mercredi 6 mars 2019

Rapport de la Rapporteuse spéciale ONU sur les droits des personnes handicapées pour la France.

Visite en France 2017. Rapport de la Rapporteuse spéciale ONU sur les droits des personnes handicapées, Madame Devandas, mars 2019.

Extrait:

Privation de liberté, déni de la capacité juridique et traitement sans consentement. 

86.  La Rapporteuse spéciale recommande au Gouvernement :

a) De veiller à ce que toutes les personnes handicapées puissent exercer leur capacité juridique, et de supprimer à cet effet toutes les formes officielles ou officieuses de prise de décisions substitutives;

b) De favoriser la sauvegarde de justice, le mandat de protection future, la mesure d’accompagnement social personnalisé et la mesure d’accompagnement judiciaire, notamment en formant les juges et les avocats et en sensibilisant l’opinion publique;

c) De prendre des mesures immédiates pour mettre un terme au placement des personnes qui ont des handicaps intellectuels et psychosociaux et des personnes autistes en hôpital ou en unité psychiatriques et pour mettre fin au traitement sans consentement et à la stérilisation forcée de ces personnes;

d) D’interdire le placement administratif ou le placement en institution des enfants autistes et de veiller à ce que les parents qui s’opposent au placement de leur enfant ne fassent plus l’objet de représailles;

e) De revoir le cadre juridique se rapportant aux soins psychiatriques sans consentement, de sorte que tous les soins de santé soient prodigués sur la base du consentement libre et éclairé, notamment d’autoriser l’octroi de soins intensifs à domicile sans entraves;

f) D’investir dans le développement de services de proximité qui respectent les droits et la dignité des personnes handicapées;

g) De placer l’infirmerie psychiatrique de la Préfecture de police de Paris sous la responsabilité et la surveillance du service public hospitalier, dans l’attente de sa fermeture prochaine.



Et un autre extrait à propos d'Oviedo:

Cadre juridique et institutionnel

78. La Rapporteuse spéciale recommande au Gouvernement:

b) De revoir sa position quant à l’adoption d’un protocole additionnel à la Convention sur les droits de l’homme et la biomédecine, protocole qui contrevient aux dispositions de la Convention relative aux droits des personnes handicapées;

http://ap.ohchr.org/documents/dpage_e.aspx?si=A/HRC/40/54/Add.1


Liens:

Le rapport complet en français et en anglais (cliquez sur le petit F à droite de la selection multilingue):
http://ap.ohchr.org/documents/dpage_e.aspx?si=A/HRC/40/54/Add.1

Ou bien télécharger depuis le site de la Rapporteure spéciale
http://www.embracingdiversity.net/country/france_1025

Article sur handicap.fr
https://informations.handicap.fr/a-rapport-onu-handicap-france-grade-11625.php

The Committee on the Rights of Persons with Disabilities
https://www.ohchr.org/en/hrbodies/crpd/pages/crpdindex.aspx

Site ONU en français: La convention en bref.
https://www.un.org/development/desa/disabilities-fr/la-convention-en-bref-2.html

Site INTAR The International Network Toward Alternatives and Recovery:
http://intar.org/

Association CHRUSP Center for the Human Rights of Users and Survivors of Psychiatry
http://www.chrusp.org/

Association ENUSP European Network for (ex)-Users and Survivors of Psychiatry
http://enusp.org/

Campagne Absolute Prohibition
https://absoluteprohibition.org/

Pétition France
https://www.change.org/p/abolir-l-hospitalisation-forc%C3%A9e-et-le-traitement-forc%C3%A9


https://www.change.org/p/abolir-l-hospitalisation-forc%C3%A9e-et-le-traitement-forc%C3%A9
#Standup4humanrights #CRPDNow

jeudi 17 janvier 2019

Contre Oviedo: Ecrire au Comité DH-BIO

Le protocole additionnel à la Convention d'Oviedo est ce projet de régression des Droits de l'Homme en psychiatrie proposé par le Comité DH-BIO du Conseil de l'Europe, en complète ignorance du standard international de l'ONU, défini dans la Convention des Droits des Personnes Handicapées (CDPH).

La Bulgarie, la Macédoine, la Suisse, le Portugal s'opposent à ce projet Oviedo.

