vendredi 21 décembre 2018

Perspective: quand la soit-disant 'psychose' est une relation dysfonctionnelle.

Par Luc (mis à jour le 22/4/2020).

Résumé: La psychiatrie actuelle confond les épisodes de pertes de contact avec la réalité qui sont d'origine organique ou toxique avec les conflits relationnels qu'une personne entretient avec son entourage dans le fourre-tout dit 'psychose'. Le résultat d'une telle confusion, c'est un pseudo-diagnostic de type 'schizophrénie', qui représente un désastre pour la personne concernée.L'approche appropriée serait plutôt d'adresser le dysfonctionnement de la relation de la personne avec son entourage par l'ouverture du dialogue, la désescalade, le désmorçage des conflits, et par le respect des droits de la personne.

La confusion sur les origines organiques ou toxiques des demandes.

Les pertes de contact avec la réalité d'origine organique sont des conditions et des maladies neurologiques. Leur diagnostic devrait être fait rigoureusement, car l'approche et le pronostic en découlent. Que ce soient des conditions post-traumatiques (trauma crânien), infectieuses (par exemple neuroborreliose), auto-immunes (Lupus, anticorps anti-NMDA par exemple), endocriniennes (thyroïde, Cushing), cardiovasculaires, carentielles, autres.

Les demandes liées à des consommations toxiques et médicamenteuses présentes ou passées sont à diagnostiquer aussi: par exemple les hallucinations induites par des consommations de drogues ou leur sevrage, liées aux conditions d'hypersensibilité acquises[5], aux séquelles comme par exemple les flashbacks (crises hallucinatoires inopinées survenant des années après la consommation). Ces expériences peuvent être liées à des intoxications, et à des consommations passées de certaines drogues ou médicaments. Les produits à considérer sont les produits psycho-actifs, en particulier alcool et sevrage, cannabis et sevrage, hallucinogènes, stimulants (drogues et médicaments, antidépresseurs et methylphenidate), sédatifs et régulateurs de l'humeur (drogues et médicaments, neuroleptiques, benzodiazepines, etc.), autres produits et médicaments (mefloquine, tretinoine, antimigraineux, anti-hypertenseurs, anti-émétiques neuroleptiques, antalgiques forts, rhumatologie, anticancéreux, etc...). Penser aux toxiques environnementaux.

Une étude de 2019 [1] démontre l'ampleur de la confusion actuelle, et combien les approches qui découlent de cette confusion sont désatreuses pour les personnes. D'après cette étude, le taux de transition d'un diagnostic de 'psychose' induite par les hallucinogènes à celui de 'schizophrénie' était de 26%. Pour le cannabis 34%, pour les amphétamines 22%, pour les opioïdes 12%, l'alcool 10% et les sédatifs 9%. Le taux de transition pour une 'psychose' brève, atypique et non spécifiée ailleurs est de 36%.

Il me semble que ce qui n'est pas organique est psychologique et relationnel. L'approche appropriée alors n'est pas médicale mais dialogique (approche Open Dialogue), sociale (respect des droits de la personne, empowerment, groupes d'entendeurs de voix, etc.), psychologique (thérapies psycho-comportementales, thérapies psychocorporelles, gestion des émotions et du mode de vie, résolution des traumatismes psychologiques anciens), voire spirituelle (respect de soi-même et des autres, connaissance de soi, donner du sens, développement personnel, courage, sérénité, acceptation).


Le schéma de la psychiatrie coercitive dans la perspective de l'usager:

1) Vous entrez dans le circuit car il existe une incompréhension entre votre entourage et vous-même. Vos proches, la société, les enseignants, les médecins, la police, le préfet, ne vous comprennent pas, pour une raison ou une autre. On se plaint de vous, et vous êtes jugé bizarre, excentrique, désobéissant, insupportable, insensé, délirant, déviant, halluciné, en retrait, dérangeant ou ce que vous voudrez. Vous ne remplissez pas les demandes que la société ou la famille exige de vous. "Cette personne déraille." "Elle nous inquiète." "Elle est folle." L'incompréhension suscite la peur. La peur suscite l'idée d'une dangerosité supposée. Votre entourage ne communique plus avec vous de façon normale, car pour eux, vous ne faites plus partie des personnes raisonnables. Vous vous isolez pour ne plus avoir à faire face à cette incompréhension, à cette hostilité, à cet ostracisme. Vos capacités à résoudre cette incompréhension diminuent et l'écart entre les perspectives se creuse, la situation s'aggrave.

