mardi 1 août 2017

L'appel à la mobilisation du CHRUSP et son importance, par Bonnie Burstow, campagne Prohibition Absolue

L'appel à la mobilisation du CHRUSP(*) et son importance, par Bonnie Burstow, paru le 5 février 2016, campagne Prohibition Absolue.

Article posté originellement sur le blog BizOMadness, écrit par Bonnie Burstow, universitaire, activiste.


Divers textes des Nations Unies ont commenté le traitement forcé, l'enfermement sous contrainte, ou les deux (pour plus de détails, voir Burstow, 2015a), et un certain nombre de compléments vraiment importants à la loi internationale se sont matérialisés. Le plus important est sans doute la Convention Relative aux Droits des Personnes Handicapées. Qu'est-ce qui la rend si importante? Pour une part, le fait que cette convention historique prévoit rien de moins qu'une interdiction totale du traitement non consenti et de l'enfermement non consenti des personnes qui n'ont enfreint aucune loi.

Pour souligner quelques passages pertinents, l'article 12 de la CDPH stipule que : « les États parties reconnaissent que les personnes handicapées jouissent de la capacité juridique sur un pied d'égalité avec les autres dans tous les aspects de la vie ». De même, l'article 14 stipule :

Les États parties veillent à ce que les personnes handicapées, sur un pied d'égalité avec les autres:

  1. Profite du droit à la liberté et à la sécurité de la personne
 2. Ne soient pas privées de leur liberté illégalement ou arbitrairement ... et que l'existence d'un handicap ne justifie en aucune façon une privation de liberté.

Également significatives, les directives fournies clarifient que l'interdiction du traitement forcé et de l'internement non consenti doivent être considérées comme absolue (Guidelines on article 14).

En d'autres termes ce que nous avons ici n'est rien de moins qu'une percée colossale.

Conformément à la percée de la CRPD, le CHRUSP (Centre pour les droits humains des usager·e·s et des survivant·e·s de la psychiatrie) a lancé un appel à l'action en faveur de l'interdiction (absoluteprohibition.org). Je soutiens fermement cette campagne à la fois en tant qu'être humain·e·en général et en tant qu'abolitionniste de la psychiatrie – d'où cet article.

Tout d'abord, permettez-moi de dire que peu importe que l'on soit ou non abolitionniste de la psychiatrie, que l'on considère que les principes et les approches de la psychiatrie soient valables, ou qu'on les considère à la fois sans fondement et intrinsèquement dommageables, nous avons la responsabilité simplement en tant qu'êtres humain·e·s de trouver un moyen de soutenir ce genre de campagnes. Lorsque des droits fondamentaux tels que le droit de décider ce qui entre ou non dans son propre corps et le droit de ne pas être interné·e·s dans une institution psychiatrique sont en jeu, nous avons tou·te·s l'obligation morale de faire quelque chose pour corriger la situation. Comment peut-on accepter de passer outre le droit des gens de prendre des décisions pour elleux-mêmes? D'empêcher les gens d'aller et venir librement, surtout quand iels n'ont pas enfreint la loi? La privation de ces droits ne peut pas non plus être justifiée par des revendications (ce qui suit en constitue quelques exemples standards) comme le fait que la personne n'ait pas la capacité de prendre des décisions pour elle-même ou qu'elle soit dangereuse pour elle-même ou pour autrui. Comme noté dans Burstow (2015b), tandis que les gens peuvent sans doute avoir besoin d'aide pour prendre des décisions, l'incapacité en soi est une construction institutionnelle circulaire; et outre qu'il soit indéfendable de priver les gens de liberté sur la base de prédictions, les élites impliquées dans de telles décisions (lire: les professionnel·le·s psychiatriques) n'ont pratiquement aucune capacité dans la prédiction de la dangerosité. Ni personne d'autre d'ailleurs.

Tout dans cette cause est juste, une libération de l'oppression est en jeu, et indépendamment de toutes les différences dans nos compréhensions respectives de la psychiatrie, il y a une raison suffisante pour nous tou·te·s de faire de la campagne actuelle une priorité. Je m'associe donc avec enthousiasme à des responsables comme Tina Minkowitz (voir) en incitant les gens à s'impliquer.