En France le Défenseur des Droits, Jacques Toubon, dénonce aussi ce projet Oviedo.
https://juridique.defenseurdesdroits.fr/index.php?lvl=notice_display&id=26814

De nombreuses ONG dénoncent ce projet aussi, comme:
  • Autism Europe
  • European Disability Forum
  • ENUSP
  • Mental Health Europe
  • Inclusion Europe
  • EASPD
  • Disability Rights International
  • International Disability Alliance
  • Validity

Flyer ici:
https://drive.google.com/file/d/1WyoX1hZ-b-Q5yFg51T9ytVJtxpv5ONRn/view?usp=sharing

Chacun peut écrire à ce Comité DH-BIO en suivant ce lien:

https://www.coe.int/fr/web/bioethics/contact-us

J'ai écrit le message suivant:

#withdrawoviedo
Contre le protocole additionnel à la convention d'Oviedo.
Plus de 10000 personnes s'opposent aux traitements forcés et aux hospitalisations forcées dans cette pétition:
https://www.change.org/p/abolir-l-hospitalisation-forc%C3%A9e-et-le-traitement-forc%C3%A9


C'est à vous de faire entendre votre voix pour défendre les Droits de l'Homme.




Lisez aussi:

Observations préliminaires de la Rapporteuse spéciale ONU sur les droits des personnes handicapées, Mme Catalina Devandas-Aguilar au cours de sa visite en France, du 3 au 13 octobre 2017
http://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=22245&LangID=F

La campagne ENUSP contre le projet de protocole additionnel à la Convention d'Oviedo: http://enusp.org/2018/04/18/enusp-started-campaign-against-the-draft-additional-protocol-to-the-oviedo-convention/

Les alternatives à la coercition en psychiatrie
Piers Gooding, Bernadette McSherry, Cath Roper, Flick Grey, Melbourne University, 2018
https://socialequity.unimelb.edu.au/news/latest/alternatives-to-coercion

La contention peut être appelée torture.
Professor Bernadette McSherry, Melbourne University, 2016
https://pursuit.unimelb.edu.au/articles/four-corners-using-restraints-can-be-called-torture


Et sur ce blog:

https://depsychiatriser.blogspot.com/2018/09/appel-contre-le-projet-de-protocole.html
http://depsychiatriser.blogspot.com/2018/05/appel-pour-labandon-du-protocole.html


samedi 12 janvier 2019

Etude sur les directives anticipées psychiatriques en France

Les directives anticipées psychiatriques ou DAP, c'est quoi ?

C'est un moyen pour l'usager d'anticiper les difficultés et de s'y préparer.

Cela permet de décider par avance des mesures spécifiques à prendre et de définir celles que l'on doit éviter.

Cela permet aussi de désigner une personne de confiance qui aidera à communiquer les souhaits de la personne.

(D'après "The Paradigm of Supported Decision Making" par Tina Minkowitz
https://www.academia.edu/8770379/The_Paradigm_of_Supported_Decision-Making)


Les directives anticipées s'inscrivent dans les Droits de l'Homme

Les directives anticipées psychiatriques s'inscrivent dans les Droits de l'Homme. Elle sont une forme de prise de décision assistée. La Convention ONU relative aux Droits des Personnes Handicapées (CDPH) stipule que les prises de décision substitutives doivent être abolies et remplacées par des prises de décision assistées.

L'article 12 de la CDPH spécifie que les personnes avec un handicap psychosocial sont devant la loi à égalité avec les autres. La discrimination basée sur le handicap devant la loi est abolie.

Ainsi le respect du consentement éclairé dans les décisions médicales doit s'appliquer à égalité avec les autres. Et la personne doit pouvoir changer d'avis et revoir sa décision à tout moment.

ONU Convention CDPH, Commentaire général 1 sur article 12
http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/CRPD/Pages/GC.aspx


Les prises de décision substitutives sont:

- Tutelle, curatelle.
- Lois de santé mentale permettant l'hospitalisation forcée ou le traitement forcé.

Elles sont à abolir car elles réalisent une discrimination basée sur le handicap devant la loi.

Les hospitalisations forcées et les traitements forcés sont des actes violents, traumatisants, assimilables à des tortures, portant atteinte à l'intégrité physique et mentale des personnes.


Les prises de décision assistées signifient que la personne décide par elle-même et reçoit assistance si elle le demande:

- Respect de la personnalité juridique à égalité avec les autres.
- Respect du consentement éclairé à égalité avec les autres.
- Information fournie sous une forme accessible.
- Directives anticipées.
- Assistance fournie par la personne de confiance.
- Assistance par la pair-aidance.
- Réseaux d'assistance familiaux, communautaires, etc...


Les directives anticipées psychiatriques dans le monde.

Dans les pays qui discriminent devant la loi les personnes avec handicap psychosocial, les directives anticipées psychiatriques ont un rôle légal.

Aux USA, les DAP existent dans 25 états.
En Angleterre et au Pays de Galles, les DAP existent depuis 2005.
En Allemagne, les DAP existent depuis 2009.
En Autriche, en Suisse, les DAP peuvent être utilisées.
En Australie, en Nouvelle Zélande aussi.
En Inde, les DAP existent depuis 2018.


Quelle est la situation en France ?

