lundi 25 août 2014

Propositions pour une société de liberté de l'esprit


La psychiatrie recueille les demandes psycho-sociales, non médicales.

La psychiatrie n'est pas une spécialité médicale, car les maladies du cerveau sont prises en charge par la neurologie. Dans la société française, par exemple, la psychiatrie assume la prise en charge à la manière médicale de toutes sortes de demandes qui seraient plutôt à caractère psycho-social. Ce paradigme erroné est la source des abus. En particulier, les demandes à caractère social devraient être prises en charge par les agents du social, sans médicalisation obligatoire.



Les demandes psychologiques sont de nature philosophico-religieuse.

Dans ce panel, on retrouve des demandes de nature psychologique, philosophique, existentielle: la psychiatrie prétend répondre scientifiquement aux difficultés que chacun rencontre à assumer sa propre existence. Il s'agit d'une option scientiste discutable, qui devrait faire l'objet d'un choix personnel. Par exemple une école propose d'utiliser des "algorithmes de traitement" standardisés, faits de coercions, d'administration de pharmacologies psycho-actives et de convulsions artificielles et autres psycho-chirurgies, assorties d'efforts de reconditionnements. C'est abusif, inapproprié.


La psychiatrie n'est que l'expression d'une philosophie contestable.

Pour répondre aux problèmes psycho-sociaux, la psychiatrie prétend offrir une approche scientifique. On pourrait ainsi assimiler la psychiatrie à une expression de la pensée philosophique du comte de Saint-Simon, puis d'Auguste Comte, c'est à dire du positivisme, dont il existe une religion, l'église positiviste. C'est à dire qu'on peut y croire ou bien ne pas y croire. Répondre aux difficultés psycho-sociales est une entreprise de nature socio-psychologico-philosophico-religieuse et non médicale.


La psychiatrie appartient à la sphère privée.

La personnalité de chaque être humain n'est pas une affaire publique à corriger ou à médicaliser par l'état, mais un objet privé, parce qu'elle au cœur des choix psycho-sociaux, existentiels de chacun, de la réalisation et du progrès personnel de chacun. La personnalité de chacun est sacrée parce qu'elle définit notre humanité. La psychiatrie prétend considérer la personnalité humaine comme son objet: alors elle appartient à la sphère privée.


La psychiatrie n'est pas scientifique.

La psychiatrie n'est pas non plus une science, mais seulement un ensemble de théories des comportements, présentées abusivement comme des vérités scientifiques. La psychiatrie s'auto-évalue et s'auto-enseigne, elle est corrompue par des intérêts industriels, et pratique ainsi l'abus de biens sociaux, et l'escroquerie aux assurances à une large échelle. Ces abus sont rendus possibles par la confusion entre la médecine et la psychiatrie. Puisque la psychiatrie est constituée de théories, alors leur mise en oeuvre repose sur la croyance en leur validité: Il s'agit d'un acte de foi.


Remettre la psychiatrie à sa place: séparer le médical du psycho-social.

Je propose de séparer la psychiatrie de la médecine, et de séparer la psychiatrie de l'état: que la psychiatrie ne prescrive plus, que la psychiatrie n'aie plus de pouvoir légal, et qu'elle soit simplement mise en concurrence avec les autres offres psycho-sociales, existentielles, celles des psychologues, des coachs, des conseils, des promoteurs du développement personnel, des philosophes, des professionnels du "spirituel", de l'âme, du sens de la vie et de ce que vous voudrez croire, et dont la consultation résulte d'une démarche volontaire, privée.


Cette séparation entre le médical et le psycho-social découle de la séparation entre l'église et l'état.