Cela dit, alors que la campagne en question est une grande responsabilité pour nous tou·te·s, et que mon but principal dans cet article est de défendre cela, je voulais de plus faire ce qu'aucun·e autre écrivain·e à ce jour n'a fait – démêler la signification spéciale que la CDPH et les campagnes de ce type détiennent particulièrement pour celleux d'entre nous qui sont abolitionnistes, que cela soit accidentel ou non. Ce qui est particulièrement pertinent ici est le modèle d'attrition de l'abolition de la psychiatrie. Qu'est-ce donc que le modèle d'attrition de l'abolition de la psychiatrie? Et en tant qu'abolitionniste me référant au modèle d'attrition, comment comprendre la campagne actuelle?

Prédit sur le fait que l'abolition de la psychiatrie est un processus et une direction par opposition à un objectif qui peut être rapidement atteint, le modèle d'attrition de l'abolition de la psychiatrie, tel qu'articulé dans Burstow (2014) et adopté par la Coalition Against Psychiatric Assault [Coalition contre l'agression psychiatrique] (voir) est un modèle permettant de déterminer les actions et les campagnes à soutenir et les priorités. Un des principes opérant est que le soutien actif repose sur la capacité ou la tendance de l'action ou de la campagne à faire avancer la société vers l'abolition. Les questions suivantes sont déterminantes pour le modèle:

1) En cas de succès, l'action ou les campagnes que nous envisageons nous rapprocheront-elles de l'objectif à long terme de l'abolition de la psychiatrie?
2) Sont-elles susceptibles d'éviter d'améliorer ou d'ajouter une légitimité au système actuel?
3) Evitent-elles d'élargir le filet de la psychiatrie? (Burstow, 2014, p. 39).

Encore une fois, tout en insistant sur le fait que l'appel du CRSHP à la mobilisation est urgent et nécessaire pour les raisons déjà indiquées, le degré de priorisation d'un modèle d'attrition abolitionniste dépendra des réponses à ces questions. Y a-t-il des «réponses oui» aux questions ci-dessus? Permettez-moi de suggérer, que bien qu'à des degrés divers, pour les trois questions, c'est le cas.

Pour les aborder une à une, en commençant par la première question, toute mesure qui abolit sans équivoque tout aspect intégral de la psychiatrie amène la société manifestement vers l'abolition. D'où l'établissement de priorités par la Coalition Against Psychiatric Assault [Coalition contre l'agression psychiatrique], par exemple, la suppression de certains «traitements» (par ex., les électrochocs). Et cette campagne vise-t-elle l'abolition de quelque chose qui fait partie intégrante de la psychiatrie? Évidemment oui - tout recours à la force et à la coercition. En tant que tel, le premier critère est satisfait.

Ce qui nous amène à la deuxième question: la campagne est-elle susceptible d'éviter d'améliorer ou d'ajouter de la légitimité au système actuel? C'est la plus délicate des questions, car on pourrait faire valoir que le système psychiatrique serait amélioré en devenant moins coercitif. Cela dit, je crois que l'élimination de la coercition ne constitue en aucun cas un endossement de la psychiatrie et pourrait en fait fonctionner de façon exactement opposée, c'est-à-dire qu'elle pourrait amener les gens à se demander: comment pourrait-on faire autrement? Il se pourrait même, avec le temps, que cela culmine dans un questionnement plus général de la psychiatrie - surtout une fois qu'il est démontré que l'élimination de la coercition peut être accomplie sans que pléthore de conséquences horribles ne s'ensuivent.

Enfin, troisième question: la campagne en question évite-t-elle d'élargir le réseau de la psychiatrie? (traduction : si la campagne était couronnée de succès, éviterait-elle de ne pas permettre à la psychiatrie de conquérir de plus en plus de gens?)? Ici, la réponse est un oui retentissant. Le fait est que si cette campagne réussissait, non seulement elle n'élargirait pas le réseau de la psychiatrie, mais elle le réduirait de façon manifeste, permettant à tous celleux qui sont contre d'échapper complètement à la psychiatrie.