2) On veut vous 'soigner'. C'est le début de l'épreuve de la psychiatrisation. C'est un traumatisme horrible, surtout quand c'est forcé [2]. Les personnes qui sont supposées vous aimer et vous protéger vont en pratique vous accuser et vous faire détruire par une institution répressive. Vous percevez le danger et vous êtes très angoissé. Cette angoisse réduit vos moyens. Les conséquences de cette angoisse sont interprétées comme des signes biologiques de maladie. On vous étiquette. On vous force à la sédation chimique, souvent avec des doses extrêmes, amnésiantes, car les médecins ont encore plus peur que vous de cette situation.

3) Vous sortez de l'hôpital avec des injections de drogues neutralisantes chargées d'assurer votre docilité.

4) Pendant 6 mois, vous vivez ce cauchemar, alimenté de désespoir, entrecoupé de nouvelles 'crises', et de syndromes de sevrage interprétés comme des soit-disants 'rechutes' d'une maladie supposée. A ce moment le poison qu'on vous a prescrit vous a bien rendu hypersensible, anxieux, akathisique, voire catatonique et dépendant des produits. Votre entourage et vous-mêmes êtes endoctrinés dans la conviction que vous souffrez d'une maladie biologique bien qu'aucune espèce de caractérisation biologique de la maladie supposée ne soit disponible, et bien qu'aucun examen biologique ne prouve quoi que ce soit vous concernant.

5) Un jour, on ne sait pas quand, et seulement si vous avez la rare chance de tomber sur des psychiatres moins primaires que la moyenne de la profession, vous entrez en 'rétablissement'. On devrait dire reconstruction de soi, car la psychiatrisation que j'ai décrite est une véritable destruction de la personne que vous étiez avant de les avoir rencontrés.

A mes yeux, ce schéma représente un crime commis contre la personne.


Alternative: Le schéma de la résolution de la relation dysfonctionnelle

Aujourd'hui, l'alternative me semble surtout représentée par l'approche Open Dialogue de Jaakko Seikkula et ses collègues [3]. Le 'Power Threat Meaning Framework' développé par les psychologues anglais de la BPS [4] est une autre perspective. Il existe aussi des espaces comme les lieux de répit qui devraient permettre d'éviter les pires violences institutionnelles. Les groupes d'entendeurs de voix peuvent aider les personnes concernées. Certaines psychothérapies volontaires peuvent aider les personnes à retrouver la sérénité et les mots nécessaires pour apprendre à se défendre dans les conflits d'incommunication.

1) Il existe une incompréhension sévère entre votre entourage et vous-même à caractère urgent, critique. On appelle l'équipe de psychologues, qui organise une visite dans les 48h pour 'ouvrir le dialogue' entre la personne et son entourage. Il n'y a généralement pas de médicament neutralisant. Un anxiolytique peut aider la personne à retrouver ses moyens et à se reposer.

2) Le dialogue ouvert a lieu au domicile avec la personne et son entourage et aussi les acteurs sociaux concernés.
Il n'est pas fixé de décision à prendre. Il est accepté que l'on exprime des points de vue non conventionnels, considérés comme 'délirants' ou 'hallucinés'. La courtoisie doit être respectée. Il s'agit d'offrir une qualité de dialogue ouvert, polyphonique, et durable. On ne laisse pas une expression ignorée sans réponse, mais on respecte l'altérité unique de la personne, sans conditions, sans stratégie de la changer. Il s'agit de développer une attitude, une façon d'être à l'autre, de réponse, de disponibilité, dans l'égalité et la différence, dans le respect de la perspective autre.

3) Plus tard l'équipe reste disponible selon le besoin.

4) Aucune crise dite 'psychose' ne se chonicise pendant 6 mois si elle est gérée de cette façon. Donc, la soit-disant 'schizophrénie' peu à peu ne se constitue plus dans l'entière population concernée par cette approche.

