatry », qui peut se traduire en français par « centre pour les droits humains des usager·e·s et survivant·e·s de la psychiatrie. Leur site internet : www.chrusp.org

Réferences

Burstow, B. (2014). The withering of psychiatry: An attrition model for antipsychiatry. In B. Burstow, B. LeFrançois, & S. Diamond (Eds.), Psychiatry disrupted (pp. 34-51). Montreal: McGill-Queen’s University Press.

Burstow, B. (2015a). Canada—A Human Rights Violator (see http://bizomadness.blogspot.ca/2015/09/canada-human-rights-violator.html)
Burstow, B. (2015b). Psychiatry and the business of madness: An ethical and epistemological accounting. New York: Palgrave.

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Traduction faite par le blog zinzinzine: http://www.zinzinzine.net/appel-a-mobilisation-chrusp-et-son-importance.html

samedi 27 mai 2017

On se sert de mythes pour justifier la privation des droits des personnes diagnostiquées malades mentaux, par Paula J. Caplan, campagne Prohibition Absolue

On se sert de mythes pour justifier la privation des droits de l'homme envers les personnes diagnostiquées comme malades mentaux.

par


14 mars 2016

Qui dans ce monde devrait avoir le droit de prendre des décisions au sujet de leur vie, définir qui doit perdre ce droit et décider que la communauté médicale et les tribunaux prennent le contrôle?


Bien que personne dans l'histoire, pas même l'Omnipotente American Psychiatric Association - qui produit et bénéficie puissamment de la «Bible» des troubles mentaux - n'aie trouvé une définition seulement à moitié bonne de la «maladie mentale», et malgré le fait que le processus de création et d'application des étiquettes de la maladie mentale ne soit pas scientifique, n'importe laquelle de ces étiquettes peut être utilisée pour priver la personne ainsi marquée de ses droits humains. C'est terrifiant. Cela devrait terrifier ceux qui sont ainsi étiquetés et ceux qui ne le sont pas, car la privation de droits de l'homme pour des motifs totalement arbitraires est inhumaine et immorale.


La combinaison du spectre du terrorisme et des incidents très médiatisés de violences armées ont rapidement conduit les politiciens, les thérapeutes et le grand public à blâmer les «malades mentaux» pour ces dangers, ce qui permet de priver non seulement les terroristes et autres tueurs, mais toute personne ayant une étiquette de trouble mental de leurs droits. Ils peuvent être enfermés contre leur volonté, ils peuvent être invités à se conformer à tout ce qu'un professionnel appelle «traitement des malades mentaux», peu importe la façon dont ces actions peuvent nuire à la personne et en l'absence de preuve scientifique que le "traitement" des personnes qui ont été étiquetées psychiatriquement préviendra les violences. En d'autres termes, le saut énorme est souvent fait de "cette personne a un label psychiatrique" à "cette personne est donc dangereuse pour elle-même et pour les autres", même en l'absence de toute histoire ou indication actuelle d'une telle dangerosité, et ce saut est utilisé ensuite pour verrouiller les personnes et / ou les «traiter» contre leur volonté.


Maintenant, le traité des Nations Unies sur les droits de l'homme appelé Convention sur les droits des personnes handicapées comprend l'interdiction absolue de l'hospitalisation forcée et du traitement forcé, et l'avocat brillant et infatigable Tina Minkowitz mène une campagne pour montrer qu'il existe un large soutien pour ces interdictions. Ceci est particulièrement important aux États-Unis, car 162 nations ont ratifié la CDPH, mais les États-Unis ne l'ont pas fait.