C'est à dire que les concepts et théories à portée philosophique que véhicule la psychiatrie, ou si vous me permettez, la "religion de la psychiatrie", ne doivent pas être érigés en une religion d'état. La psychiatrie abuse parce qu'elle appartient à la sphère philosophique, religieuse, existentielle, qui doit restée privée, et concurrentielle, alors qu'elle revendique les pouvoirs de la sphère d'état, publique, monopolistique, obligatoire. Pour appuyer cette revendication, la psychiatrie se prétend une science médicale objective alors qu'elle n'est qu'une idéologie, c'est à dire une interprétation contestable de ce qu'on appelle en français les humanités: psychologie, philosophie, sociologie, anthropologie. Les conceptions et systèmes applicables à la médecine ne doivent pas s'appliquer à la psychiatrie.


Une réforme simple, mais qui change tout.

En pratique, voilà ce que je propose: vous consultez le psychiatre, (si vous y croyez), et celui-ci vous conseille de prendre un médicament, mais il n'a pas le droit de prescrire. Vous réfléchissez, puis vous faites la démarche volontaire, personnelle, de demander le produit à votre médecin, sans qu'il soit nécessaire de vous justifier, ni de mentionner le conseil du psychiatre. Ce médecin vous informe en détail sur le produit, sur ses effets, sur ses dangers, sur ses complications. Il s'assure que vous êtes bien informé(e) sur les offres existentielles alternatives au médicament. Il s'assure qu'il n'y a pas d'incompatibilité médicale, recueille votre consentement et prescrit le produit demandé si toutes les conditions sont remplies. Le médecin n'a pas besoin de mentionner la raison de cette prescription ni aucun diagnostic particulier. Le médecin remplit simplement son rôle de fourniture controlée d'un produit dangereux, un peu comme il fournit à la demande le viagra ou la pilule contraceptive. Le médecin ne réalise aucun jugement moral sur la consommation du produit.


La fin des abus, de la stigmatisation et du non-sens psychiatriques.

La façade médicale n'étant plus nécessaire, il n'existe plus le besoin de bidonner avec des pseudo-diagnostics psychiatriques. Finie la stigmatisation psychiatrique. Enterrée la fable asservissante de la tare psychiatrique constitutionnelle. Hors sujet les efforts laborieux de théories génétiques ou biochimiques de la difficulté psycho-sociale. Sans intérêt la disctinction entre névrotique, c'est à dire client qui coopére, et psychotique, c'est à dire client récalcitrant qui refuse de coopérer, ou encore borderline, c'est à dire, entre les deux, quel non-sens ! L'acceptation ou le rejet par le consommateur des propositions psychiatriques n'est pas signifiante, puisque la démarche volontaire du consommateur et son libre choix sont respectés.


Responsabiliser le consommateur de produits psychotropes.

Le consommateur est responsabilisé dans sa consommation de substance par cette procédure basée sur la démarche personnelle volontaire. Les alternatives à la pilule pour la prise en charge des difficultés psycho-sociales sont mises en valeur concurrentiellement sans que ni l'état ni le médecin ne prenne parti en faveur de l'une ou l'autre de ces offres, et une large portion de l'argent détourné par la machine psychiatrique sera redistribuée vers l'offre alternative, qui pourra ainsi s'épanouir.


Garantir le fair play concurrentiel de l'offre psycho-sociale.

La séparation du médical et du psycho-social interdirait le cumul, source de confusion et d'abus. Ainsi un neuro-psychiatre serait forcé de choisir ou bien la seule neurologie (médecine) et renoncer à s'occuper des états d'âme de ses patients, ou bien alors renoncer à ses prérogatives de médecin et se consacrer uniquement à la psychiatrie (psychologie). La séparation, ce serait la clarté vis à vis du consommateur, ainsi que le fair play entre les différentes offres psycho-sociales.


Restaurer la relation entre le médecin et le consommateur de services de santé.

Le médecin serait ainsi plus honnête et plus transparent, au service du consommateur dans une relation plus vraie, plus saine, faite de respect et de confiance. Libéré des conflits éthiques, occupé uniquement de somatique, sans avoir à s'occuper de psyché, le médecin peut dire la vérité, toute la vérité, au consommateur. Il s'acquitte ainsi de son obligation à fournir une information franche, authentique. Libéré par la loi de la gestion des états d'âme, le médecin peut, si il le choisit ainsi, résister à toutes les pressions de la demande charlataniste.