Ce n'est pas du pipeau: c'est prouvé par 30 ans de pratique sur une population de 72000 personnes.

Aujourd'hui, exigeons les approches alternatives et la fin de la psychiatrie forcée.



https://www.change.org/p/abolir-les-hospitalisations-forc%C3%A9es-et-traitements-forc%C3%A9s-en-application-de-la-convention-droits-des-personnes-handicap%C3%A9es-de-l-onu



Pour aller plus loin, voici des explications historiques:

Le terme 'psychose' est une imposture en soi.

Historiquement, le mot 'psychose' fut inventé en 1841 par Karl Canstatt.
Le mot désignait une maladie (suffixe 'ose') supposée de la 'psyché'.

Quel est l'organe de la psyché?

Nul scientifique ne peut prétendre y répondre, et on ne peut rien prouver non plus à ce jour, car il s'agit d'une question métaphysique. Pourtant les prétentions biologiques, les instruments et le pouvoir médical sont supposés s'y appliquer: voilà l'imposture, dont les conséquences sont terribles pour les personnes concernées.

En quoi la 'psychose' est-elle différente de la 'névrose'?

Le mot névrose a été inventé par William Cullen, honnête médecin écossais, en 1769, pour désigner une maladie du système nerveux. Il a écrit:

"Je propose ici de comprendre sous le titre de névroses ou maladies nerveuses, toutes les affections contre nature du sentiment ou du mouvement, où la pyrexie [c'est-à-dire la fièvre] ne constitue pas une partie de la maladie primitive ; et toutes celles qui ne dépendent pas d'une affection topique des organes, mais d'une affection plus générale du système nerveux, et des puissances du système d'où dépendent plus spécialement le sentiment et le mouvement."

On pourrait dire que William Culen est l'inventeur de la neurologie.

La neurologie est aussi l'étude du cerveau, qui fait partie du système nerveux. Alors pourquoi prétendre à des 'maladies' médicales de la psyché, qui ne seraient pas des névroses, donc pas dans le cerveau?

Pour comprendre cette absurdité, on doit revenir aux sources de l'invention de la psychiatrie.

La psychiatrie est le fruit de la coercition asilaire.

Les indigents et les personnes que les familles rejettaient avaient besoin d'un hébergement. La société ne tolère ni la mendicité ni l'exhibition de la pauvreté ou de la maladie, ni l'expression de la détresse morale. Les personnes étaient internées de force dans les asiles et n'en sortaient plus.

Avec l'essor de la médecine, le pouvoir de la corporation médicale s'est accru: Les médecins sont devenus les responsables des asiles.

Le modèle médical.

Les premiers médecins asilaires font ce qu'ils savent faire: ils utilisent l'approche médicale pour gérer les internés. C'est le premier abus. Ils postulent que tous les internés sont affectés d'une maladie qui justifie leur internement. Ce postulat n'a jamais été démontré. C'est évidemment abusif puisque la plupart des internements répondaient à des demandes psychosociales.

Avec le développement de la neurologie, on exigeait davantage de science. Aussi ces médecins asilaires ont-ils cherché à catégoriser les internés involontaires, en présentant cela comme des 'diagnostics'.

La séparation des internés en deux groupes.

L'idée était de distinguer de façon pratique les internés qui coopéraient, de ceux qui ne coopéraient pas.

D'un coté les internés qui coopéraient étaient supposés atteints de 'névroses' signifiant maladie supposée du système nerveux. De l'autre, toutes les personnes qui contestaient leur internement ou qui étaient traumatisées au point de ne plus communiquer étaient supposées atteintes d'une 'maladie de la psyché', une sorte de 'maladie morale', située quelque part dans l'âme de la personne, et par définition, étiquetées 'psychotiques'.

On considérait que la 'psychose' était plus grave que la 'névrose', car elle demandait davantage de travail de contention au personnel.

D'autres inventions renforcent la pseudoscience.

En 1847, Ernst von Feuchtersleben inventa le mot psychopathologie, ce qui représente une imposture de cette science respectable qu'est la pathologie.

Puis en 1887, Sigmund Freud a inventé le mot psychanalyse pour désigner sa pratique psychologique. Il a cultivé l'ambiguité entre la psychologie et la médecine pour des raisons de pouvoir, et son influence a renforcé les concepts pseudoscientifiques de névrose et de psychose.