Minkowitz a travaillé sur l'élaboration et participé aux négociations pour le traité de 2002 à 2006 et elle a contribué à assurer l'incorporation dans le CRPD de l'article 12, qui stipule que les "États" pays et gouvernements nationaux liés par le droit international reconnaissent que les personnes handicapées ont le droit de faire leurs propres décisions dans tous les aspects de la vie et de le faire sans coercition. Notez que le terme «personne handicapée» s'applique à toute personne qui a reçu un diagnostic de trouble mental (en plus d'autres handicaps). Il est important de noter l'article 14 de la CRPD, qui précise, d'après le texte et l'interprétation faisant autorité par le Comité des droits des personnes handicapées, que l'existence d'un handicap ou d'un handicap perçu ne peut pas être utilisé pour justifier la privation de liberté et l'article 25 exige que les soins de santé soient fournis sur la base d'un consentement libre et éclairé. Le mot «perçu» est crucial, compte tenu du fait que le nombre incroyable de catégories répertoriées comme troubles mentaux dans les deux manuels primaires utilisés pour classer les personnes en maladie mentale a rendu possible, même probable, que toute personne qui consulte un thérapeute ou un autre professionnel dans un état autre qu'un état calme et heureux sera diagnostiqué comme présentant un trouble psychiatrique, en passant à peu près n'importe qui dans la catégorie «perçu comme handicapé». Donc, un mythe crucial qui concerne le CRPD est que les diagnostics psychiatriques sont scientifiques et habituellement appliqués de manière appropriée.


Si aucun préjudice ne découlait d'être classé comme malade mental, il y aurait moins de cause d'alarme. Mais il est facile, même probable, pour les non-professionnels, pour les thérapeutes et pour les autres professionnels de la santé, ainsi que pour les juges de supposer à tort que le fait d'avoir un handicap (même un handicap perçu) signifie que le jugement de l'un est altéré et qu'on ne devrait pas pouvoir faire nos choix à propos de nos vies, de nos corps et des traitements auxquels on sera soumis. Souvent, le critère du «danger pour soi-même et / ou pour d'autres» est utilisé pour justifier une hospitalisation forcée ou un traitement forcé, et cela est pratiqué malgré le fait avéré que les personnes atteintes de maladie mentale sont en réalité moins susceptibles que d'autres de commettre des actes de violence et plus susceptibles d'être victimes de violence. La preuve de ce schéma erroné est dans les statistiques, et elle est d'autant plus remarquable, que, pour plusieurs raisons: (par exemple, les avocats de la défense s'efforcent d'obtenir des étiquettes psychiatriques pour leurs clients afin d'obtenir des peines réduites ou un détournement de la prison vers le système de santé mentale, et il y a aussi la fréquence élevée des prisonniers étant diagnostiqués comme malades mentaux afin qu'ils puissent être fortement médiqués et que le besoin de personnel pénitentiaire soit réduit d'autant), les statistiques dans un proche avenir sont susceptibles de montrer une corrélation de plus en plus élevée entre les étiquettes psychiatriques et la violence. Ainsi, deux autres mythes cruciaux qui concernent le CRPD sont que les gens qui ont reçu des étiquettes psychiatriques sont susceptibles d'être incompétents pour faire des choix sur leur vie et qu'ils sont plus susceptibles que les autres d'être violents.


Un quatrième mythe crucial est que l'hospitalisation forcée et le traitement forcé sont bénéfiques (et, par implication, pas dangereux). On voit qu'il s'agit d'un mythe en considérant les taux élevés de suicide qui suivent le traitement hospitalier et l'augmentation des taux de suicide causés par de nombreux médicaments psychiatriques, ainsi que l'effondrement des taux de guérison et l'augmentation des taux d'incapacité à long terme qui ont suivi l'introduction de divers médicaments psychiatriques sur le marché ainsi que l'usage des électrochocs.


Un autre mythe est la question de savoir si les personnes atteintes de maladie mentale sont capables de faire leurs propres choix et si elles ont un bon jugement. Nous connaissons tous des personnes qui n'ont pas d'étiquettes psychiatriques mais qui font des choix désastreux et dont le jugement est médiocre, mais ces limitations ne sont pas utilisées pour les priver de leurs droits de l'homme. Savoir si une personne a ou non un diagnostic n'est pas un prédicteur de leur jugement ni de la capacité de faire de bons choix pour eux-mêmes. Un mythe apparenté est que si quelqu'un est diagnostiqué comme malade mental, on doit retirer à cette personne tout pouvoir de prise de décision. Pourtant, comme chez beaucoup de personnes qui ne sont pas diagnostiquées, ce dont la personne a besoin est un peu de soutien de diverses sortes, y compris l'aide pour remplir des formulaires ou une aide pratique pour la cuisine ou les courses ou pour obtenir un animal de service pendant les périodes où ils se battent.