Ce qui découle de cette analyse est que cette campagne est en accord avec les principes abolitionnistes. Et en tant que tel, la priorisation de cette campagne est un acte naturel à envisager pour les groupes abolitionnistes.
Remarques résumées, invitations, suggestions et avertissements

Un pas très important a été fait par les Nations Unies lors de l'adoption de la CDPH. Pour la première fois dans l'histoire, il y a une clarification juridique internationale selon laquelle les survivant·e·s de la psychiatrie doivent jouir des mêmes droits que tout le monde, c'est-à-dire que la coercition est absolument interdite. Ce n'est pas simplement «n'importe qu'elle» organisation prenant cette position, qui plus est il s'agit d'une gigantesque organisation dominante qui exerce un poids moral et juridique. En conséquence, une campagne importante est en cours pour soutenir l'interdiction absolue, un point crucial pour la CDPH. Ce qui a été montré dans cet article est que la priorité de cette campagne a un sens à la fois sur un niveau fondamental des droits de l'humain·e·s et, en outre, au niveau de l'abolition de la psychiatrie. Étant donné le prestige des Nations Unies et étant donné que de nombreux pays ont déjà signé et même ratifié la Convention, unir explicitement cette campagne à la Convention elle-même est en soi pragmatique.

J'espère, par conséquent, que beaucoup adhéreront à cette campagne et se joindront à nous pour la promouvoir activement. S'il vous plaît, envisagez de contribuer par des articles et des illustrations sur le site Web CHRUSP. S'il vous plaît, parlez-en à d'autres. Peut-être créez des événements éducatifs. Si votre pays n'a pas signé la Convention, si elle n'a pas ratifié la Convention, si elle a ajouté une restriction ou si elle est simplement en situation de non-respect, vous ou votre groupe pourriez peut-être prendre les devants pour dénoncer le problème. Nous avons ici une occasion de changement – et j'espère que suffisamment de gens affronteront toutes les peurs qui les retiennent et tenterons de saisir cette chance. Non pas que gagner ce combat sera facile, car les pays ont l'habitude d'ignorer/éluder le droit international, y compris les obligations contractuelles qui se rapportent au fait d'être signataires d'une convention. Autant de raisons de redoubler nos efforts.

Le plus grand obstacle que nous sommes susceptibles de rencontrer est la peur qu'ont les gens de la dangerosité. Soyez prêt·e·s à y répondre. Sans doute, le deuxième plus grand obstacle est le sentiment que les personnes vulnérables vont être laissées à l'abandon. En en parlant à d'autres, il faut souligner que la CDPH est claire sur le fait que des soutiens doivent être offerts. En fait, si nous procédons correctement, l'ère de la CDPH pourrait bien devenir l'ère où un nombre sans précédent d'options de soutiens nouvelles et passionnantes se concrétiseront pour les gens – et, bien entendu, pour les gens volontaires. A cet égard, contrairement à ce qui est courant et je dirais à la fourbe équation de la psychiatrie et des services, d'autant que le «service» et la «coercition» sont des catégories plus ou moins exclusives, la mainmise exercée par la psychiatrie n'est-elle pas en elle-même l'un des principaux facteurs responsable de la pénurie de services?

Pour terminer, je commenterais brièvement un hic. Si cette campagne réussissait - et oui, il s'agira certainement une lutte acharnée – la réponse probable de la psychiatrie sera d'intensifier la désinformation concernant ses «traitements». Le fait est qu'ici l'avenir de la psychiatrie serait alors plus dépendant de la crédulité individuelle; et comme nous le savons, la psychiatrie institutionnelle, hélas, n'a pratiquement aucun scrupule à propos de la désinformation.

Maintenant, certain·e·s peuvent penser que ce dernier point est un faux problème ou un point mineur car la CRPD spécifie explicitement que le consentement «éclairé» est nécessaire. Pour être claire, elle le fait effectivement, mais il en est de même pour presque toutes les lois sur la «santé mentale» dans le monde et cela n'a eu aucun impact sur la production en cours et toujours croissante et sur la diffusion de la désinformation psychiatrique. Aussi ironique que cela puisse paraître, il en résulte qu'en cas de succès, une surveillance plus forte et des brides plus fortes sur la psychiatrie seraient absolument nécessaires.