La confusion entre un épisode de perte de contact avec la réalité d'origine toxique et étiquette de 'schizophrénie':

[1] Benjamin Murrie et collègues, 2019: Transition of Substance-Induced, Brief, and Atypical Psychoses to Schizophrenia: A Systematic Review and Meta-analysis.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31618428/

Les personnes sont traumatisées par l'hospitalisation.

[2] Les hospitalisations et soins sans consentements provoquent des syndromes de stress post-traumatiques et des conduites d'évitement. Dans cette étude la moitié des patients sont traumatisés (Priebe S., Bröker S., Gunkel S., 2015):
http://www.researchgate.net/publication/13608566_Involuntary_admission_and_posttraumatic_stress_disorder_symptoms_in_schizophrenia_patients



Liens sur Open Dialogue.

[3] Seikkula Jaakko et collègues, 2010, "The Comprehensive Open-Dialogue Approach in Western Lapland: II. Long-term stability of acute psychosis outcomes in advanced community care."
http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/17522439.2011.595819?src=recsys

Seikkula Jaakko, Arnkil Tom Erik, 2014. Open Dialogues and Anticipations. (Respecting otherness in the present moment).
http://opendialogueapproach.co.uk/product/open-dialogues-and-anticipations-respecting-otherness-in-the-present-moment-jaakko-seikkula-tom-erik-arnkil-paperback/

Site international:
http://open-dialogue.net/

Le groupe facebook 'Open Dialogue Francophone'
https://www.facebook.com/groups/1479367138755140/

Les 7 principes de l'approche Open Dialogue par Jaakko Seikkula 2014
https://www.youtube.com/watch?feature=share&v=wHo1rinStM8


Le Power Threat Meaning Framework de la British Psychological Society.

[4] Présentation:
https://www.bps.org.uk/sites/bps.org.uk/files/Policy/Policy%20-%20Files/PTM%20Main.pdf


Les médicaments dit 'antipsychotiques' (ou neuroleptiques) fabriquent la soit-disant 'psychose'.
"Supersentivity psychosis" (ex psychose tardive): altération du cerveau par les neuroleptiques au long cours, agitation, insomnie, manifestations psychotiques.

Chouinard Guy, Chouinard Virginie-Anne, 2008: "Atypical Antipsychotics: CATIE Study, Drug-Induced Movement Disorder and Resulting Iatrogenic Psychiatric-Like Symptoms, Supersensitivity Rebound Psychosis and Withdrawal Discontinuation Syndromes."
http://www.karger.com/Article/Abstract/112883

[5] Chouinard Guy, et collègues, 2017: Antipsychotic-Induced Dopamine Supersensitivity Psychosis: Pharmacology, Criteria, and Therapy
https://www.karger.com/Article/FullText/477313

Les traitements neuroleptiques sont fortement suspects de produire des crises psychotiques soit par syndrome de sevrage, soit par toxicité directe

Moncrieff J., 2006: "Does antipsychotic withdrawal provoke psychosis? Review of the literature on rapid onset psychosis (supersensitivity psychosis) and withdrawal-related relapse."
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16774655%20

Moncrieff J., 2015: Antipsychotic Maintenance Treatment: Time to Rethink?
https://journals.plos.org/plosmedicine/article?id=10.1371/journal.pmed.1001861


Mathew Lander et collègues, 2018: Review of withdrawal catatonia: what does this reveal about clozapine?
https://www.nature.com/articles/s41398-018-0192-9

Lucire Y (2016) Pharmacological Iatrogenesis: Substance/Medication-Induced Disorders That Masquerade as Mental Illness. Epidemiology (sunnyvale) 6:217. doi:10.4172/2161-1165.1000217.
http://www.omicsonline.org/open-access/pharmacological-iatrogenesis-substancemedicationinduced-disordersthat-masquerade-as-mental-illness-2161-1165-1000217.php

L'appelation 'antipsychotique' est un coup de marketing et une tromperie sur la marchandise. Toutes les études négatives sur les neuroleptiques sont escamotées.