Rendre sa clarté au judiciaire et à ses agents.

De la même façon, la justice et ses agents, les forces de l'ordre, pourront se réapproprier le monopole de la violence qui est un des fondements du contrat social. Cela signifie que l'hopital n'a pas à servir de prison, ni d'instrument de répression, et que le personnel soignant n'a pas à pratiquer la coercion. C'est le respect de la règle du consentement du patient. C'est la fin de la confusion entre la psychiatrisation et la dangerosité supposée, qui représente un instrument majeur de stigmatisation et de discrimination des personnes psychiatrisées. Le dossier médical ne sera plus plus un casier judiciaire bis.


Rendre le pouvoir aux politiques.

En séparant clairement les rôles, l'argent dépensé pour la sécurité n'est plus confondu avec l'argent dépensé pour la santé, ni avec l'argent dépensé pour le bien-être des citoyens. L'argent de la demande sécuritaire sera affecté aux professionnels de la sécurité, et non pas à des charlatans. Les politiques assumeront le pouvoir de définir les modalités de remboursement ou de taxation des différents produits de la consommation médicale.


Redonner la parole au consommateur.

La psychiatrie n'étant plus religion d'état, il est licite de blasphèmer, c'est à dire que le consommateur a le droit à la parole: la presse et les associations de consommateurs peuvent communiquer librement sur leur expérience de conseil psychiatrique, y compris sur la consommation des substances pharmaceutiques de la condition humaine, les drogues de l'âme, de l'existentiel, que la psychiatrie conseille à ses clients. La loi sur l'exercice illégal de la médecine ne s'applique pas dans ce cas, pas plus qu'il n'existe d'exercice illégal de la philosophie.


Protéger la société des projets dystopiques.

La société se protège mieux des projets fascisants, discriminatoires ou eugénistes, à prétexte médical, si on sépare le médical et le psycho-social. Par exemple, le concept de "santé mentale", qui entretient la confusion du médical et du psycho-social, est à proscrire, parce qu'il n'est pas anodin. La "santé" possède une dimension collective, et sa mise en oeuvre doit être contrôlée par l'état. C'est le concept de santé publique, qui entre en jeu en cas d'épidémie ou en cas de vaccination requérant un pourcentage élévé de vaccinés pour être efficace. Mais le "mental" est un concept psychologique, c'est pluriel, privé, un choix personnel, individuel, et l'offre de bien-être mental doit être concurrentielle. Tout monopole d'état sur la sphère privée, psycho-sociale est la porte ouverture aux abus idéologiques, à la repression, aux projets dystopiques: c'est l'hérésie, le blasphème, l'apostasie, l'index, l'inquisition, les autocritiques, les rééducations et les génocides entrepris à partir d'un prétexte de santé mentale ou morale de la communauté. Plutôt que de parler de santé mentale collective, il vaudrait mieux parler d'épanouissement psycho-social individuel.


Et voilà.

Telle pourrait être l'ébauche, le mode d'emploi, d'une société de liberté de l'esprit.



Notes:
Le dossier médical constitue un casier judiciaire bis en Suisse, article mediapart:
http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-ferrieres/020713/la-suisse-et-ses-dossiers-medicaux

Il existe une église positiviste au Brésil, avec une iconographie d'Auguste Comte.
http://www.igrejapositivistabrasil.org.br/english/

Sur France Culture:
http://www.franceculture.fr/oeuvre-le-positivisme-est-un-culte-des-morts-auguste-comte-de-raquel-capurro.html

Ironie de l'histoire: Auguste Comte fut interné pour accès maniaque dans l'établissement de Jean-Etienne Esquirol en 1826.
http://fr.wikisource.org/wiki/Grands_n%C3%A9vropathes_%28Caban%C3%A8s%29/Tome_2/6





@Jules Malleus 2014 

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