Les lois de santé mentale de 2011 et 2013 et les lois sur les tutelles discriminent les personnes sur la base d'un handicap psychosocial.
Les directives anticipées existent en France pour les fins de vie.
Code de la santé publique : articles R1111-17 à R1111-20.
Les directives anticipées psychiatriques ne sont pas reconnues légalement.


2019: Etude sur les directives anticipées psychiatriques à Lyon, Marseille, Paris.

Il s'agit d'une étude statistique qui va comparer le 'parcours de soins' des personnes qui rédigeront des directives anticipées à celles qui ne les rédigeront pas.

L'étude considère les DAP comme seulement 'incitatives' dans la décision.


Que dit l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé)? Arrêtez la coercition en santé mentale.


"Mettre fin à la coercition en matière de santé mentale.
Il est temps de changer.
De l'institutionnalisation à l'inclusion communautaire.
Nous avons tous les mêmes droits.
La santé est un Droit de l'Homme."
Image depuis : https://www.facebook.com/WHO/photos/a.167668209945237/2140775225967849/

"Dans le contexte des soins en santé mentale, de nombreux usagers sont exposés à des conditions de vie inhumaines, à des pratiques de traitement néfastes, à la violence, la négligence et à des abus. Beaucoup sont systématiquement détenus et traités sans leur consentement éclairé. Les personnes rapportent que les services ne répondent pas à leurs besoins et ne les soutiennent pas pour vivre la vie autonome qu'ils souhaitent mener dans la communauté. Au contraire, leur expérience les laisse désespérées et démunies."

Pour répondre à cela, l'OMS lance l'initiative Quality Rights, avec un flyer à télécharger en français:
https://www.who.int/mental_health/policy/quality_rights/QRs_flyer_fr_2017.pdf?ua=1

La page d'accueil n'a pas été traduite en français:
https://www.who.int/mental_health/policy/quality_rights/en/



Que dit l'ONU ? Abolir les lois de santé mentale.

"Les États parties doivent examiner l’ensemble de leur législation dans tous les domaines afin de s’assurer que le droit à la capacité juridique des personnes handicapées n’est pas limité par rapport à celui des autres. Depuis toujours, les personnes handicapées sont privées de leur droit à la capacité juridique dans de nombreux domaines de manière discriminatoire dans le cadre de systèmes de prise de décisions substitutive comme la tutelle, la curatelle et les lois relatives à la santé mentale qui permettent le traitement forcé. Ces pratiques doivent être abolies afin que les personnes handicapées retrouvent une pleine capacité juridique, sur la base de l’égalité avec les autres."

"Comme le Comité l’a indiqué dans plusieurs observations finales, être traité contre son gré par des  psychiatres et autres médecins et professionnels de la santé constitue une violation du droit à la reconnaissance de la personnalité juridique dans des conditions d’égalité et une atteinte au droit à l’intégrité de la personne (art. 17), au droit de ne pas être soumis à la torture (art. 15) et au droit de ne pas être soumis à l’exploitation, à la violence et à la maltraitance (art. 16). Une telle pratique constitue un déni de la capacité juridique d’une personne de choisir un traitement médical et constitue donc une violation de l’article 12 de la Convention. Les États parties doivent au contraire respecter la capacité juridique des personnes handicapées de prendre des décisions en tous temps, y compris dans les situations de crise; ils doivent veiller à ce que des informations exactes et accessibles soient disponibles quant aux diverses options et à ce que des approches non médicales soient mises à disposition; et ils doivent donner accès à un accompagnement indépendant. Les États parties ont l’obligation de donner aux personnes handicapées accès à un accompagnement aux fins des décisions concernant les traitements psychiatriques et autres traitements médicaux. Être traitées contre leur gré constitue un problème particulier pour les personnes souffrant de handicaps psychosociaux et mentaux ou d’autres handicaps cognitifs. Les États parties doivent abolir les politiques et abroger les dispositions législatives qui autorisent ou prévoient un traitement de force, car il s’agit d’une violation autorisée par les lois sur la santé mentale dans le monde entier alors que des preuves empiriques indiquent qu’un tel traitement est inefficace et que les usagers des systèmes de santé mentale auxquels il a été administré déclarent que celui-ci leur a causé des souffrances et traumatismes profonds. Le Comité recommande aux États parties de faire en sorte que les décisions touchant l’intégrité physique ou mentale de la personne ne puissent être prises qu’avec le consentement libre et éclairé de la personne concernée."

ONU Convention CDPH, Commentaire général 1 sur article 12, paragraphes 7 et 42.
http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/CRPD/Pages/GC.aspx


Nous demandons le respect des Droits de l'Homme en France.


La politique de santé mentale est l'affaire des usagers.