Un guide récent bien documenté sur les neuroleptiques
http://www.madinamerica.com/wp-content/uploads/2015/08/Guide-to-Minimal-Use-of-Neuroleptics-.pdf


Sur le concept de 'psychose:

Szasz, Thomas (1961). The myth of mental illness.

Szasz, Thomas (1987). Insanity: The idea and its consequences.


Collectif BPS, 2014: "Understanding Psychosis and Schizophrenia: A report by the Division of Clinical Psychology, Why people sometimes hear voices, believe things that others find strange, or appear out of touch with reality, and what can help."
https://www.bps.org.uk/system/files/user-files/Division%20of%20Clinical%20Psychology/public/understanding_psychosis_-_final_19th_nov_2014.pdf


Voir aussi sur ce blog:

L'origine du mot psychiatrie
https://depsychiatriser.blogspot.com/2015/05/lorigine-du-mot-psychiatrie-le_28.html

3 commentaires:

  1. Tu as parfaitement décrit le fonctionnement de la psychiatrie coercitive.

    J'ajoute pour ma part quelques éléments. L'institution psychiatrique est de fait une institution répressive qui relève plus de l'administration carcérale que du soin médical.

    L'entrée d'un "patient" – le mot approprié est l’interné - à l'HP se fait TOUJOURS dans des conditions de violences multiples : injonctions parfois contradictoires, moqueries, insultes, menaces, contentions, injection de drogues à fortes doses, parfois attouchements et viols. Ces violences, parce qu'elles sont institutionnelles, sont tolérées, systématisées, encouragées. L'objectif est l'anéantissement psychologique de l'interné : le choc de l’enfermement, la privation de la liberté qui est un droit fondamental en démocratie, ajouté au choc des violences institutionnelles, visent à détruire tout sentiment de sécurité et toute estime de soi. Les bases psychologiques de l’interné sont altérées, alors peut commencer le travail de reprogrammation.
    Le schéma habituel :
    1) Pour l’institution, l’interné souffre d’une maladie mentale, il en fait un déni et doit donc être soigné de force. Par conséquent, l’interné a obligation de prendre un traitement médicamenteux aux effets secondaires multiples et délétères, pour une durée indéterminée, voire à vie.
    2) Tout refus est un symptôme de sa maladie, par conséquent l’usage de violences institutionnelles est préconisé pour imposer le « soin ». En particulier, l’usage de harcèlement psychologique est très efficace, selon le principe qu’il est toujours facile de faire passer la victime d’un harcèlement pour paranoïaque, c’est même une défense assez classique de la part des harceleurs.
    3) L’interné étant un « malade mental », sa parole, actuelle et future, ne vaudra dorénavant plus rien. Par conséquent, quand l’interné relate les violences institutionnelles subies, au mieux il fabule, au pire il délire, c’est sa maladie qui réapparait.

    Quand l’interné sort de l’institution, il est stigmatisé partout : les rumeurs se sont propagées, au mépris du secret médical. Tout le monde est au courant, et quelques abrutis dans la rue se défoulent sur l’interné, selon le principe qu’une personne fragilisée se défendra moins, voire pas du tout, de peur d’être encore plus stigmatisée. La réhabilitation de l’interné dans la société est quasi-impossible.

    En conclusion, l’institution psychiatrique a au final joué le même rôle que jouait jadis le goulag dans les pays soviétiques, l’hémoglobine en moins. Les commissaires politiques sont ici les psychiatres, censés jouir d’une crédibilité médicale, qui n’est en fait que l’alibi scientifique à cette entreprise de répression.
    Les aléas du droit participent à la poursuite de la répression psychiatrique : période de 12 jours avant que l’interné ne soit présenté à un juge ; incompétence du juge pour estimer la validité des certificats médicaux et par conséquent, validation quasi-systématique de ceux-ci ; experts psychiatres toujours en appui de leurs confrères, par esprit de corps ; juridiction civile pour contester des hospitalisations sans consentement, ce qui exclut des juridictions pénales qui seraient aptes à estimer et évaluer les violences subies et leurs préjudices, et à punir leurs auteurs ; absence de juridiction pour contester les suivis médicaux hasardeux imposés dans les CMP du secteur ; primauté de l’ordre des médecins, vieille institution vichyste où des médecins jugent des médecins, autant dire que rien n’y est jamais jugé.

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