Une question épineuse pour sûr, mais rien que nous n'ayons déjà connu.


* CHRUSP est l'acronyme de « Center for the Human Rights of Users and Survivors of Psychiatry », qui peut se traduire en français par « centre pour les droits humains des usager·e·s et survivant·e·s de la psychiatrie. Leur site internet : www.chrusp.org

Réferences

Burstow, B. (2014). The withering of psychiatry: An attrition model for antipsychiatry. In B. Burstow, B. LeFrançois, & S. Diamond (Eds.), Psychiatry disrupted (pp. 34-51). Montreal: McGill-Queen’s University Press.

Burstow, B. (2015a). Canada—A Human Rights Violator (see http://bizomadness.blogspot.ca/2015/09/canada-human-rights-violator.html)
Burstow, B. (2015b). Psychiatry and the business of madness: An ethical and epistemological accounting. New York: Palgrave.

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Traduction faite par le blog zinzinzine: http://www.zinzinzine.net/appel-a-mobilisation-chrusp-et-son-importance.html

samedi 27 mai 2017

On se sert de mythes pour justifier la privation des droits des personnes diagnostiquées malades mentaux, par Paula J. Caplan, campagne Prohibition Absolue

On se sert de mythes pour justifier la privation des droits de l'homme envers les personnes diagnostiquées comme malades mentaux.

par


14 mars 2016

Qui dans ce monde devrait avoir le droit de prendre des décisions au sujet de leur vie, définir qui doit perdre ce droit et décider que la communauté médicale et les tribunaux prennent le contrôle?


Bien que personne dans l'histoire, pas même l'Omnipotente American Psychiatric Association - qui produit et bénéficie puissamment de la «Bible» des troubles mentaux - n'aie trouvé une définition seulement à moitié bonne de la «maladie mentale», et malgré le fait que le processus de création et d'application des étiquettes de la maladie mentale ne soit pas scientifique, n'importe laquelle de ces étiquettes peut être utilisée pour priver la personne ainsi marquée de ses droits humains. C'est terrifiant. Cela devrait terrifier ceux qui sont ainsi étiquetés et ceux qui ne le sont pas, car la privation de droits de l'homme pour des motifs totalement arbitraires est inhumaine et immorale.


La combinaison du spectre du terrorisme et des incidents très médiatisés de violences armées ont rapidement conduit les politiciens, les thérapeutes et le grand public à blâmer les «malades mentaux» pour ces dangers, ce qui permet de priver non seulement les terroristes et autres tueurs, mais toute personne ayant une étiquette de trouble mental de leurs droits. Ils peuvent être enfermés contre leur volonté, ils peuvent être invités à se conformer à tout ce qu'un professionnel appelle «traitement des malades mentaux», peu importe la façon dont ces actions peuvent nuire à la personne et en l'absence de preuve scientifique que le "traitement" des personnes qui ont été étiquetées psychiatriquement préviendra les violences. En d'autres termes, le saut énorme est souvent fait de "cette personne a un label psychiatrique" à "cette personne est donc dangereuse pour elle-même et pour les autres", même en l'absence de toute histoire ou indication actuelle d'une telle dangerosité, et ce saut est utilisé ensuite pour verrouiller les personnes et / ou les «traiter» contre leur volonté.


Maintenant, le traité des Nations Unies sur les droits de l'homme appelé Convention sur les droits des personnes handicapées comprend l'interdiction absolue de l'hospitalisation forcée et du traitement forcé, et l'avocat brillant et infatigable Tina Minkowitz mène une campagne pour montrer qu'il existe un large soutien pour ces interdictions. Ceci est particulièrement important aux États-Unis, car 162 nations ont ratifié la CDPH, mais les États-Unis ne l'ont pas fait.