La participation des personnes avec handicap psychosocial à la politique de santé mentale est une obligation: ONU CDPH, article 33.3.

Nous demandons les droits de l'homme en psychiatrie. La fin de la discrimination pour cause de handicap psychosocial.

Nous demandons un modèle du handicap basé sur les droits de l'homme: Nous ne sommes pas des maladies à soigner, nous sommes des êtres humains avec des droits à égalité avec les autres.

Nous demandons l'abolition des traitements forcés et des hospitalisations forcées, conformément à la Convention Droits des Personnes Handicapées de l'ONU. CG1 sur article 12. G-Article 14.


Signez la pétition: Abolir les hospitalisations forcées et les traitements forcés en France


https://www.change.org/p/abolir-les-hospitalisations-forc%C3%A9es-et-traitements-forc%C3%A9s-en-application-de-la-convention-droits-des-personnes-handicap%C3%A9es-de-l-onu


Liens:

L'étude française, plaquette, vidéo:
https://centre-ressource-rehabilitation.org/recherche-lancement-d-une-etude-sur-les-directives-anticipees-incitatives-en?debut_articles_rubrique=%40171

Thèse France 2018 Charlotte Legigan
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01829041

Observations préliminaires de la Rapporteuse spéciale ONU sur les droits des personnes handicapées, Mme Catalina Devandas-Aguilar au cours de sa visite en France, du 3 au 13 octobre 2017
http://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=22245&LangID=F

Les alternatives à la coercition en psychiatrie
Piers Gooding, Bernadette McSherry,
Cath Roper, Flick Grey, Melbourne University, 2018



USA:
https://www.nrc-pad.org/

Modèle PAD Oregon
http://www.mentalhealthportland.org/recent-projects/declaration/

Allemagne
http://www.peter-lehmann-publishing.com/articles/lehmann/pdf/forced-treatment-germany-2013.pdf

PatientenVerfuegung formulaire allemand.
https://www.patverfue.de/formular

Possible en Autriche, cela s'appelle testament psychiatrique.
http://www.bpe-online.de/voraus/pt-fapi-wien.rtf

En Suisse aussi. directive avancée.
http://www.pflege-in-der-psychiatrie.eu/files/recovery/Vorausverfugung_PDF_Formular.pdf

Angleterre: Mental Capacity Act 2005.
http://www.psychiatrycpd.co.uk/learningmodules/advancedecisionsinpsychiatr.aspx


vendredi 21 décembre 2018

Perspective: quand la soit-disant 'psychose' est une relation dysfonctionnelle.

(mis à jour le 22/4/2020).

Résumé: La psychiatrie actuelle confond les épisodes de pertes de contact avec la réalité qui sont d'origine organique ou toxique avec les conflits relationnels qu'une personne entretient avec son entourage dans le fourre-tout dit 'psychose'. Le résultat d'une telle confusion, ce peut être un pseudo-diagnostic de type 'schizophrénie', qui représente un désastre pour la personne concernée. L'approche appropriée serait plutôt d'adresser le dysfonctionnement de la relation de la personne avec son entourage par l'ouverture du dialogue, la désescalade, le désamorçage des conflits, et par le respect des droits de la personne.

La confusion sur les origines organiques ou toxiques des demandes.

Les pertes de contact avec la réalité d'origine organique sont des conditions et des maladies neurologiques. Leur diagnostic devrait être fait rigoureusement, car l'approche et le pronostic en découlent. Que ce soient des conditions post-traumatiques (trauma crânien), infectieuses (par exemple neuroborreliose), auto-immunes (Lupus, anticorps anti-NMDA par exemple), endocriniennes (thyroïde, Cushing), cardiovasculaires, carentielles, autres.

Les demandes liées à des consommations toxiques et médicamenteuses présentes ou passées sont à diagnostiquer aussi: par exemple les hallucinations induites par des consommations de drogues ou leur sevrage, celles liées aux conditions d'hypersensibilité acquises[5], aux séquelles comme par exemple les flashbacks (crises hallucinatoires inopinées survenant des années après la consommation). Ces expériences peuvent être liées à des intoxications, et à des consommations passées de certaines drogues ou médicaments. Les produits à considérer sont les produits psycho-actifs, en particulier alcool et sevrage, cannabis et sevrage, hallucinogènes, stimulants (drogues et médicaments, antidépresseurs et methylphenidate), sédatifs et régulateurs de l'humeur (drogues et médicaments, neuroleptiques, benzodiazepines, etc.), autres produits et médicaments (mefloquine, tretinoine, antimigraineux, anti-hypertenseurs, anti-émétiques neuroleptiques, antalgiques forts, rhumatologie, anticancéreux, etc...). Penser aux toxiques environnementaux.