La norme CRPD concerne les personnes qui perçoivent ou sont perçues comme étant empêchées par un handicap. Ces personnes doivent avoir la possibilité de donner leur consentement libre et éclairé. C'est très loin de ce qui est pratiqué vis à vis de la grande majorité des personnes traitées par les psychothérapeutes, sans parler de ceux qui sont privés de leurs droits humains. Considérez ceci: le diagnostic psychiatrique est la pierre angulaire, la première cause de tout ce qui arrive de nuisible aux personnes dans le système de santé mentale et à travers le système de santé mentale. S'ils ne vous diagnostiquent pas, ils ne peuvent pas vous traiter (si on assimile les pratiques à des soins), et ceci que les traitements vous soient utiles ou non. Cependant presque personne n'entre dans le bureau d'un thérapeute en étant pleinement informé et, par conséquent, presque personne n'est placé en position de donner son consentement éclairé. Pourquoi? Il y a à cela trois raisons:


    On ne leur dit presque jamais: «Pour que votre assurance paie mes factures, je devrai vous donner un diagnostic psychiatrique, mais vous avez le droit de savoir que les diagnostics psychiatriques ne sont pas scientifiques, que l'obtention d'un diagnostic ne contribue pas à atténuer les souffrances mais s'accompagne d'un large éventail de risques de préjudices, de la perte de la confiance en soi à la perte d'emploi et de la garde des enfants et des autorisations liées à la sécurité ... et même à la mort par des traitements justifiés sur la base de votre étiquette".


    On ne leur dit presque jamais: «Je recommande le traitement X, mais je vais vous expliquer tout sur les avantages et les dommages potentiels qui peuvent en résulter.» La raison pour laquelle on ne leur dit presque jamais cela c'est que ces derniers temps, la vaste majorité des traitements se font avec des médicaments psychiatriques, et les poursuites judiciaires ont révélé à plusieurs reprises que les compagnies pharmaceutiques dissimulent de façon considérable une grande partie des dommages liés aux médicaments, de sorte qu'il n'y a aucun moyen pour les thérapeutes consciencieux d'obtenir cette information et donc de la retransmettre à leurs patients. Quelque chose de similaire est fait avec les électrochocs et avec des programmes coûteux mais intensivement commercialisés comme "neurobiofeedback" qui n'ont pas montré d'utilité, mais qui sont souvent très coûteux.


    On ne leur dit presque jamais: «Je recommande le traitement X, mais je vais aussi vous décrire le vaste éventail d'approches qui ont aidé les personnes qui traversent ce que vous traversez ... et qui souvent ne comportent peu ou aucun risque de dommages ".


Alarmée par le manque d'information, qui expose les personnes souffrant et cherchant de l'aide dans le système de santé mentale à un risque énorme de nuisances, sans même savoir quelles questions poser et quelles recommandations contester, j'ai organisé le dépôt de neuf plaintes au Département d'Ethique de l'Association américaine de psychiatrie, parce que cette APA publie et bénéficie énormément du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), dont les catégories ont été utilisées contre les plaintes adressées au système avec des effets tragiques. Nous avons dit que l'APA n'a pas révélé honnêtement la nature non scientifique de ses catégories et les risques de dommages en résultant, ainsi que le fait que l'obtention d'une étiquette n'est utile en grande partie ou seulement que pour obtenir une couverture d'assurance pour traitement, les plaignants n'auraient pas accepté aveuglément leurs étiquettes et les traitements qui leur étaient présentés comme appropriés sur la base des étiquettes ("Vous avez le trouble Y, donc vous devriez accepter le traitement Z, car c'est ce qui est utilisé pour les personnes atteintes de Y"). L'APA a rejeté les plaintes pour des motifs factices et n'a pas accordé un iota d'attention aux mérites de ces plaintes.