Minkowitz a travaillé sur l'élaboration et participé aux négociations pour le traité de 2002 à 2006 et elle a contribué à assurer l'incorporation dans le CRPD de l'article 12, qui stipule que les "États" pays et gouvernements nationaux liés par le droit international reconnaissent que les personnes handicapées ont le droit de faire leurs propres décisions dans tous les aspects de la vie et de le faire sans coercition. Notez que le terme «personne handicapée» s'applique à toute personne qui a reçu un diagnostic de trouble mental (en plus d'autres handicaps). Il est important de noter l'article 14 de la CRPD, qui précise, d'après le texte et l'interprétation faisant autorité par le Comité des droits des personnes handicapées, que l'existence d'un handicap ou d'un handicap perçu ne peut pas être utilisé pour justifier la privation de liberté et l'article 25 exige que les soins de santé soient fournis sur la base d'un consentement libre et éclairé. Le mot «perçu» est crucial, compte tenu du fait que le nombre incroyable de catégories répertoriées comme troubles mentaux dans les deux manuels primaires utilisés pour classer les personnes en maladie mentale a rendu possible, même probable, que toute personne qui consulte un thérapeute ou un autre professionnel dans un état autre qu'un état calme et heureux sera diagnostiqué comme présentant un trouble psychiatrique, en passant à peu près n'importe qui dans la catégorie «perçu comme handicapé». Donc, un mythe crucial qui concerne le CRPD est que les diagnostics psychiatriques sont scientifiques et habituellement appliqués de manière appropriée.


Si aucun préjudice ne découlait d'être classé comme malade mental, il y aurait moins de cause d'alarme. Mais il est facile, même probable, pour les non-professionnels, pour les thérapeutes et pour les autres professionnels de la santé, ainsi que pour les juges de supposer à tort que le fait d'avoir un handicap (même un handicap perçu) signifie que le jugement de l'un est altéré et qu'on ne devrait pas pouvoir faire nos choix à propos de nos vies, de nos corps et des traitements auxquels on sera soumis. Souvent, le critère du «danger pour soi-même et / ou pour d'autres» est utilisé pour justifier une hospitalisation forcée ou un traitement forcé, et cela est pratiqué malgré le fait avéré que les personnes atteintes de maladie mentale sont en réalité moins susceptibles que d'autres de commettre des actes de violence et plus susceptibles d'être victimes de violence. La preuve de ce schéma erroné est dans les statistiques, et elle est d'autant plus remarquable, que, pour plusieurs raisons: (par exemple, les avocats de la défense s'efforcent d'obtenir des étiquettes psychiatriques pour leurs clients afin d'obtenir des peines réduites ou un détournement de la prison vers le système de santé mentale, et il y a aussi la fréquence élevée des prisonniers étant diagnostiqués comme malades mentaux afin qu'ils puissent être fortement médiqués et que le besoin de personnel pénitentiaire soit réduit d'autant), les statistiques dans un proche avenir sont susceptibles de montrer une corrélation de plus en plus élevée entre les étiquettes psychiatriques et la violence. Ainsi, deux autres mythes cruciaux qui concernent le CRPD sont que les gens qui ont reçu des étiquettes psychiatriques sont susceptibles d'être incompétents pour faire des choix sur leur vie et qu'ils sont plus susceptibles que les autres d'être violents.


Un quatrième mythe crucial est que l'hospitalisation forcée et le traitement forcé sont bénéfiques (et, par implication, pas dangereux). On voit qu'il s'agit d'un mythe en considérant les taux élevés de suicide qui suivent le traitement hospitalier et l'augmentation des taux de suicide causés par de nombreux médicaments psychiatriques, ainsi que l'effondrement des taux de guérison et l'augmentation des taux d'incapacité à long terme qui ont suivi l'introduction de divers médicaments psychiatriques sur le marché ainsi que l'usage des électrochocs.


Un autre mythe est la question de savoir si les personnes atteintes de maladie mentale sont capables de faire leurs propres choix et si elles ont un bon jugement. Nous connaissons tous des personnes qui n'ont pas d'étiquettes psychiatriques mais qui font des choix désastreux et dont le jugement est médiocre, mais ces limitations ne sont pas utilisées pour les priver de leurs droits de l'homme. Savoir si une personne a ou non un diagnostic n'est pas un prédicteur de leur jugement ni de la capacité de faire de bons choix pour eux-mêmes. Un mythe apparenté est que si quelqu'un est diagnostiqué comme malade mental, on doit retirer à cette personne tout pouvoir de prise de décision. Pourtant, comme chez beaucoup de personnes qui ne sont pas diagnostiquées, ce dont la personne a besoin est un peu de soutien de diverses sortes, y compris l'aide pour remplir des formulaires ou une aide pratique pour la cuisine ou les courses ou pour obtenir un animal de service pendant les périodes où ils se battent.