Une étude de 2019 [1] démontre l'ampleur de la confusion actuelle, et combien les approches qui découlent de cette confusion sont désatreuses pour les personnes. D'après cette étude, le taux de transition d'un diagnostic de 'psychose' induite par les hallucinogènes à celui de 'schizophrénie' était de 26%. Pour le cannabis 34%, pour les amphétamines 22%, pour les opioïdes 12%, l'alcool 10% et les sédatifs 9%. Le taux de transition pour une 'psychose' brève, atypique et non spécifiée ailleurs est de 36%.

Il me semble que ce qui n'est pas organique est psychologique et relationnel. L'approche appropriée alors n'est pas médicale mais dialogique (approche Open Dialogue), sociale (respect des droits de la personne, empowerment, groupes d'entendeurs de voix, etc.), psychologique (thérapies psycho-comportementales, thérapies psychocorporelles, gestion des émotions et du mode de vie, résolution des traumatismes psychologiques anciens), voire spirituelle (respect de soi-même et des autres, connaissance de soi, donner du sens, développement personnel, courage, sérénité, acceptation).


Le schéma de la psychiatrie coercitive dans la perspective de l'usager:

1) Vous entrez dans le circuit car il existe une incompréhension entre votre entourage et vous-même. Vos proches, la société, les enseignants, les médecins, la police, le préfet, ne vous comprennent pas, pour une raison ou une autre. On se plaint de vous, et vous êtes jugé bizarre, excentrique, désobéissant, insupportable, insensé, délirant, déviant, halluciné, en retrait, dérangeant, ou ce que vous voudrez. Vous ne remplissez pas les demandes que la société ou la famille exige de vous. "Cette personne déraille." "Elle nous inquiète." "Elle est folle." L'incompréhension suscite la peur. La peur suscite l'idée d'une dangerosité supposée. Votre entourage ne communique plus avec vous de façon normale, car pour eux, vous ne faites plus partie des personnes raisonnables. Vous vous isolez pour ne plus avoir à faire face à cette incompréhension, à cette hostilité, à cet ostracisme. Vos capacités à résoudre cette incompréhension diminuent et l'écart entre les perspectives se creuse, la situation s'aggrave.

2) On veut vous 'soigner'. C'est le début de l'épreuve de la psychiatrisation. C'est un traumatisme horrible, surtout quand c'est forcé [2]. Les personnes qui sont supposées vous aimer et vous protéger vont en pratique vous accuser et vous faire détruire par une institution répressive. Vous percevez le danger et vous êtes très angoissé. Cette angoisse réduit vos moyens. Les conséquences de cette angoisse sont interprétées comme des signes biologiques de maladie. On vous étiquette. On vous force à la sédation chimique, souvent avec des doses extrêmes, amnésiantes, car les médecins ont encore plus peur que vous de cette situation.

3) Vous sortez de l'hôpital avec des injections de drogues neutralisantes chargées d'assurer votre docilité.

4) Pendant 6 mois, vous vivez ce cauchemar, alimenté de désespoir, entrecoupé de nouvelles 'crises', et de syndromes de sevrage interprétés comme des soit-disants 'rechutes' d'une maladie supposée. A ce moment le poison qu'on vous a prescrit vous a bien rendu hypersensible, anxieux, akathisique, voire catatonique et dépendant des produits. Votre entourage et vous-mêmes êtes endoctrinés dans la conviction que vous souffrez d'une maladie biologique bien qu'aucune espèce de caractérisation biologique de la maladie supposée ne soit disponible, et bien qu'aucun examen biologique ne prouve quoi que ce soit vous concernant.

5) Un jour, on ne sait pas quand, et seulement si vous avez la rare chance de tomber sur des psychiatres moins primaires que la moyenne de la profession, vous entrez en 'rétablissement'. On devrait dire reconstruction de soi, car la psychiatrisation que j'ai décrite est une véritable destruction de la personne que vous étiez avant de les avoir rencontrés.

A mes yeux, ce schéma représente un crime commis contre la personne.


Alternative: Le schéma de la résolution de la relation dysfonctionnelle

Aujourd'hui, l'alternative me semble surtout représentée par l'approche Open Dialogue de Jaakko Seikkula et ses collègues [3]. Le 'Power Threat Meaning Framework' développé par les psychologues anglais de la BPS [4] est une autre perspective. Il existe aussi des espaces comme les lieux de répit qui devraient permettre d'éviter les pires violences institutionnelles. Les groupes d'entendeurs de voix peuvent aider les personnes concernées. Certaines psychothérapies volontaires peuvent aider les personnes à retrouver la sérénité et les mots nécessaires pour apprendre à se défendre dans les conflits d'incommunication.

