dimanche 8 février 2015

Opinion: La psychiatrie coercitive est un Moloch nourri de sacrifices humains

L'épouvantail de la dégradation sociale de la psychiatrie imposée.

Tout comme certaines religions qui utilisent la peur au service de l'oppression, l'appareil de la psychiatrie coercitive assure le maintien d'un ordre social au moyen de l'épouvantail de la dégradation sociale des personnes considérées comme insupportables.

Une telle psychiatrie est une aberration du contrat social, une hypocrisie morale et une imposture de la raison. Elle est un Moloch nourri de sacrifices humains au service d'une idéologie à caractère totalitaire. Cet article s'efforce d'exposer cette opinion.

L'image de la coercion psychiatrique utile, nécessaire, désirable, est dans l'esprit du public.

L'image inconsciente dans l'esprit du public est celle du fou dangereux que les policiers viennent arrêter, menotter, et dans la fesse duquel le médecin injecte un puissant sédatif. On est débarassé du personnage indésirable qui "disparait" ainsi. L'odieux, l'odieuse, celui ou celle qui ne respectait pas la norme, est puni, et dégradé socialement, au moyen d'un étiquetage diagnostique, et d'un traitement correctif obligatoire, et une telle image au fond est désirée.

Qui désire l'existence d'une psychiatrie coercitive ? Soyons honnêtes: à peu près chacun d'entre nous.

Quand la famille désire la psychiatrisation forcée.

Les parents veulent pouvoir discipliner les enfants, qu'on ne peut plus châtier corporellement. Ils souhaitent que leurs enfants leur ressemblent, adoptent leurs opinions, leurs croyances, et suivent un chemin similaire au leur. Les époux souhaitent discipliner leur conjoint, et les divorcés souhaitent assurer leur supériorité morale sur l'autre. Certaines mères aimeraient inconsciemment conserver la charge d'un enfant malade, devenu adulte, mais qu'on ne veut pas voir quitter le nid, et légitimer ainsi leur rôle ou encore éviter la solitude. Certains enfants veulent mettre sous tutelle le parent agé à la fortune convoitée. Certaines personnes âgés ne verraient pas d'un mauvais oeil de se reposer sur les services d'un enfant qui est disponible parce qu'on l'a dégradé socialement. La perspective d'une allocation peut être attractive dans un société de chômage et de pauvreté.

Quand la demande sécuritaire justifie la coercion.

Tous veulent protéger les enfants des pervers pédophiles et les personnes et les biens des violents impulsifs. La plupart souhaitent des voisins qui leur ressemblent culturellement et socialement, et qui soient prévisibles, rassurants et sans histoires. La psychiatrie construit ses théories sur la demande et la demande sécuritaire est insatiable. Ce n'est pas le discernement de quelques intellos qui fait la politique mais l'opinion majoritaire. Pas besoin de prouver quoi que ce soit alors car les gens ont foi en la science et en la médecine.

Les professionnels qui ne parviennent pas à assumer leur rôle recourrent à la psychiatrie.

Les policiers apprécient la possibilité de confier au psychiatre les cas encombrants, difficiles, les consommateurs de drogues prescrites ou illégales, les marginaux, les suicidaires, les gens intelligents et manipulateurs. Le juge est soulagé d'une décision moralement difficile par une pseudo-expertise psychiatrique. Certains enseignants apprécient de pouvoir confier au psychiatre l'enfant inattentif, impatient, celui à qui sa pédagogie ne convient pas, ou encore l'adolescent difficile, pour qu'il soit soumis au harcèlement moral d'un psychiatre ou à la consommation d'un produit toxique dont il n'est pas demandeur.

La psychiatrie permet d'abaisser socialement, elle déculpabilise, elle déresponsabilise.

Tous sont soulagés de coller un placard diagnostique aux différences humaines, aux questions existentielles  et aux dilemnes moraux, et de voir compenser les victimes d'un tel système par des allocations. Tous sont soulagés de voir leurs abus et leur intolérance déguisés en soins et en efforts charitables de promotion de la santé mentale. 