La norme CRPD concerne les personnes qui perçoivent ou sont perçues comme étant empêchées par un handicap. Ces personnes doivent avoir la possibilité de donner leur consentement libre et éclairé. C'est très loin de ce qui est pratiqué vis à vis de la grande majorité des personnes traitées par les psychothérapeutes, sans parler de ceux qui sont privés de leurs droits humains. Considérez ceci: le diagnostic psychiatrique est la pierre angulaire, la première cause de tout ce qui arrive de nuisible aux personnes dans le système de santé mentale et à travers le système de santé mentale. S'ils ne vous diagnostiquent pas, ils ne peuvent pas vous traiter (si on assimile les pratiques à des soins), et ceci que les traitements vous soient utiles ou non. Cependant presque personne n'entre dans le bureau d'un thérapeute en étant pleinement informé et, par conséquent, presque personne n'est placé en position de donner son consentement éclairé. Pourquoi? Il y a à cela trois raisons:


    On ne leur dit presque jamais: «Pour que votre assurance paie mes factures, je devrai vous donner un diagnostic psychiatrique, mais vous avez le droit de savoir que les diagnostics psychiatriques ne sont pas scientifiques, que l'obtention d'un diagnostic ne contribue pas à atténuer les souffrances mais s'accompagne d'un large éventail de risques de préjudices, de la perte de la confiance en soi à la perte d'emploi et de la garde des enfants et des autorisations liées à la sécurité ... et même à la mort par des traitements justifiés sur la base de votre étiquette".


    On ne leur dit presque jamais: «Je recommande le traitement X, mais je vais vous expliquer tout sur les avantages et les dommages potentiels qui peuvent en résulter.» La raison pour laquelle on ne leur dit presque jamais cela c'est que ces derniers temps, la vaste majorité des traitements se font avec des médicaments psychiatriques, et les poursuites judiciaires ont révélé à plusieurs reprises que les compagnies pharmaceutiques dissimulent de façon considérable une grande partie des dommages liés aux médicaments, de sorte qu'il n'y a aucun moyen pour les thérapeutes consciencieux d'obtenir cette information et donc de la retransmettre à leurs patients. Quelque chose de similaire est fait avec les électrochocs et avec des programmes coûteux mais intensivement commercialisés comme "neurobiofeedback" qui n'ont pas montré d'utilité, mais qui sont souvent très coûteux.


    On ne leur dit presque jamais: «Je recommande le traitement X, mais je vais aussi vous décrire le vaste éventail d'approches qui ont aidé les personnes qui traversent ce que vous traversez ... et qui souvent ne comportent peu ou aucun risque de dommages ".


Alarmée par le manque d'information, qui expose les personnes souffrant et cherchant de l'aide dans le système de santé mentale à un risque énorme de nuisances, sans même savoir quelles questions poser et quelles recommandations contester, j'ai organisé le dépôt de neuf plaintes au Département d'Ethique de l'Association américaine de psychiatrie, parce que cette APA publie et bénéficie énormément du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), dont les catégories ont été utilisées contre les plaintes adressées au système avec des effets tragiques. Nous avons dit que l'APA n'a pas révélé honnêtement la nature non scientifique de ses catégories et les risques de dommages en résultant, ainsi que le fait que l'obtention d'une étiquette n'est utile en grande partie ou seulement que pour obtenir une couverture d'assurance pour traitement, les plaignants n'auraient pas accepté aveuglément leurs étiquettes et les traitements qui leur étaient présentés comme appropriés sur la base des étiquettes ("Vous avez le trouble Y, donc vous devriez accepter le traitement Z, car c'est ce qui est utilisé pour les personnes atteintes de Y"). L'APA a rejeté les plaintes pour des motifs factices et n'a pas accordé un iota d'attention aux mérites de ces plaintes.