Cinq de ces plaignants ont ensuite déposé leurs plaintes auprès du Bureau des droits civils (OCR) du Ministère de la Santé et des Services sociaux des États-Unis. Les plaintes ont été déposées en vertu de la loi "Americans with Disabilities Act". Selon cette loi, les personnes victimes de discrimination en étant traités comme handicapées (malades mentaux dans ces cas) alors qu'en réalité elles ne le sont pas, peuvent déposer plainte. Tous les plaignants avaient des situations de vie bouleversantes mais n'auraient jamais du être diagnostiqués comme malades mentaux. Pourtant, selon le DSM (faussement commercialisé comme scientifique), ils étaient mentalement malades et les traitements justifiés sur la base de leurs étiquettes ont eu des conséquences dévastatrices pour eux. L'OCR a rejeté les plaintes pour des motifs factices et sans considérer les mérites de ces plaintes.


Les résultats de ces plaintes fournissent une piste concrète faite de papier qui révéle qu'aux États-Unis, l'entreprise de diagnostic psychiatrique est entièrement non réglementée. C'est encore moins réglementé que les principales institutions financières dont les actions non réglementées ont sérieusement endommagé l'économie (crise financière). La piste expose le groupe de lobbying appelé APA, qui a gagné plus de 100 millions de dollars de la dernière édition du DSM, mais qui n'a pas dépensé un centime pour révéler la vérité sur son manuel ou pour avertir sur les méfaits dont l'association était informée, d'une part. Et d'autre part l'entité gouvernementale (OCR de HHS) qui, de droit, est chargée de la surveillance et de la réglementation. L'APA et l'OCR ont choisi de ne rien faire. Cela incite d'autant plus chacun d'entre nous à demander que le gouvernement des États-Unis ratifie le CRPD. La perte des droits de l'homme de l'un d'entre nous par la publicité frauduleuse, les dissimulations et la perpétuation de mythes dangereux constitue la perte des droits de l'homme de nous tous.


En tant que citoyenne américaine, je suis embarrassée et consternée, car ce pays discute s'il faut ratifier ou non le CRPD, mais il veut ajouter ce qu'on appelle les «RUD», les réserves, les interprétations et les déclarations créées par l'administration fédérale actuelle et le Comité des relations publiques étrangères du Sénat. Selon Minkowitz, il s'agit notamment de prétendre que le droit des États-Unis remplit ou dépasse déjà les obligations que notre pays aurait au titre du traité CRPD. Les plaintes décrites ci-dessus, que nous avons déposées - et le rejet de ces plaintes par le Bureau des droits civils du ministère de la Santé et des Services sociaux des États-Unis dément cette affirmation, puisqu'il n'y a simplement aucune réglementation gouvernementale du diagnostic psychiatrique et que le diagnostic est le sine qua non de l'hospitalisation forcée et du traitement forcé.



Campagne de soutien à l'interdiction absolue de l'hospitalisation et du traitement forcé.
L'article a été posté originellement sur le site: http://www.paulajcaplan.net/ 

et sur le blog Mad in America.
http://www.madinamerica.com/2016/03/myths-are-used-to-justify-depriving-people-diagnosed-as-mentally-ill-of-their-human-rights/

Paula J. Caplan, PhD, est psychologue clinicien et de recherche, activiste, Associée à l'Institut DuBois, Université de Harvard et auteur de 11 livres, dont un qui a remporté trois prix nationaux pour la non-fiction et deux sur le diagnostic psychiatrique. Ses livres incluent: "They Say You’re Crazy: How the World’s Most Powerful Psychiatrists Decide Who’s Normal" et "The edited Bias in Psychiatric Diagnosis."

jeudi 20 avril 2017

"Je dois être morte et partie en enfer" par Katherine Tapley-Milton, récit de torture au neuroleptique Haldol, campagne "no forced treatment"

"Je dois être morte et partie en enfer" par Katherine Tapley-Milton [1]

Campagne de soutien à l'interdiction absolue de l'hospitalisation et du traitement forcé.
Article publié le 6 mars 2016 sur le blog de la campagne:
https://absoluteprohibition.org/2016/03/06/i-must-have-died-and-gone-to-hell-katherine-tapley-milton/

 
Mon psychiatre à Centracare [2] était étranger et avait un accent difficile à comprendre. Il m'a toujours traité comme si j'étais une enfant mauvaise. Quand il est parti pour deux jours, il m'a donné une dose excessive de 30 mg de Haldol. Il a dit que c'était: « pour me garder hors des ennuis ». Vous deviez vous mettre en ligne pour vos pilules et je n'avais pas d'autre choix que de prendre le médicament, sinon le personnel serait devenu méchant et m'aurait forcé à le prendre.