La psychiatrie nous permet d'ignorer notre médiocrité.

Rares sont ceux qui renoncent à la possibilité de se considérer supérieur à celui qu'on a diagnostiqué comme davantage malade mental que soi-même. Rares sont ceux qui renoncent à la possibilité de faire enfermer, menacer ou dégrader son prochain comme fou ou folle. Si son moteur est de se considérer socialement supérieur, alors la psychiatrisation est un moyen commode d'abaisser autrui.

Renoncer à la psychiatrisation suppose un progrès individuel et collectif.

Pour faire ce choix de renoncer à la psychiatrisation d'autrui, il faut se sentir capable de faire face individuellement et collectivement, de façon humaine, décente, à la plupart des comportements aujourd'hui réprimés par la psychiatrie. Voilà qui n'est pas commun. Pourtant les alternatives non coercitives aux difficultés psycho-sociales de chacun existent, et la possibilité de développement personnel des qualités humaines de chacun est une réalité. On peut développer en nous les qualités de disponibilité, d'écoute, de sincérité, de bonne communication, de respect, de patience, de tolérance, de sérénité, d'empathie, de présence, de guérison et d'amour. On peut changer les lois pour permettre à une offre professionnelle d'aide psycho-sociale de s'épanouir dans la libre concurrence, le libre choix, la démarche personnelle, volontaire, l'information complète et l'évaluation faite par les usagers eux-mêmes.

L'artifice de coercion psychiatrique aboutit à la destruction de la personne qui vous ennuie.

Au lieu de cela, la réalité d'une telle procédure dite de non-consentement psychiatrique est l'arbitraire, le déni des droits, la dégradation sociale et la destruction définitive de la personne qui vous ennuie. Je vais essayer d'expliquer pourquoi.

Le contrat social repose sur des lois claires, pas sur l'arbitraire du charlatan.

Le contrat social doit reposer sur la clarté des lois. Les lois doivent définir ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas, et définir les sanctions encourrues. Ce n'est pas aux charlatans d'une pseudo-science corrompue par des intérêts industriels de définir ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. Ce n'est pas à l'appréciation arbitraire de critères psycho-sociaux vagues et subjectifs de faire office de loi et de tribunal. C'est au juge de faire appliquer les lois du contrat social et à personne d'autre. Si la loi définit des droits de l'homme et du citoyen, ceux-ci doivent s'appliquer à tous sans discrimination, qu'ils soient psychiatrisés ou non.

La psychiatrie coercitive se comporte à la manière d'une inquisition moderne.

Comme avec l'Inquisition du passé, cela commence par une dénonciation: Celle-ci est une sorcière, celui-là un hérétique. Celle-ci est folle, celui-là est dangereux.  Puis vient l'arrestation et la dégradation, l'humiliation publique d'une telle arrestation brutale faite devant la famille, les voisins. Puis vient la torture: la contention, l'isolement et la drogue qui rend docile et abruti, incapable de se défendre et de se concentrer: un tel traumatisme sert à briser la personne et à la menacer ultérieurement. Puis vient la question: le psychiatrisé n'a pas d'espoir de retrouver un peu de liberté sans se soumettre à l'idéologie, sans confesser qu'il est malade, et qu'il a besoin de soins, et sans remercier ses bourreaux de l'avoir si bien "soigné". 

La "rémission" de la personne psychiatrisée de force est comme une conversion religieuse.

Harcelée moralement, torturée, traumatisée, la personne psychiatrisée de force confesse qu'elle est malade et qu'elle a besoin de soins. Elle n'est plus alors considérée comme "psychotique", mais comme "en rémission". En jargon de l'Inquisition on aurait dit "hérétique" pour "psychotique" et "repentie" pour "en rémission". Dans l'analogie religieuse, certains patients vont jusqu'à maintenir comme une sorte d'autel dédié à leur histoire psychiatrique et à celles de leur proches et à bénir le psychiatre qui les a "sauvé". Mais cette conversion forcée est fragile: c'est pourquoi une personne psychiatrisée de force n'est jamais considérée comme complètement "guérie". Au contraire, il est nécessaire d'entretenir sa soumission par la camisole chimique.