1) Il existe une incompréhension sévère entre votre entourage et vous-même à caractère urgent, critique. On appelle l'équipe de psychologues, qui organise une visite dans les 48h pour 'ouvrir le dialogue' entre la personne et son entourage. Il n'y a généralement pas de médicament neutralisant. Un anxiolytique peut aider la personne à retrouver ses moyens et à se reposer.

2) Le dialogue ouvert a lieu au domicile avec la personne et son entourage et aussi les acteurs sociaux concernés.
Il n'est pas fixé de décision à prendre. Il est accepté que l'on exprime des points de vue non conventionnels, considérés comme 'délirants' ou 'hallucinés'. La courtoisie doit être respectée. Il s'agit d'offrir une qualité de dialogue ouvert, polyphonique, et durable. On ne laisse pas une expression ignorée sans réponse, mais on respecte l'altérité unique de la personne, sans conditions, sans stratégie de la changer. Il s'agit de développer une attitude, une façon d'être à l'autre, de réponse, de disponibilité, dans l'égalité et la différence, dans le respect de la perspective autre.

3) Plus tard l'équipe reste disponible selon le besoin.

4) Aucune crise dite 'psychose' ne se chonicise pendant 6 mois si elle est gérée de cette façon. Donc, la soit-disant 'schizophrénie' peu à peu ne se constitue plus dans l'entière population concernée par cette approche.

Ce n'est pas du pipeau: c'est prouvé par 30 ans de pratique sur une population de 72000 personnes.

Aujourd'hui, exigeons les approches alternatives et la fin de la psychiatrie forcée.



https://www.change.org/p/abolir-les-hospitalisations-forc%C3%A9es-et-traitements-forc%C3%A9s-en-application-de-la-convention-droits-des-personnes-handicap%C3%A9es-de-l-onu



Pour aller plus loin, voici des explications historiques:

Le terme 'psychose' est une imposture en soi.

Historiquement, le mot 'psychose' fut inventé en 1841 par Karl Canstatt.
Le mot désignait une maladie (suffixe 'ose') supposée de la 'psyché'.

Quel est l'organe de la psyché?

Nul scientifique ne peut prétendre y répondre, et on ne peut rien prouver non plus à ce jour, car il s'agit d'une question métaphysique. Pourtant les prétentions biologiques, les instruments et le pouvoir médical sont supposés s'y appliquer: voilà l'imposture, dont les conséquences sont terribles pour les personnes concernées.

En quoi la 'psychose' est-elle différente de la 'névrose'?

Le mot névrose a été inventé par William Cullen, honnête médecin écossais, en 1769, pour désigner une maladie du système nerveux. Il a écrit:

"Je propose ici de comprendre sous le titre de névroses ou maladies nerveuses, toutes les affections contre nature du sentiment ou du mouvement, où la pyrexie [c'est-à-dire la fièvre] ne constitue pas une partie de la maladie primitive ; et toutes celles qui ne dépendent pas d'une affection topique des organes, mais d'une affection plus générale du système nerveux, et des puissances du système d'où dépendent plus spécialement le sentiment et le mouvement."

On pourrait dire que William Culen est l'inventeur de la neurologie.

La neurologie est aussi l'étude du cerveau, qui fait partie du système nerveux. Alors pourquoi prétendre à des 'maladies' médicales de la psyché, qui ne seraient pas des névroses, donc pas dans le cerveau?

Pour comprendre cette absurdité, on doit revenir aux sources de l'invention de la psychiatrie.

La psychiatrie est le fruit de la coercition asilaire.

Les indigents et les personnes que les familles rejettaient avaient besoin d'un hébergement. La société ne tolère ni la mendicité ni l'exhibition de la pauvreté ou de la maladie, ni l'expression de la détresse morale. Les personnes étaient internées de force dans les asiles et n'en sortaient plus.

Avec l'essor de la médecine, le pouvoir de la corporation médicale s'est accru: Les médecins sont devenus les responsables des asiles.

Le modèle médical.

Les premiers médecins asilaires font ce qu'ils savent faire: ils utilisent l'approche médicale pour gérer les internés. C'est le premier abus. Ils postulent que tous les internés sont affectés d'une maladie qui justifie leur internement. Ce postulat n'a jamais été démontré. C'est évidemment abusif puisque la plupart des internements répondaient à des demandes psychosociales.

Avec le développement de la neurologie, on exigeait davantage de science. Aussi ces médecins asilaires ont-ils cherché à catégoriser les internés involontaires, en présentant cela comme des 'diagnostics'.

La séparation des internés en deux groupes.

L'idée était de distinguer de façon pratique les internés qui coopéraient, de ceux qui ne coopéraient pas.

D'un coté les internés qui coopéraient étaient supposés atteints de 'névroses' signifiant maladie supposée du système nerveux. De l'autre, toutes les personnes qui contestaient leur internement ou qui étaient traumatisées au point de ne plus communiquer étaient supposées atteintes d'une 'maladie de la psyché', une sorte de 'maladie morale', située quelque part dans l'âme de la personne, et par définition, étiquetées 'psychotiques'.