Cinq de ces plaignants ont ensuite déposé leurs plaintes auprès du Bureau des droits civils (OCR) du Ministère de la Santé et des Services sociaux des États-Unis. Les plaintes ont été déposées en vertu de la loi "Americans with Disabilities Act". Selon cette loi, les personnes victimes de discrimination en étant traités comme handicapées (malades mentaux dans ces cas) alors qu'en réalité elles ne le sont pas, peuvent déposer plainte. Tous les plaignants avaient des situations de vie bouleversantes mais n'auraient jamais du être diagnostiqués comme malades mentaux. Pourtant, selon le DSM (faussement commercialisé comme scientifique), ils étaient mentalement malades et les traitements justifiés sur la base de leurs étiquettes ont eu des conséquences dévastatrices pour eux. L'OCR a rejeté les plaintes pour des motifs factices et sans considérer les mérites de ces plaintes.


Les résultats de ces plaintes fournissent une piste concrète faite de papier qui révéle qu'aux États-Unis, l'entreprise de diagnostic psychiatrique est entièrement non réglementée. C'est encore moins réglementé que les principales institutions financières dont les actions non réglementées ont sérieusement endommagé l'économie (crise financière). La piste expose le groupe de lobbying appelé APA, qui a gagné plus de 100 millions de dollars de la dernière édition du DSM, mais qui n'a pas dépensé un centime pour révéler la vérité sur son manuel ou pour avertir sur les méfaits dont l'association était informée, d'une part. Et d'autre part l'entité gouvernementale (OCR de HHS) qui, de droit, est chargée de la surveillance et de la réglementation. L'APA et l'OCR ont choisi de ne rien faire. Cela incite d'autant plus chacun d'entre nous à demander que le gouvernement des États-Unis ratifie le CRPD. La perte des droits de l'homme de l'un d'entre nous par la publicité frauduleuse, les dissimulations et la perpétuation de mythes dangereux constitue la perte des droits de l'homme de nous tous.


En tant que citoyenne américaine, je suis embarrassée et consternée, car ce pays discute s'il faut ratifier ou non le CRPD, mais il veut ajouter ce qu'on appelle les «RUD», les réserves, les interprétations et les déclarations créées par l'administration fédérale actuelle et le Comité des relations publiques étrangères du Sénat. Selon Minkowitz, il s'agit notamment de prétendre que le droit des États-Unis remplit ou dépasse déjà les obligations que notre pays aurait au titre du traité CRPD. Les plaintes décrites ci-dessus, que nous avons déposées - et le rejet de ces plaintes par le Bureau des droits civils du ministère de la Santé et des Services sociaux des États-Unis dément cette affirmation, puisqu'il n'y a simplement aucune réglementation gouvernementale du diagnostic psychiatrique et que le diagnostic est le sine qua non de l'hospitalisation forcée et du traitement forcé.



Campagne de soutien à l'interdiction absolue de l'hospitalisation et du traitement forcé.
L'article a été posté originellement sur le site: http://www.paulajcaplan.net/ 

et sur le blog Mad in America.
http://www.madinamerica.com/2016/03/myths-are-used-to-justify-depriving-people-diagnosed-as-mentally-ill-of-their-human-rights/

Paula J. Caplan, PhD, est psychologue clinicien et de recherche, activiste, Associée à l'Institut DuBois, Université de Harvard et auteur de 11 livres, dont un qui a remporté trois prix nationaux pour la non-fiction et deux sur le diagnostic psychiatrique. Ses livres incluent: "They Say You’re Crazy: How the World’s Most Powerful Psychiatrists Decide Who’s Normal" et "The edited Bias in Psychiatric Diagnosis."

jeudi 20 avril 2017

"Je dois être morte et partie en enfer" par Katherine Tapley-Milton, récit de torture au neuroleptique Haldol, campagne "no forced treatment"

"Je dois être morte et partie en enfer" par Katherine Tapley-Milton [1]

Campagne de soutien à l'interdiction absolue de l'hospitalisation et du traitement forcé.
Article publié le 6 mars 2016 sur le blog de la campagne:
https://absoluteprohibition.org/2016/03/06/i-must-have-died-and-gone-to-hell-katherine-tapley-milton/

 
Mon psychiatre à Centracare [2] était étranger et avait un accent difficile à comprendre. Il m'a toujours traité comme si j'étais une enfant mauvaise. Quand il est parti pour deux jours, il m'a donné une dose excessive de 30 mg de Haldol. Il a dit que c'était: « pour me garder hors des ennuis ». Vous deviez vous mettre en ligne pour vos pilules et je n'avais pas d'autre choix que de prendre le médicament, sinon le personnel serait devenu méchant et m'aurait forcé à le prendre.