L'hypocrisie collective aboutit à la destruction de la personne psychiatrisée de force.

La destruction de la personne psychiatrisée contre son gré est maintenue de force par la chimie, car l'hypocrisie, le mensonge du procédé est collectif: si le "fou" revient "sévir" dans le voisinage, il faudra le maintenir dans la coercion et dans la camisole chimique afin ne pas avoir à contempler sa propre intolérance, ni les manifestations du conflit intériorisé face à l'injustice. Le désir secret sera de se débarasser de la victime qu'on a déjà détruit à moitié. Mais si l'inquisiteur faisait éxécuter ou enfermer à vie ses victimes, le psychiatre ne tue pas en principe, il se contente de neutraliser sous la forme d'un traitement imposé, qui sera maintenu aussi longtemps que sa victime ne sera pas réduite dans ses capacités mentales. C'est là le crime de destruction arbitraire d'une personne humaine.

Le Moloch sacrificiel est financé par les cotisations sociales.

C'est ainsi qu'une société pratique collectivement des équivalents de sacrifices humains au Moloch de la psychiatrie, avec l'argent des cotisations sociales, et au nom de la santé mentale. Parce que la réalisation d'un tel crime collectif serait insupportable aux âmes bien-pensantes, une telle aberration du contrat social demeure et la propagande qui la maintient est quasi unanimement médiatisée tandis que les critiques du système ne parviennent pas à abolir l'institution abusive. Le sacrifice humain est si considérable que les efforts de dénonciation d'un tel système, en deviennent comme insultants pour les victimes, leurs familles et vis à vis des efforts des personnels soignants. 

La dénonciation de la psychiatrie est comme blasphèmatoire. 

Les sacrifices humains pratiqués, les efforts consentis sont tels qu'oser affirmer que la psychiatrie coercitive est une imposture pseudo-scientifique et un crime collectif en devient alors comme sacrilège et blasphèmatoire, et qu'une telle opinion est considérée comme invalide a priori, c'est du moins l'impression que j'en ai.

L'impasse française.

C'est la situation qui existe en France aujourd'hui, et que je m'efforce de dénoncer sur ce blog. L'avenir pourtant est clair: la société de justice et de non-discrimination est légitime, tandis que la société qui enferme arbitrairement, qui torture, qui détruit, qui discrimine et qui stigmatise ne l'est pas, et les conventions des droits de l'homme, contre la torture et pour les droits des personnes handicapées, définies par l'ONU, la condamnent explicitement.



Je n'ai pas de nouvelles référence à fournir cette fois, mais seulement les conventions ONU, "Anatomy of an epidemic" de Robert Whitaker, et les livres de Thomasz Szasz, déjà mentionnés, comme "The myth of mental illness." La chose extraordinaire c'est que cette dénonciation faite par ce psychiatre intègre a été acceptée assez largement lors de sa publication, il y a plus de cinquante ans, et pourtant, aujourd'hui, rien ne semble avoir changé sur le fond, en France en tout cas.

Mise à jour:
Il semble maintenant prouvé que le traumatisme lié à une psychiatrisation forcée soit un facteur majeur de suicide. Davantage de psychiatrie signifierait davantage de suicides, l'article est ici:
http://www.madinamerica.com/2014/09/suicides-rise-increasing-psychiatric-involvement/

1 commentaire:

  1. Excellente réflexion : pour avoir testé son contraire cad ce dont vous parlez dans cet article, je me dis que c'est triste de voir que le peuple demande un renforcement de cette aberration, de ce charlatanisme qu'est la psychiatrie, parce qu'elle est dénuée de fondement scientifique .

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