On considérait que la 'psychose' était plus grave que la 'névrose', car elle demandait davantage de travail de contention au personnel.

D'autres inventions renforcent la pseudoscience.

En 1847, Ernst von Feuchtersleben inventa le mot psychopathologie, ce qui représente une imposture de cette science respectable qu'est la pathologie.

Puis en 1887, Sigmund Freud a inventé le mot psychanalyse pour désigner sa pratique psychologique. Il a cultivé l'ambiguité entre la psychologie et la médecine pour des raisons de pouvoir, et son influence a renforcé les concepts pseudoscientifiques de névrose et de psychose.





La confusion entre un épisode de perte de contact avec la réalité d'origine toxique et étiquette de 'schizophrénie':

[1] Benjamin Murrie et collègues, 2019: Transition of Substance-Induced, Brief, and Atypical Psychoses to Schizophrenia: A Systematic Review and Meta-analysis.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31618428/

Les personnes sont traumatisées par l'hospitalisation.

[2] Les hospitalisations et soins sans consentements provoquent des syndromes de stress post-traumatiques et des conduites d'évitement. Dans cette étude la moitié des patients sont traumatisés (Priebe S., Bröker S., Gunkel S., 1998):
http://www.researchgate.net/publication/13608566_Involuntary_admission_and_posttraumatic_stress_disorder_symptoms_in_schizophrenia_patients



Liens sur Open Dialogue.

[3] Seikkula Jaakko et collègues, 2010, "The Comprehensive Open-Dialogue Approach in Western Lapland: II. Long-term stability of acute psychosis outcomes in advanced community care."
http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/17522439.2011.595819?src=recsys

Seikkula Jaakko, Arnkil Tom Erik, 2014. Open Dialogues and Anticipations. (Respecting otherness in the present moment).
http://opendialogueapproach.co.uk/product/open-dialogues-and-anticipations-respecting-otherness-in-the-present-moment-jaakko-seikkula-tom-erik-arnkil-paperback/

Site international:
http://open-dialogue.net/

Le groupe facebook 'Open Dialogue Francophone'
https://www.facebook.com/groups/1479367138755140/

Les 7 principes de l'approche Open Dialogue par Jaakko Seikkula 2014
https://www.youtube.com/watch?feature=share&v=wHo1rinStM8


Le Power Threat Meaning Framework de la British Psychological Society.

[4] Présentation:
https://www.bps.org.uk/sites/bps.org.uk/files/Policy/Policy%20-%20Files/PTM%20Main.pdf


Les médicaments dit 'antipsychotiques' (ou neuroleptiques) fabriquent la soit-disant 'psychose'.
"Supersentivity psychosis" (ex psychose tardive): altération du cerveau par les neuroleptiques au long cours, agitation, insomnie, manifestations psychotiques.

Chouinard Guy, Chouinard Virginie-Anne, 2008: "Atypical Antipsychotics: CATIE Study, Drug-Induced Movement Disorder and Resulting Iatrogenic Psychiatric-Like Symptoms, Supersensitivity Rebound Psychosis and Withdrawal Discontinuation Syndromes."
http://www.karger.com/Article/Abstract/112883

[5] Chouinard Guy, et collègues, 2017: Antipsychotic-Induced Dopamine Supersensitivity Psychosis: Pharmacology, Criteria, and Therapy
https://www.karger.com/Article/FullText/477313

Les traitements neuroleptiques sont fortement suspects de produire des crises psychotiques soit par syndrome de sevrage, soit par toxicité directe

Moncrieff J., 2006: "Does antipsychotic withdrawal provoke psychosis? Review of the literature on rapid onset psychosis (supersensitivity psychosis) and withdrawal-related relapse."
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16774655%20

Moncrieff J., 2015: Antipsychotic Maintenance Treatment: Time to Rethink?
https://journals.plos.org/plosmedicine/article?id=10.1371/journal.pmed.1001861


Mathew Lander et collègues, 2018: Review of withdrawal catatonia: what does this reveal about clozapine?
https://www.nature.com/articles/s41398-018-0192-9

Lucire Y (2016) Pharmacological Iatrogenesis: Substance/Medication-Induced Disorders That Masquerade as Mental Illness. Epidemiology (sunnyvale) 6:217. doi:10.4172/2161-1165.1000217.
http://www.omicsonline.org/open-access/pharmacological-iatrogenesis-substancemedicationinduced-disordersthat-masquerade-as-mental-illness-2161-1165-1000217.php

L'appelation 'antipsychotique' est un coup de marketing et une tromperie sur la marchandise. Toutes les études négatives sur les neuroleptiques sont escamotées.