Vous ne vouliez pas vous opposer au personnel de l'hôpital ou bien vous finiriez par être plaqué au sol avec une aiguille dans les fesses. J'ai entendu dire que les prisonniers politiques de Russie se plaignaient aux médias occidentaux qu'ils avaient été torturés avec un produit horrible. Ce médicament s'appelait Haldol. Les psychiatres ici l'appellent affectueusement « Vitamine H ». La surdose d'Haldol m'a mis dans une « crise oculogyre », ce qui se passe lorsque vos globes oculaires roulent vers l'intérieur de la tête et s'y maintiennent.

Commentaires de Wikipedia: « La crise oculogyre est le nom d'une réaction dystonique à certains médicaments ou conditions médicales caractérisée par une déviation prolongée involontaire vers le haut des globes oculaires. Le terme "oculogyration" désigne l'élévation bilatérale du regard ».

C'est extrêmement inconfortable et terrifiant. Quand cette réaction a commencé à m'arriver, je suis allée à la salle de l'infirmière et j'ai supplié pour avoir la pilule contre les effets secondaires appelée Cogentin. Elle m'a rudement informé: « Tu devras être dans un état bien pire avant que l'on fasse quelque chose à ce sujet ». Je suis entré dans une petite pièce et mon cou s'est courbé en arrière et mes yeux ont été bloqués en regardant une ampoule. J'étais dans une agonie physique et mentale et je ne pouvais pas croire à la cruauté de quelqu'un qui me laisserait comme ça. Les effets secondaires du médicament ont duré des jours et des jours. C'était comme une éternité.

Le téléphone payant était mon seul contact avec le monde extérieur, mais la concurrence pour son utilisation était féroce parmi les patients. De plus, il était difficile d'entendre par dessus le bruit de la salle. Il y avait des gémissements, des pleurs et des hurlements. Je me souviens d'avoir appelé mes parents en longue distance et de les prier de me sortir de Centracare. Cependant, j'avais été certifiée, ce qui signifie que je ne pouvais pas partir légalement. En sanglotant dans le téléphone, j'ai dit à mon père: "Je dois être morte et partie en enfer".



[1] L'auteur vient de Sackville, au Canada

[2] Centracare était la plus ancienne institution psychiatrique du Canada. Elle a depuis été démolie.

Catégories: droguage forcé, haldol, neuroleptique, antipsychotique, torture.

dimanche 26 mars 2017

Signaler les violations de vos droits pour la visite en France en 2017 des rapporteurs spéciaux de l'ONU pour les droits des personnes handicapées

La France a demandé la visite en 2017 des rapporteurs spéciaux de l'ONU concernant les droits de personnes handicapées et la convention CDPH.

Nous devons signaler les violations des droits que nous connaissons, sous la forme de descriptions factuelles, aux rapporteurs spéciaux. Hospitalisations forcées, traitements forcés, traitements dégradants, contentions, isolements, mises sous tutelles forcées, endoctrinement, discriminations, pour motif de handicap psycho-social ou d'histoire médico-psychiatrique.

La soumission des observations se fait en suivant ce lien.
https://spsubmission.ohchr.org/

Faites passer le message s'il vous plait.

Rappel: Commentaire général 1 relatif à l'article 12 de la Convention Droits des Personnes Handicapées, paragraphe I.7



http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/CRPD/Pages/GC.aspx

Courrier aux députés de la Commission des affaires Sociales

Madame, Monsieur le député,

La loi psychiatrie de non consentement de 2011-2013 est obsolète et doit être abrogée: Non respect des conventions ONU, torture, discrimination.

31 janvier 2017

Santé mentale et droits de l’homme
  Rapport du Haut-Commissaire des Nations Unies  aux droits de l’homme

http://ap.ohchr.org/documents/alldocs.aspx?doc_id=27780