Vous ne vouliez pas vous opposer au personnel de l'hôpital ou bien vous finiriez par être plaqué au sol avec une aiguille dans les fesses. J'ai entendu dire que les prisonniers politiques de Russie se plaignaient aux médias occidentaux qu'ils avaient été torturés avec un produit horrible. Ce médicament s'appelait Haldol. Les psychiatres ici l'appellent affectueusement « Vitamine H ». La surdose d'Haldol m'a mis dans une « crise oculogyre », ce qui se passe lorsque vos globes oculaires roulent vers l'intérieur de la tête et s'y maintiennent.

Commentaires de Wikipedia: « La crise oculogyre est le nom d'une réaction dystonique à certains médicaments ou conditions médicales caractérisée par une déviation prolongée involontaire vers le haut des globes oculaires. Le terme "oculogyration" désigne l'élévation bilatérale du regard ».

C'est extrêmement inconfortable et terrifiant. Quand cette réaction a commencé à m'arriver, je suis allée à la salle de l'infirmière et j'ai supplié pour avoir la pilule contre les effets secondaires appelée Cogentin. Elle m'a rudement informé: « Tu devras être dans un état bien pire avant que l'on fasse quelque chose à ce sujet ». Je suis entré dans une petite pièce et mon cou s'est courbé en arrière et mes yeux ont été bloqués en regardant une ampoule. J'étais dans une agonie physique et mentale et je ne pouvais pas croire à la cruauté de quelqu'un qui me laisserait comme ça. Les effets secondaires du médicament ont duré des jours et des jours. C'était comme une éternité.

Le téléphone payant était mon seul contact avec le monde extérieur, mais la concurrence pour son utilisation était féroce parmi les patients. De plus, il était difficile d'entendre par dessus le bruit de la salle. Il y avait des gémissements, des pleurs et des hurlements. Je me souviens d'avoir appelé mes parents en longue distance et de les prier de me sortir de Centracare. Cependant, j'avais été certifiée, ce qui signifie que je ne pouvais pas partir légalement. En sanglotant dans le téléphone, j'ai dit à mon père: "Je dois être morte et partie en enfer".



[1] L'auteur vient de Sackville, au Canada

[2] Centracare était la plus ancienne institution psychiatrique du Canada. Elle a depuis été démolie.

Catégories: droguage forcé, haldol, neuroleptique, antipsychotique, torture.

dimanche 26 mars 2017

Signaler les violations de vos droits pour la visite en France en 2017 des rapporteurs spéciaux de l'ONU pour les droits des personnes handicapées

La France a demandé la visite en 2017 des rapporteurs spéciaux de l'ONU concernant les droits de personnes handicapées et la convention CDPH.

Nous devons signaler les violations des droits que nous connaissons, sous la forme de descriptions factuelles, aux rapporteurs spéciaux. Hospitalisations forcées, traitements forcés, traitements dégradants, contentions, isolements, mises sous tutelles forcées, endoctrinement, discriminations, pour motif de handicap psycho-social ou d'histoire médico-psychiatrique.

La soumission des observations se fait en suivant ce lien.
https://spsubmission.ohchr.org/

Faites passer le message s'il vous plait.

Rappel: Commentaire général 1 relatif à l'article 12 de la Convention Droits des Personnes Handicapées, paragraphe I.7



http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/CRPD/Pages/GC.aspx

Courrier aux députés de la Commission des affaires Sociales

Madame, Monsieur le député,

La loi psychiatrie de non consentement de 2011-2013 est obsolète et doit être abrogée: Non respect des conventions ONU, torture, discrimination.

31 janvier 2017

Santé mentale et droits de l’homme
  Rapport du Haut-Commissaire des Nations Unies  aux droits de l’homme

http://ap.ohchr.org/documents/alldocs.aspx?doc_id=27780