Un guide récent bien documenté sur les neuroleptiques
http://www.madinamerica.com/wp-content/uploads/2015/08/Guide-to-Minimal-Use-of-Neuroleptics-.pdf


Sur le concept de 'psychose:

Szasz, Thomas (1961). The myth of mental illness.

Szasz, Thomas (1987). Insanity: The idea and its consequences.


Collectif BPS, 2014: "Understanding Psychosis and Schizophrenia: A report by the Division of Clinical Psychology, Why people sometimes hear voices, believe things that others find strange, or appear out of touch with reality, and what can help."
https://www.bps.org.uk/system/files/user-files/Division%20of%20Clinical%20Psychology/public/understanding_psychosis_-_final_19th_nov_2014.pdf


Voir aussi sur ce blog:

L'origine du mot psychiatrie
https://depsychiatriser.blogspot.com/2015/05/lorigine-du-mot-psychiatrie-le_28.html

samedi 15 décembre 2018

Pétition France

Ecoutez les demandes des usagers en santé mentale.

Rien de ce qui nous concerne ne doit être décidé sans nous.

La participation des personnes avec handicap psychosocial à la politique de santé mentale est une obligation: ONU CDPH, article 33.3

Nous demandons les droits de l'homme en psychiatrie. La fin de la discrimination pour cause de handicap psychosocial.

Nous demandons un modèle du handicap basé sur les droits de l'homme: Nous ne sommes pas des maladies à soigner, nous sommes des êtres humains avec des droits à égalité avec les autres.

Nous ne sommes pas les boucs émissaires de tout ce qui ne va pas dans la société. Nous ne voulons pas d'une psychiatrie répressive et sécuritaire.

Nous voulons la fin des préjugés et des idées fausses, la fin de la peur, la fin de la psychophobie. La fin de la confusion entre pénal et psychiatrie. L'hopital n'est pas une prison. Non à la coercition. Non au punitif. Non à l'escalade de la violence. Non au fichage des personnes.

Nous demandons le Quality Rights Training de l'OMS pour que le personnel soit formé aux droits de l'homme.

Nous demandons des engagements effectifs pour faire appliquer cette convention ONU que la France a signée. Non à Oviedo.

La reconstruction de soi cela passe par le droit au consentement éclairé. Nous demandons le respect de nos décisions.

Nous demandons le droit d'être aidé dans la diminution et le sevrage des traitements et pas de refus ni d'incompétence.

Nous demandons l'abolition des traitements forcés et des hospitalisations forcées, conformément à la Convention Droits des Personnes Handicapées de l'ONU.

CG1 sur article 12. G-Article 14.

https://www.change.org/p/abolir-les-hospitalisations-forc%C3%A9es-et-traitements-forc%C3%A9s-en-application-de-la-convention-droits-des-personnes-handicap%C3%A9es-de-l-onu


https://www.change.org/p/abolir-les-hospitalisations-forc%C3%A9es-et-traitements-forc%C3%A9s-en-application-de-la-convention-droits-des-personnes-handicap%C3%A9es-de-l-onu

mercredi 14 novembre 2018

Abolition de la tutelle au Pérou pour motif de handicap.

Pérou, loi du 4 septembre 2018:

Abolition de la tutelle pour motif de handicap.

Reconnaissance de la capacité légale entière des personnes.

Retrait des restrictions légales.

Introduction des régimes de décision assistée et non plus substitutive conformément à la Convention ONU CDPH.

La loi en détail traduite en anglais.
http://www.chrusp.org/file/340835/Legislative_Decree_No_1384__Peruvian_legal_capacity_reform_.docx

"Que personne ne décide pour nous."


Une video de l'ONG SODIS
https://www.youtube.com/watch?v=53Lu4swxaQA

Un article de Tina Minkowitz sur mad in america
https://www.madinamerica.com/2018/10/peruvian-legal-capacity-reform-celebration-and-analysis/

Les guidelines de l'ONU définissant ce que les états doivent démontrer pour leur mise en application de la CDPH:
http://www.ohchr.org/Documents/HRBodies/CRPD/CRPD-C-16-3_en.doc

Les indicateurs de compliance avec la CDPH développés par CHRUSP
https://absoluteprohibition.files.wordpress.com/2017/03/chrusp_ap_crpd_indicators_032817.pdf





Article 12 de la convention ONU, le site de madame la Rapporteur Spéciale
http://www.embracingdiversity.net/report/Universal%20legal%20capacity,%20to%20ensure%20equal%20recognition%20of%20persons%20with%20disabilities%20before%20the%20law_1027

Le rapport ONU 2018
http://www.embracingdiversity.net/files/report/1519639659_report-legal-capacity-web.pdf